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Le Metavers ou le nouveau monde de l’illusion

décembre 01
04:31 2021
Temps de lecture : 3 minutes

par Jean-Philippe Delsol

Pour IREF

Facebook s’appelle désormais Meta. Il a changé de nom, peut-être pour faire diversion, au milieu de ses embarras avec une employée qui a joué les dénonciatrices pour faire la vedette mais qui n’a guère apporté d’éléments à l’appui de ses accusations à l’encontre des comportements dits toxiques de son employeur.

Un immense marché

La vraie question est plutôt celle de la nouvelle orientation que souhaite faire prendre à Facebook son fondateur, Mark Zuckerberg. L’adoption de ce nouveau nom, META, exprime la volonté de Facebook d’engager massivement la production de produits virtuels. Il veut vendre de plus en plus de la réalité augmentée, le métavers. Il signifie son intention de créer des univers au-delà de notre monde actuel en utilisant, pour son nouveau nom, le grec ancien μετά, metá (« au-delà, après »), c’est-à-dire : « tout ce qui suit, ce qui change, ce qui participe de ». Et même, au figuré : « ce qui dépasse, englobe ». Il veut faire accéder ses utilisateurs à des expériences immersives dans des espaces virtuels fictifs, interconnectés, persistants et partagés qui seront accessibles en 3D (3 dimensions).C’est un projet énorme dans lequel Facebook a déjà investi en créant son Facebook Reality Labs qui d’ores et déjà compte 10 000 salariés et en aura le double bientôt. Il a acheté dès 2014, pour 3Md$, la société Oculus spécialisée dans la fabrication de casques de réalité virtuelle créés pour pénétrer dans ces espaces fictifs que de nombreux jeux proposent déjà.

L’immersion du cerveau et de la personne toute entière dans cet horizon élargi peut sans doute être enrichissante. Elle favoriserait l’apprentissage, stimulerait la mémoire. Elle peut permettre de réduire le sentiment d’isolement, peut-être d’offrir des services aux personnes. Cette technique ouvre probablement à des découvertes scientifiques, à des expériences qui feront évoluer nos visons du monde et de la vie, à des jeux ou des aventures qui permettent déjà des émotions inconnues…. Mais l’objectif de Mark Zuckerberg est plus ambitieux. Il veut amener dans les prochaines années un milliard d’utilisateurs à vivre régulièrement dans ce monde virtuel, le métavers, à porter des vêtements virtuels, à utiliser des accessoires, à disposer d’« outils » virtuels adaptés à cet effet pour renforcer la simulation et que Meta vendra. Il veut ajouter une galaxie imaginaire au cosmos et à sa manière il joue à Dieu comme les enfants jouent à la marchande. Est-ce sans dangers ?

N’est-ce pas en effet aussi un risque immense ?

C’est un immense marché pense le fondateur de Facebook qui veut nous emporter dans d’autres univers. Il aurait la prétention d’offrir une sorte de nouvelle transcendance comme on dit de la Métaphysique, de faire accéder à de nouveaux mondes supérieurs comme on parle de Métadonnées. Se prendrait-il pour un demiurge ? Le risque est d’apporter la confusion entre les mondes d’ici et d’au-delà, d’oublier la distance que Saint Augustin mettait entre le Cité de Dieu et celle des Hommes. Tout deviendrait permis, possible dans la réalité virtuelle qui n’est pas une réalité. Les mots sont trompeurs et trompent ceux qui s’y adonnent. Il n’y aurait plus alors qu’un pas, et une grande désillusion, à vouloir transporter l’expérience du métavers dans la vraie vie. On ne peut pas impunément se moquer du réel, discuter avec des avatars.

Le monde a progressé en préférant la raison à l’aveuglement des sens, des désirs et des peurs. La raison a éloigné les sorcières, les fées et les géants qui peuplaient l’esprit des anciens mondes. L’abandon du panthéisme a permis à la science d’ausculter l’univers et les créatures qui l’habitent. Le risque est désormais de replonger une partie de notre humanité, et notamment notre jeunesse, dans une nouvelle illusion. Ils croiront à la fausse vérité de la virtualité, comme d’autres ont cru aux mirages communistes, ou comme les adeptes de Savonarole (1494/1498) et les anabaptistes de Münster (1534) ont été conduits à la violence, à moins qu’ils se livrent à la licence de quelque autre utopie. Et ils seront toujours déçus, et vite révoltés quand l’enchantement se dissipera.

Il est dangereux de vivre en se trompant soi-même, à l’écart de la vraie vie qui oblige à être pragmatique, à prendre en compte la société dans ses aspirations et ses travers. Le métavers ne fera-t-il pas de ses adeptes des êtres insociables, dépendants d’une autre forme de drogue ? Ne leur fera-t-il pas méconnaître la rationalité, autant peut-être que le véritable amour qui ne peuvent être, ni l’un ni l’autre, artificiels ? Ne leur désapprendra-t-il pas toute démarche scientifique ? Produit par la technologie la plus pointue, il en éloignera ses utilisateurs appelés à vivre de légendes et de chimères. Notre civilisation elle-même y risquerait de s’affaiblir par la force même de son génie créateur. Comme le nucléaire, la réalité virtuelle sera bonne ou mauvaise selon ce qu’on en fera. Il vaudrait mieux sans doute éviter de trop jouer avec des allumettes. A croire que nous pouvons fuir le monde concret et construire notre propre univers, nous pourrions, avec Mark Zuckerberg et les autres, Ubisoft, Roblox…., déjà engagés dans la course à la création de ces nouveaux univers, connaître le sort de Prométhée condamné au supplice pour avoir dérobé le feu à Zeus. Pour le moins la question mérite d’être posée avant qu’il ne soit trop tard.


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