Cet article fait suite à notre série consacrée aux filières agricoles martiniquaises face au projet de budget 2027, après la conférence de presse du 9 octobre à la Chambre d’agriculture. Déjà publiés :
- Budget 2027 : les filières agricoles martiniquaises font bloc face aux coupes annoncées
- Après l’alerte collective, Antilla donne la parole à chaque filière
- José Maurice, président de la Chambre d’agriculture
- Jean-Claude Marraud des Grottes, président de Banamart
- Justin Céraline, président de la SICA Canne-Union
- Cyrille Necker, président de l’AMIFEL
- Philippe Degras, secrétaire général de l’AMIV
Pour André Prosper, président de la Coopérative des éleveurs bovins de Martinique (CODEM), les restrictions budgétaires envisagées dans le projet de loi de finances pour 2027 sont particulièrement difficiles à comprendre. Après des mois de sécheresse qui ont durement éprouvé les élevages, il dénonce une décision susceptible d’aggraver les difficultés d’une filière déjà fragilisée. Lors de la conférence de presse du 9 octobre à la Chambre d’agriculture, il a également interpellé les responsables politiques martiniquais, dont il attend une mobilisation plus affirmée aux côtés des professionnels.
Les premières pluies ne suffiront pas à effacer les conséquences de la sécheresse qui a frappé la Martinique en 2026. Pour les éleveurs bovins, les difficultés ont été particulièrement importantes, avec des pâturages desséchés, une raréfaction du fourrage et des animaux dont l’alimentation est devenue de plus en plus difficile à assurer. Une situation dont André Prosper, président de la CODEM, a tenu à rappeler la gravité lors de la conférence de presse réunissant les différentes filières agricoles martiniquaises.
Le responsable de la coopérative n’a pas caché son incompréhension face aux orientations du projet de loi de finances pour 2027. Alors que les producteurs cherchent encore à surmonter les conséquences d’un épisode climatique exceptionnel, les réductions annoncées des soutiens nationaux à l’agriculture ultramarine lui apparaissent particulièrement malvenues.

« Ce n’est pas normal qu’après une telle saison de sécheresse on puisse subir une telle coupe sombre. »
Son intervention traduit l’exaspération de professionnels qui ont dû faire face pendant plusieurs mois à des conditions d’exploitation extrêmement difficiles. Le manque d’eau a réduit les ressources alimentaires disponibles pour les troupeaux, obligeant les éleveurs à rechercher des solutions pour maintenir leurs animaux en état.
Le dossier présenté par les organisations agricoles confirme l’ampleur des difficultés rencontrées. En août 2026, les élevages bovins affiliés à la CODEM subissaient encore les conséquences de la raréfaction du fourrage. Une situation qui fragilise les exploitations et rend leur fonctionnement plus coûteux.
Des difficultés aggravées par les incertitudes budgétaires
Pour les éleveurs, l’une des préoccupations porte sur le régime spécifique d’approvisionnement (RSA), qui contribue notamment à réduire le coût du transport des matières premières importées pour l’alimentation animale.
Un complément national de 5 millions d’euros avait été accordé à ce dispositif en 2025. Non reconduit en 2026, il ne figure pas davantage dans le projet de budget pour 2027. Les organisations agricoles demandent aujourd’hui son rétablissement, avec une enveloppe pérenne comprise entre 5 et 8 millions d’euros par an.
Cette question prend une importance particulière pour les élevages martiniquais. Lorsque les pâturages ne permettent plus de nourrir suffisamment les animaux, les exploitants deviennent davantage dépendants des aliments complémentaires. Toute augmentation de leur coût vient alors peser sur une trésorerie déjà affectée par les difficultés climatiques.
Si André Prosper n’est pas entré dans le détail de ces mécanismes financiers lors de son intervention, il en a contesté fermement la logique générale. Pour lui, réduire les soutiens au moment où les exploitations tentent de surmonter une crise aussi importante ne peut qu’aggraver leurs difficultés.
« En ce qui concerne la CODEM, nous condamnons cette attitude. »
Le président de la coopérative considère que les conséquences de la sécheresse doivent être pleinement prises en compte dans les décisions nationales. Les pertes et les difficultés rencontrées sur le terrain ne peuvent être appréciées uniquement à travers des arbitrages budgétaires, sans mesurer leur incidence sur la continuité des exploitations.
Un appel direct aux responsables politiques martiniquais
Au-delà de la contestation des restrictions financières, André Prosper a tenu à interpeller les élus du territoire. Constatant leur absence parmi les participants qu’il pouvait identifier lors de la conférence de presse, il s’est interrogé sur leur invitation et, surtout, sur leur implication dans la défense des filières agricoles.
Le président de la CODEM rappelle avoir déjà sensibilisé certains responsables politiques aux conséquences de la sécheresse. Il souhaite désormais que ces échanges débouchent sur une mobilisation plus concrète.
Son appel s’adresse notamment à José Maurice, président de la Chambre d’agriculture, auquel il demande de peser de tout son poids dans les démarches engagées auprès des pouvoirs publics. Il sollicite également l’appui de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA).
Pour André Prosper, il est essentiel que les élus connaissent précisément les difficultés rencontrées par les éleveurs et puissent les défendre auprès des autorités nationales. Les organisations professionnelles ne doivent pas se retrouver seules à porter des revendications qui concernent, au-delà de leurs adhérents, l’avenir de la production agricole martiniquaise.
Cette prise de position illustre une préoccupation plus large : la nécessité de mieux faire entendre les réalités du terrain dans les décisions qui engagent l’avenir de l’agriculture ultramarine.
Une mobilisation qui doit dépasser la seule filière bovine
Si André Prosper s’est exprimé au nom de la CODEM, il a également tenu à inscrire son intervention dans la démarche collective engagée par les organisations agricoles.
Les difficultés de l’élevage bovin ne sont pas isolées. La canne, la banane, les productions végétales et les autres activités d’élevage sont elles aussi confrontées aux conséquences du changement climatique et à des incertitudes sur leurs soutiens financiers.
Le président de la CODEM a d’ailleurs laissé la parole au représentant de l’Association martiniquaise interprofessionnelle de la viande et du bétail (AMIV), afin que les préoccupations des autres coopératives et productions animales puissent également être exposées.
Cette complémentarité entre les organisations prend tout son sens dans la situation actuelle. La défense de l’élevage bovin ne peut être dissociée de celle des autres productions, tant les enjeux de maintien des exploitations et de développement de la production locale sont étroitement liés.
À travers son intervention, André Prosper a surtout voulu rappeler une réalité : la sécheresse a déjà profondément affecté les éleveurs martiniquais et ses conséquences continueront de peser sur leurs exploitations. Dans ces conditions, les restrictions budgétaires envisagées apparaissent, à ses yeux, comme une difficulté supplémentaire que la profession ne peut accepter sans réagir.
Son message s’adresse autant à l’État qu’aux responsables politiques locaux. Face aux risques qui pèsent sur l’avenir de l’élevage bovin, il attend désormais que la mobilisation collective se traduise par des démarches concrètes et des moyens adaptés à la situation des producteurs.
Philippe Pied




