BRUXELLES / CONFÉRENCE EURODOM
Protéger les sucres de spécialité, préserver un POSEI autonome, mieux prendre en compte la production locale : lors de la conférence d’Eurodom, le 13 octobre à Bruxelles, les questions des professionnels ont porté sur les conditions concrètes d’activité des filières. Les réponses ont précisé les pistes défendues, mais aussi le chemin politique restant à parcourir pour les faire aboutir.
Pour la filière canne-sucre réunionnaise, l’enjeu est de mieux protéger des produits confrontés aux importations. Pour les filières animales, il s’agit de conserver les instruments européens sur lesquels elles se sont construites. Au moment des questions avec la salle, les professionnels ont demandé aux parlementaires où en étaient les négociations et quelles garanties ils pouvaient espérer.
Ces échanges ont fait apparaître deux attentes complémentaires : préserver les soutiens spécifiques aux régions ultrapériphériques et agir sur les règles qui déterminent la compétitivité de leurs productions. Car toutes les demandes ne passent pas par une augmentation des subventions.
CE QUE DEMANDENT LES PROFESSIONNELS
Le sucre demande une protection du marché
Le représentant de la filière canne-sucre de La Réunion l’a souligné en interrogeant les députés sur les amendements déposés dans le cadre de la révision de l’organisation commune des marchés. L’objectif défendu est de stabiliser le marché des sucres de spécialité, ces sucres roux de canne produits dans les territoires ultramarins et concurrencés par les importations de pays tiers.
Selon lui, cette mesure permettrait de rétablir la compétitivité de ces productions sans demander de financement complémentaire. Sa question portait donc sur la détermination du Parlement à faire aboutir la proposition, face aux difficultés anticipées dans les discussions avec la Commission.
La réponse a évoqué deux approches : des prix d’entrée minimum ou des droits de douane variables. Elle a aussi insisté sur le soutien nécessaire du Conseil pour peser dans la négociation. Le besoin exprimé est celui d’un mécanisme capable d’agir rapidement, de manière presque automatique, lorsque les conditions du marché mettent ces productions en difficulté. À ce stade des échanges, il s’agit de solutions défendues dans la discussion, et non de protections présentées comme acquises.
Le POSEI, une reconnaissance à préserver
Olivier Robert, intervenant pour les filières animales réunionnaises, a posé une autre question très directe : le POSEI restera-t-il un instrument autonome ? Il a rappelé que ces filières s’étaient développées grâce à des outils européens conçus pour les réalités de l’ultrapériphérie, notamment les aides à la production locale.
C’est donc la disparition redoutée du POSEI comme instrument dédié qui nourrit leur inquiétude. « Pour nous, c’est la fin de la reconnaissance de nos spécificités », a-t-il déclaré. Sa demande ne concernait pas seulement le montant des aides, mais le maintien d’un dispositif identifié, adapté aux contraintes des territoires.
Les réponses ont défendu la mobilisation en faveur de ces politiques spécifiques, tout en rappelant la difficulté du combat. Une distinction nette a été faite entre l’ambition d’augmenter les moyens et l’urgence de préserver l’outil : à propos d’un éventuel doublement du POSEI, une intervention a souligné que la priorité était actuellement sa sauvegarde, sans vouloir faire de promesse excessive.
« Pour nous, c’est la fin de la reconnaissance de nos spécificités. »
Olivier Robert, filières animales réunionnaises
Construire les soutiens nécessaires
Pour défendre ces demandes, les échanges ont insisté sur la méthode. Ministères, députés européens et élus des régions ultrapériphériques sont appelés à mieux coordonner leur action, avec des chefs de file et des alliances suffisamment solides au Parlement comme au Conseil.
Le soutien de parlementaires non ultramarins a été présenté comme essentiel. La convergence entre les pays concernés doit également être préservée malgré leurs différences politiques et leurs échéances électorales. Cette défense commune ne signifie pas une réponse uniforme : les besoins des Canaries, de La Réunion, de la Guyane ou de Mayotte ne se confondent pas. Les interventions ont plaidé pour des outils adaptés aux réalités de chaque territoire.
Donner une place à la production locale
Le passage à la séquence consacrée à la compétitivité a élargi le débat. Comment les règles européennes relatives aux aides d’État prennent-elles en compte les surcoûts liés à l’éloignement ? Comment assurer la cohérence entre les soutiens accordés à la production locale et les accords commerciaux conclus avec des pays tiers ? La question des exigences imposées aux producteurs européens, face à des importations qui ne les respecteraient pas, a également été soulevée.
La commande publique a été évoquée comme un autre moyen de soutenir l’activité. Une intervention a défendu une meilleure prise en compte de la production locale, en citant l’exemple d’un appel d’offres d’une collectivité martiniquaise et de la place que pourraient y trouver les entreprises du territoire. Cette orientation a été présentée dans le cadre de travaux législatifs, sans que la séquence permette d’en préciser les conditions d’application.
Des sucres de spécialité aux marchés publics, les préoccupations exprimées se rejoignent : les professionnels attendent des outils utilisables, des soutiens préservés et des règles cohérentes avec les contraintes de leurs territoires. Les échanges ont dégagé plusieurs pistes. Ils ont aussi rappelé que leur concrétisation dépend encore des négociations et des soutiens politiques à réunir.
Philippe Pied





