L’architecture bioclimatique, l’avenir de l’aménagement des Antilles en 2050 ?

L’architecture bioclimatique, l’avenir de l’aménagement des Antilles en 2050 ?

Par Thibault Duval

Dans le cadre de mon Master 2 en architecture effectué à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Bretagne en 2018-2019, j’ai rédigé mon mémoire intitulé l’architecture bioclimatique en milieu tropical maritime humide, les Antilles françaises. Pour traiter de ce sujet, j’ai souhaité faire un constat exhaustif de l’habitat antillais tout en relevant les éléments positifs de l’architecture métissée dans nos îles. Car il m’était inconcevable de revenir au pays sans jamais avoir questionné les enjeux futurs de ma région d’origine dans le contexte caribéen.

En 2050, la population humaine atteindra les dix milliards de personnes dont six milliards peupleront la ceinture tropicale. Or, les régions tropicales seront les premières impactées car les plus exposées aux fluctuations climatiques. Actuellement, il est dénombré une population de quarante-quatre millions d’habitants dans les territoires du bassin caribéen répartis sur un vaste chapelet d’îles s’étirant des Bahamas jusqu’à Trinidad et Tobago. Les estimations scientifiques prévoient une augmentation des catastrophes naturelles sans précédent dans la Caraïbe. Ainsi la Martinique, l’archipel de la Guadeloupe, Saint-Martin et Saint-Barthélemy sont quant à elles des régions françaises ultramarines localisées dans les petites Antilles et constituent les départements français d’Amérique.

Notre architecture est née de la rencontre sanglante de la culture autochtone caraïbe avec divers mondes issus de vagues migratoires successives depuis la découverte des Indes occidentales vers la fin du XVe siècle. Depuis les années 30, une forte dérive architecturale et urbanistique dans les îles françaises de la Caraïbe est constatée. L’inadéquation des modèles ainsi que des modes de construction proposés s’additionnent à un milieu spécifique. Ceux-ci tendent à s’endurcir par la présence d’épisodes compliqués à affronter. Et si nous ne comprenons pas la manière dont il faudra s’adapter à cet environnement spécifique, il nous faudra subir les foudres du réchauffement climatique. L’urgence climatique et sociale semble réveiller timidement la conscience de ce peuple encore aujourd’hui endormie.

Dictée par une gouvernance lointaine appelée la « Métropole », ces régions sont conçues, gouvernées et dessinées par des têtes pensantes éduquées dans l’Hexagone qui leur font subir vraisemblablement, au vu de la production locale actuelle, une acculturation architecturale forte. Il faut, cependant, reconnaître qu’un petit groupe de personnes semble aujourd’hui l’avoir bien compris et essaie d’impulser une nouvelle dynamique. Et si nous nous reposions les bonnes questions au lieu de chercher des réponses à tout va !

Nous pourrions essayer de comprendre :

  • Quelles influences le milieu caribéen doit-il jouer sur les spécificités de son architecture ?
  • Quels sont les us et coutumes du mode de vie et du mode de construire en zone tropicale humide?
  • Les modèles courants d’architecture proposés aux Antilles françaises sont-ils adaptés au contexte dans lequel ils s’inscrivent ?
  • Quelles stratégies bioclimatiques permettraient un meilleur bien-être global, et quelle serait l’influence de l’homme sur ce type de construction?

C’est en répondant à ces questions que nous pourrions envisager le devenir de l’architecture Antillaise de demain en 2050.

Le défi idéologique de notre architecture caribéenne sera le point central des concepteurs de demain. Entre retard, pression, et législation peu adaptée à notre situation, il nous faudra jongler avec un contexte exigeant et une forte quête identitaire. Comprendre le passé, repenser les bases, s’inspirer d’hier, analyser aujourd’hui, pour mieux faire demain, là est notre défi. L’architecture bioclimatique aux Antilles devra répondre à des enjeux sociaux, sociétaux et culturels insulaires, tout en s’adaptant à un milieu tropical humide, sujette à des températures moyennes durant l’année (32° C le jour et 24° C la nuit). Ainsi que d’une humidité comprise entre 70 % et 90 %. Elle devra aussi adopter une approche efficace face à l’ensoleillement. Se protéger sans oublier de rester ouvert afin de faire entrer les alizés.

La notion de bien-être hygrothermique sera le maître mot dans l’architecture bioclimatique tropicale de demain. Par l’intermédiaire de différentes stratégies bioclimatiques, nous rendrons notre futur projet agréable à vivre en additionnant la compréhension du microclimat propre au site, l’implantation du projet, l’utilisation de matériaux majoritairement biosourcés, en concevant la forme de toiture et la forme architecturale pour permettre la ventilation naturelle, en limitant les apports énergétiques, en prenant en compte la végétation et en plaçant les bonnes ouvertures bien dimensionnées au bon endroits, nous pouvons obtenir des projets bioclimatiques.

Outre ces solutions architecturales, il faudra réfléchir, ensemble, sur nos façons d’habiter qui devront aussi évoluer, afin d’éviter la prolifération des moustiques porteurs de maladies comme la dengue, le chikungunya ou le virus du zika. De plus, l’Antillais devra faire face à des sécheresses de plus en plus fortes et longues au cours des années, comment recueillir de l’eau, faire des réserves et préserver les cours d’eau en évitant la pollution des sols, et en oubliant le gaspillage. Revenir au savoir-faire de nos ancêtres qui avaient l’intelligence du lieu et de la nature en pratiquant une vie en adéquation avec le contexte et la technologie. L’idée n’est pas forcément de revenir à l’âge de pierre mais de réfléchir à un équilibre sain entre technologies, progrès et nature, une certaine forme de bon sens. Cela passera par certaines concessions. Encore une fois, voudrions-nous continuer à vivre comme nous le faisons aujourd’hui au détriment des futures générations antillaises ?

Et, un dernier défi, opter pour la préservation du savoir-vivre antillais grâce à la transmission aux jeunes générations de ce bon sens et de cette façon spécifique d’habiter passera forcément par un retour à une certaine frugalité. Les habitants d’une île vivent différemment de ceux qui vivent sur un continent. Nous sommes restreints par notre limite insulaire. Nous avons le devoir de développer un sens du risque et de la conception en fonction de notre contexte. Et ces deux enjeux doivent se faire avec les concepteurs et les habitants. En effet, les habitants vivent en fonction de leur habitat. Ils connaissent l’histoire, les us et coutumes de l’endroit où ils vivent, car c’est eux qui font le lieu. Ils sont les experts du lieu. La communauté est composée de beaucoup de personnes diverses possédant des compétences différentes et des talents uniques. Ils ont des points de vue différents sur un même lieu que ce soit à l’échelle de la ville, du quartier et même de l’habitat. Les architectes doivent en tenir compte. Découvrir ces informations au début du processus de conception aidera à créer un sentiment de communauté dans le projet.

Bonjour Comment pouvons-nous intégrer les habitants dans le processus de conception de l’espace public ou de l’espace privé ? Les habitants ont vécu la tradition du lieu. En les intégrant dans le processus, un projet devient leur espace. Les habitants d’une ville peuvent comprendre leur identité. Ce serait intelligent de les laisser créer leurs propres espaces. Ce serait bon pour eux de se sentir inclus par les architectes et les urbanistes. Les experts du lieu pourraient conseiller les habitants, en termes de qualité spatiale et technique.

Il faut aussi transmettre aux plus jeunes et développer une culture du savoir-vivre plus cohérente avec notre contexte insulaire et notre contexte climatique actuels. Un savant mélange entre savoir-vivre et culture du risque.

Thibault Duval 2eme partie, la semaine prochaine…

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