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juin 07
03:01 2021
Temps de lecture : 3 minutes

Le réseau social avait suspendu le compte de l’ancien président des Etats-Unis en janvier, sans annoncer la durée de cette sanction très commentée. Il détaille aussi de nouvelles mesures quant à la modération des comptes de responsables politiques.

Par Damien Leloup

Pour Le Monde

Donald Trump a utilisé à de multiples reprises son compte Facebook pour diffuser des théories du complot. OLIVIER DOULIERY / AFP

Deux ans : c’est la durée au cours de laquelle le compte Facebook de Donald Trump restera suspendu, a fait savoir le réseau social dans un message qui détaille aussi de nouvelles mesures quant à la modération des comptes de responsables politiques.

« La décision de Facebook est une insulte » aux « 75 millions de personnes qui ont voté pour nous en 2020 », a aussitôt répondu l’ex-président américain dans un communiqué, ajoutant que le géant des réseaux sociaux « ne devrait pas être autorisé à s’en tirer avec cette censure et ce muselage ».

A la différence des autres utilisateurs du réseau social, les chefs d’Etat et de gouvernement, ainsi que de très nombreux élus et responsables politiques, bénéficient jusqu’à présent d’une exemption d’« actualité » : elle prévoit que leurs posts puissent rester en ligne au nom de l’intérêt public, et ce, même quand ils diffusent des messages contraires aux règles d’utilisation. Depuis sa création, Facebook considère par exemple qu’un message publié par un chef d’Etat constitue une information de nature politique, à laquelle les citoyens doivent pouvoir avoir accès, même lorsque ce post est mensonger ou violent. La suppression de messages publiés par des responsables élus y a été jusqu’à présent rarissime.

Mark Zuckerberg, en 2019 à Washington. MANDEL NGAN / AFP

La présidence de M. Trump a montré les limites de cette politique, l’ancien président des Etats-Unis ayant utilisé à de multiples reprises son compte pour diffuser des théories du complot, des attaques personnelles contre des journalistes ou des adversaires politiques, voire des menaces à peine voilées contre d’autres dirigeants étrangers.

La suspension de Trump, point de basculement

Le compte Facebook de M. Trump avait finalement été suspendu en janvier, après l’invasion du Capitole par des supporteurs du président sortant, que ce dernier avait incités à marcher sur le siège de la Chambre des représentants et du Sénat américains. Dans les jours précédents, il l’avait aussi utilisé pour affirmer, au mépris de toutes les preuves, que des fraudes massives avaient eu lieu lors de l’élection de novembre 2020 et qu’il était le vrai président élu.

Saisi du cas de cette suspension, le conseil de surveillance – oversight board, sorte de « cour suprême » de l’entreprise chargée depuis peu d’arbitrer les contestations des décisions de modération de Facebook – avait estimé qu’elle était en tant que telle était légitime. Mais le conseil avait vivement critiqué le fait qu’elle soit sans limite dans le temps et que les critères ayant mené à cette suspension restent flous. « Les mêmes règles devraient s’appliquer à tous les utilisateurs », avaient déclaré les membres indépendants de cette instance récemment mise en place. Le réseau social avait promis de prendre en compte leurs recommandations, notamment de fixer une limite claire à la suspension du compte de M. Trump.

« Nous savons que cette décision sera critiquée par de nombreuses personnes des deux côtés de l’échiquier politique, mais notre travail est de prendre une décision qui soit la plus équilibrée, juste et transparente possible », écrit Nick Clegg, le responsable des affaires publiques de Facebook, dans le communiqué publié le 4 juin.

La manière dont le réseau social avait géré le compte de M. Trump avait aussi suscité de vives critiques en interne. Ces derniers mois, elles se sont multipliées sur la façon dont Facebook modère les comptes de dirigeants politiques dans d’autres pays, notamment après l’offensive israélienne sur Gaza, mais aussi en Inde. Alors que ce pays est confronté à une crise sanitaire majeure liée à la pandémie de Covid-19, des salariés de Facebook, dont des employés d’origine indienne, s’agacent de ce qu’ils perçoivent comme une forme de complaisance envers le gouvernement de Narendra Modi, rapporte le New York Times.

Facebook confirme plus généralement, comme l’annonçait le site spécialisé The Verge, qu’il compte limiter les privilèges de modération dont jouissent les élus et chefs de gouvernement. Le réseau social pourrait aussi faire preuve de plus de transparence sur les avertissements donnés en cas d’infraction à ses règles, qui peuvent conduire à l’exclusion des comptes récidivistes.

Damien Leloup


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