Pour José Maurice, président de la Chambre d’agriculture de Martinique, les restrictions budgétaires envisagées dans le projet de loi de finances pour 2027 interviennent à un moment particulièrement préoccupant. Après une année marquée par une sécheresse exceptionnelle, une baisse des rendements et des difficultés croissantes pour les exploitants, il redoute que ces décisions accélèrent le recul de la production agricole. Mais son inquiétude va au-delà des crédits menacés. Avec un nombre d’agriculteurs en forte diminution et une profession vieillissante, il appelle à une véritable mobilisation des pouvoirs publics et des organisations professionnelles pour préserver l’avenir de l’agriculture martiniquaise.
En réunissant vendredi 9 octobre à la Chambre d’agriculture les représentants de l’ensemble des filières agricoles martiniquaises, José Maurice a voulu donner une dimension collective à une inquiétude qui dépasse désormais chaque secteur pris isolément. Canne, banane, élevage, fruits et légumes, industries agroalimentaires, toutes ces activités rencontrent des difficultés qui, malgré leurs particularités, trouvent souvent leur origine dans les mêmes contraintes climatiques, économiques et financières.

Pour le président de la Chambre d’agriculture, le projet de loi de finances pour 2027 intervient au plus mauvais moment. Alors que les exploitants tentent encore de surmonter les conséquences de la sécheresse, le Gouvernement envisage une diminution de plusieurs enveloppes nationales destinées à soutenir les productions ultramarines. Les organisations professionnelles dénoncent près de 20 millions d’euros de crédits menacés et demandent une enveloppe globale de 25 millions d’euros, comprenant notamment des moyens supplémentaires pour Mayotte et la Guyane.
« On ne peut pas d’un côté nous demander d’aller vers une certaine souveraineté alimentaire et, en même temps, nous enlever tous les leviers possibles pour y parvenir. »

Cette contradiction est au cœur du discours de José Maurice. Depuis plusieurs années, l’État encourage les territoires ultramarins à développer leur production locale et à renforcer leur autonomie alimentaire. Les organisations professionnelles sont sollicitées pour élaborer des plans de souveraineté, identifier les besoins et proposer des solutions. Mais au moment de traduire ces ambitions en moyens financiers, les arbitrages annoncés semblent, selon lui, prendre la direction inverse.
Une agriculture encore sous le choc de la sécheresse
José Maurice rappelle que la Martinique traverse une période particulièrement difficile sur le plan climatique. Les déficits de pluie enregistrés en 2026 ont affecté les rendements, compromis certaines plantations et fragilisé les élevages. Et malgré le retour de quelques précipitations, les réserves en eau et les capacités de production ne se reconstituent pas immédiatement.
Les difficultés sont d’autant plus préoccupantes qu’elles se répètent depuis plusieurs années. Les agriculteurs doivent désormais composer avec des épisodes de sécheresse prolongés, mais aussi avec des périodes de pluies excessives qui perturbent les récoltes et les calendriers de plantation. Une évolution à laquelle les exploitations doivent s’adapter, sans toujours disposer des moyens techniques ou financiers nécessaires.
Pour le président de la Chambre d’agriculture, réduire les soutiens dans un tel contexte revient à fragiliser davantage des productions qui ont précisément besoin d’être accompagnées pour retrouver leurs capacités.
« Aujourd’hui, nous avons besoin de stabiliser nos productions. Ce n’est pas en diminuant les budgets que nous y parviendrons. »
Il souligne également les limites des dispositifs d’urgence annoncés pour répondre aux conséquences de la sécheresse. Lors de son entretien, José Maurice évoque notamment une enveloppe de réamorçage de 4 millions d’euros, qu’il juge insuffisante au regard de l’ensemble des difficultés rencontrées.
La question ne se limite pas aux pertes enregistrées cette année. Les agriculteurs doivent préparer les prochaines campagnes sans savoir si les conditions climatiques leur permettront de retrouver leurs rendements habituels. Cette incertitude rend nécessaire, selon lui, un accompagnement durable plutôt qu’une succession de réponses ponctuelles.
LES CHIFFRES AVANCÉS PAR LA PROFESSION
De 8 000 à 2 800 agriculteurs : une profession qui s’érode
Au-delà de la conjoncture budgétaire, José Maurice attire l’attention sur une évolution qu’il considère comme particulièrement inquiétante : la diminution du nombre d’exploitants agricoles en Martinique.
Selon les chiffres qu’il avance, le territoire comptait environ 8 000 agriculteurs il y a quinze à vingt ans, contre quelque 2 800 aujourd’hui. Plus préoccupant encore, près de la moitié des exploitants actuellement en activité auraient dépassé 60 ans.

Ces données, qui correspondent aux estimations présentées par le président de la Chambre d’agriculture, posent directement la question du renouvellement des générations. Comment convaincre de nouveaux agriculteurs de s’installer dans un secteur où les difficultés climatiques se multiplient, où les charges augmentent et où les soutiens financiers deviennent incertains ?
Pour José Maurice, le danger ne réside pas uniquement dans une nouvelle diminution de la production. Il concerne également la disparition progressive des exploitations et des compétences nécessaires au maintien de l’activité agricole.
Une exploitation qui cesse son activité ne sera pas nécessairement reprise. Les terres peuvent sortir durablement du circuit productif et les installations ne pas être renouvelées. Cette évolution risque de réduire encore les capacités de la Martinique à produire une partie de son alimentation.
Le président de la Chambre d’agriculture insiste donc sur la nécessité de stabiliser les exploitants encore en activité, de préparer leur transmission et de créer les conditions d’installation de nouveaux professionnels. Des objectifs qui nécessitent, selon lui, des engagements financiers et politiques dépassant largement le seul exercice budgétaire de 2027.
UNE PROFESSION QUI S’ÉRODE, SELON JOSÉ MAURICE
Un véritable projet agricole à construire collectivement
José Maurice considère que le rétablissement des crédits menacés constitue une première nécessité, mais ne suffira pas à résoudre les difficultés structurelles de l’agriculture martiniquaise.
Il appelle à une réflexion plus large associant les organisations professionnelles, les collectivités territoriales, les parlementaires et l’État. L’objectif serait de définir précisément les productions à consolider, celles dont le développement doit être encouragé et les moyens nécessaires pour atteindre ces objectifs.
« Il faut que nous nous mettions tous d’accord, élus comme professionnels, pour définir ce que nous voulons de cette agriculture. »

Pour lui, la souveraineté alimentaire ne peut rester une ambition régulièrement affirmée sans traduction concrète. Elle suppose des choix, des priorités et des financements permettant de maintenir les exploitations tout en développant les productions destinées au marché martiniquais.
La question européenne vient également renforcer ses préoccupations. L’avenir du POSEI, principal dispositif européen de soutien aux productions des régions ultrapériphériques, ainsi que celui du FEADER, essentiel au financement des investissements agricoles, demeurent des sujets d’inquiétude pour les professionnels.
José Maurice redoute que les incertitudes pesant sur ces dispositifs viennent s’ajouter aux restrictions nationales envisagées. Or, sans visibilité financière, les exploitants peuvent difficilement programmer leurs investissements, renouveler leurs équipements ou engager les transformations nécessaires pour s’adapter aux nouvelles conditions climatiques.
Cette situation renforce, selon lui, la nécessité d’une politique agricole tenant compte des spécificités ultramarines. Les contraintes liées à l’éloignement, à l’insularité, à la taille du marché et aux conditions tropicales ne peuvent être appréhendées de la même manière que celles rencontrées dans l’Hexagone.
Faire entendre une seule voix auprès de l’État
La conférence de presse du 9 octobre constitue une étape supplémentaire dans une mobilisation déjà engagée à l’échelle des outre-mer. Les chambres d’agriculture de Martinique, de Guadeloupe et de La Réunion, ainsi que les organisations professionnelles, ont entrepris des démarches communes auprès du Gouvernement pour obtenir le réexamen des restrictions envisagées.
José Maurice souhaite que cette mobilisation puisse s’appuyer sur les parlementaires ultramarins, mais également sur les responsables politiques locaux. Il considère que la défense de l’agriculture martiniquaise ne peut reposer uniquement sur les organisations professionnelles et qu’elle doit devenir une préoccupation partagée par l’ensemble des décideurs du territoire.
Le président de la Chambre d’agriculture entend poursuivre les échanges avec ses homologues ultramarins afin de défendre une position commune lors de l’examen parlementaire du projet de loi de finances. Les professionnels souhaitent notamment obtenir des explications précises sur les réductions annoncées et convaincre le Gouvernement de rétablir les enveloppes contestées.

Mais José Maurice insiste sur le fait que le débat doit aller plus loin. Il ne s’agit pas seulement d’empêcher une diminution des aides, mais de déterminer les conditions nécessaires au maintien d’une agriculture capable de se renouveler et de produire davantage.
Le rassemblement des différentes filières prend, dans cette perspective, une signification particulière. En réunissant autour de la même table des organisations qui défendent habituellement leurs propres productions, le président de la Chambre d’agriculture a souhaité montrer que l’avenir agricole de la Martinique constitue un enjeu commun.
Car derrière les difficultés de la canne, de la banane, de l’élevage ou des productions végétales, c’est une même interrogation qui revient : quelle agriculture la Martinique souhaite-t-elle conserver et développer dans les dix ou vingt prochaines années ?
Pour José Maurice, la réponse ne peut se limiter à des déclarations d’intention. Elle exige désormais une mobilisation collective, des décisions cohérentes et des moyens à la hauteur des ambitions affichées. L’objectif immédiat reste d’obtenir la révision des restrictions budgétaires annoncées. L’enjeu de fond est autrement plus important : faire en sorte que la Martinique dispose encore, demain, d’agriculteurs capables de nourrir sa population.





