Le 27 et le 28 mars s’est déroulé le premier Salon des bâtisseurs à l’hippodrome de Carrère au Lamentin. L’événement a rassemblé une soixantaine d’exposants du secteur du BTP pour plus 4500 visiteurs en deux jours. L’occasion d’observer le BTP autrement, loin des clichés et avec un regard qui dépoussière le secteur.
À peine sorti du parking, le visiteur n’a pas encore franchi les portes du Salon des bâtisseurs que le ton est donné. Les tractopelles alignées forment une haie d’honneur. Un jeune homme est installé aux manettes d’un tracteur. Il tente, très concentré, de faire passer un ballon bleu entre des plots. Un public de connaisseurs et de novices assiste avec plaisir aux manœuvres qui révèlent la dextérité du jeune pilote. Des oh et des ah accompagnent chaque mouvement de la pelle et du ballon. Il s’agit bien là d’un concours de pilotage d’engin qui a pris place lors du premier Salon des bâtisseurs. L’événement s’est déroulé les 27 et 28 mars à l’hippodrome de Carrère au Lamentin. Sur ces deux jours, plus de 4500 visiteurs sont venus se frotter au monde du bâtiment et des travaux publics dans la soixantaine de stands qui étaient présentés. Les allées poussiéreuses étaient pleines de curieux mais aussi de professionnels.

Le vendredi 27, c’était place à la jeunesse. Un partenariat avec l’Éducation nationale a permis à 500 scolaires de faire une plongée dans le monde du BTP. Les uniformes avaient envahi l’espace d’exposition. Le salon aura été l’occasion de la signature de convention entre le rectorat et la Fédération régionale des bâtiments et des travaux publics.
Les objectifs affichés sont l’attractivité et d’amener les jeunes vers ce secteur. Avec une moyenne d’âge s’élevant à plus de 55 ans, le BTP voit ses effectifs vieillir et une grande partie de son personnel sur le seuil de la porte de la retraite. Nathalie Mons, rectrice de l’académie explique : « Nous sommes à l’écoute de cet enjeu démographique. Qui dit beaucoup de départs à la retraite dit aussi vague d’embauche pour les plus jeunes. » Afin de rendre le secteur plus attractif, la rectrice entend mettre en avant les défis à venir du BTP notamment les défis technologiques liés à l’IA. Pour attirer les jeunes, « nous devons parler autrement du bâtiment autour des innovations, autour du développement durable, de la domotique et Aller plus loin pour montrer une nouvelle image du BTP ».

Nathalie Mons souligne que le rajeunissement du BTP passera également par la féminisation de son personnel. « Les femmes doivent être plus nombreuses. Elles sont encore trop rares dans ces métiers ce qui nous conduit à signer une convention avec la fédération régionale du BTP. »Une convention qui engage les deux parties pour aller plus loin sur la valorisation des formations dans le BTP. « Je le dis honnêtement. Nous avons encore beaucoup de formations qui sont peu attractives. Ces formations sont nombreuses avec de nombreuses places vacantes. L’attractivité naît avec les stages, je fais appel aux professionnels. Ouvrez les portes des entreprises pour des stages et des apprentissages. »
Une session job et stage dating a d’ailleurs eu lieu sous un chapiteau du Salon des bâtisseurs. Les candidats, CV sous le bras, ont pu postuler aux offres d’emploi et de stage des entreprises présentes pour l’événement.

Présent également au salon, le président de la FNTP, Alain Grizaud. Outre le vieillissement des personnels du BTP, le président de la FNTP a soulevé un problème qui mine les entreprises du secteur, les délais de paiement. « Pour la survie de nos entreprises, les délais de paiement public doivent être respectés.
Charles Chammas de la CTM reprend lui aussi la sensible question des délais de paiement. Un sujet lourd et majeur. « La CTM a fait le choix d’une réforme profonde de sa chaîne comptable en mettant en place un service facturier du service public opérationnel depuis avril 2025. Une équipe mixte avec 12 agents de la CTM et 4 agents de la direction générale des finances publiques. Une nouvelle culture de la collaboration entre service public au bénéfice des entreprises. Les premiers résultats sont légers mais présents. L’objectif est de converger progressivement vers le délai réglementaire de 30 jours de la réception de la facture au paiement. » La CTM affirme être à l’écoute du secteur BTP.

En Martinique, le bâtiment et les travaux publics représentent 6 à 7% des entreprises locales. Pour Étienne Desplanques, préfet : « C’est un secteur qui fait partie des bases de l’économie de l’île. » Il concède néanmoins que la situation du BTP dans l’île reste difficile. « De tous les secteurs d’activité, c’est probablement celui qui souffre le plus avec celui du transport. » Conséquence directe du conflit armé en Iran, la hausse du gazole au 1er avril. Un moment « difficile » que le préfet espère court. « Malgré tout, je vois un secteur qui a devant lui des perspectives exceptionnelles. Nous avons dans les deux ans qui viennent un vrai coup d’accélérateur des opérations de constructions et réhabilitation dans le logement social. Les carnets de commandes sont élevés. »
Il poursuit : « Aujourd’hui, on a 52 projets prêts à lancer. 300 millions d’euros de travaux. L’inquiétude des bailleurs sociaux est de pouvoir répondre à ce pic de commandes. Les nouveaux élus, les maires auront des enjeux très forts notamment en matière de plan séisme Antilles. Nous avons beaucoup d’élus qui vont avoir des travaux de mise aux normes de leurs écoles. » Il conclut son discours évoquant l’attractivité du BTP : « C’est un secteur de plus en plus âgé. Nos jeunes ont du mal à intégrer ce secteur parfois pour des raisons d’image pourtant le travail est rémunérateur. Le dialogue social y est sain. Les jeunes engagés aujourd’hui sont les entrepreneurs de demain. »
Laurianne Nomel





