À l’Atrium, lundi, plus d’une centaine de personnes étaient venues assister au colloque organisé par l’Alefpa : masculinités martiniquaises et violences faites aux Femmes. L’audience, essentiellement féminine a pu entendre notamment comment le concept de masculinité se développe en Martinique.
Les chiffres sont glaçants. 3000 Martiniquaises sont victimes de violences chaque année. Une femme sur cinq a été victime de violences conjugales l’année écoulée. Lundi, l’Alefpa (Association laïque pour l’éducation, la formation, la prévention et l’autonomie) a organisé un colloque autour de la masculinité et les violences faites aux femmes en Martinique à l’Atrium à Fort-de-France. L’objectif de ce colloque est d’ouvrir un espace d’échange et de réflexion autour des masculinités martiniquaises, les processus sociaux et culturels qui participent à leur construction et par conséquent, leur implication dans les logiques de violences infligées aux femmes en Martinique. Cette rencontre pose la question de la construction et socialisation masculine qui rendent possible une telle violence faite aux femmes. « L’objectif n’est de pas de stigmatiser mais de mieux comprendre pour mieux prévenir parce que cette lutte nécessite une mobilisation collective », explique Émilie Garon, coordinatrice à l’Ovifem (Observatoire des violences envers les femmes). Raison pour laquelle, dans cette logique transverse, des représentants de la justice, des travailleurs sociaux, des acteurs du spectacle et des chercheurs notamment sont intervenus lors de cette journée.

Le chercheur en sciences sociales, Roger Cantacuzène fait remonter le mot masculinité dès le XIIIe siècle bien avant son usage contemporain dans les sciences sociales. Il pose également la question : « Qu’est devenue en France, la Déclaration des droits de la Femme et de la citoyenne, réponse critique à l’exclusion des femmes de la citoyenneté révolutionnaire formulée en 1791 par Olympe de Gouges ? » Il explique que c’est à partir du dernier quart de XXe et début du XXIe siècle qu’émerge réellement le masculinisme au sens dominant des masculinités.
« La virilité comme norme sociale »
« Les travaux sur la masculinité martiniquaise, antillaise se retrouvent à l’interface du champ de recherche francophone et de celui des sociétés caribéennes », précise Roger Cantacuzène. En Martinique la recherche est passée d’une sociologie de la famille, de la sexualité à une analyse de la sexualité et de la réputation masculine. Longtemps, la recherche sur les hommes dans les Antilles s’est développée autour de la famille, la parentalité. Le sociologue en cite autre, Michel Giraud qui s’est intéressé à la sexualité des hommes dans les Antilles françaises. « À partir des années 2000, plusieurs chercheurs vont analyser explicitement la virilité comme norme sociale. L’idée centrale est que l’identité masculine est fortement construite autour de démonstrations publiques de virilité : courage, force physique, capacité de séduction, multipartenariat hétérosexuel, maîtrise émotionnelle. Pour Roger Cantacuzène, les écrits de Stéphanie Mulot et Nadine Lefaucheur mettent en évidence l’injonction de virilité qui s’impose aux hommes antillais. Lui-même propose le concept de virilité ostentatoire pour « désigner cette mise en scène sociale de la réputation masculine en Martinique ».
Ces travaux ne sont pas lettre morte. Ils ont une fin concrète. Le chercheur indique que les travaux de Michel Giraud sur les questions de prévention en matière de sexualité et prise de risque sont utilisés pour les politiques de prévention locales notamment. « Les travaux sur les questions de masculinité et des violences faites aux femmes devraient nous servir à déconstruire un certain nombre de comportements et à aider à mettre en place des politiques publiques. »
Laurianne Nomel





