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Les jeunes sont terrifiés par la crise climatique… et l’inaction des gouvernants

septembre 14
05:45 2021
Temps de lecture : 4 minutes

Une large étude menée dans une dizaine de pays a trouvé que les jeunes étaient, dans leur large majorité, dénués d’espoir sur le futur de l’humanité mis en péril par la crise climatique. Ils partagent aussi une défiance très prononcée dans l’honnêteté et l’action de leurs représentants politiques.

60 % des jeunes sont « très » voire « extrêmement » inquiets du changement climatique, nous apprend une étude scientifique rendue publique ce mardi 14 septembre [1]. 45 % estiment même que cette inquiétude a des répercussions négatives dans leur vie quotidienne. Et plus ils vivent dans des pays du Sud, plus pauvres et plus exposés au changement climatique, plus ce sentiment est fort.

En cours d’évaluation par les pairs pour la revue Lancet Planetary Health, ce travail se présente comme « l’enquête la plus vaste et la plus internationale sur l’éco-anxiété des jeunes à ce jour », ainsi que la première à faire le lien entre la perception de l’action des gouvernements et cette détresse psychologique. Elle a été financée par l’ONG Avaaz.

L’étude a été réalisée par une équipe de chercheurs du Royaume-Uni, de Finlande et des États-Unis. Un sondage a été mené auprès d’un panel de 10 000 jeunes âgés de 16 à 25 ans, répartis dans dix pays dans le monde choisis pour représenter à la fois le Nord et le Sud, une diversité de cultures, revenus, et vulnérabilité au changement climatique. La liste comprend ainsi le Royaume-Uni, la France, les États-Unis, le Brésil, les Philippines, le Nigeria ou encore l’Inde [2]. Les participants ont été invités à s’exprimer sur leur niveau d’inquiétude et les émotions ressenties face au changement climatique (peur, anxiété, désespoir, optimisme, indifférence…), les conséquences qu’il peut avoir sur leur vie quotidienne, les émotions et pensées positives ou négatives qu’ils ressentent à ce sujet, ainsi que leur sentiment concernant la prise en charge du problème par leurs gouvernements.

75 % des jeunes voient le futur comme « effrayant »

Les résultats montrent une quasi-unanimité des jeunes, qui ont massivement répondu être en accord avec l’affirmation selon laquelle « on a échoué à prendre soin de la planète » (83 % des répondants). Ils sont 75 % à penser que « le futur est effrayant » et 56 % à considérer que « l’humanité est condamnée ». Si l’on détaille par pays, les Philippines sont celui où les jeunes expriment le plus de sentiments négatifs vis-à-vis du changement climatique (92 % voient le futur comme effrayant). La Finlande est au contraire celui où les jeunes apparaissent comme les moins abattus (56 % déclarent le futur effrayant). Un lien clair peut ainsi être fait entre la vulnérabilité du pays face à la catastrophe climatique, et le niveau d’anxiété de sa population.

Concernant la perception de l’action climatique des gouvernements, on constate que 65 % des répondants considèrent qu’ils « laissent tomber les jeunes », 64 % qu’ils « mentent concernant l’impact de leurs actions » dans le domaine climatique, 60 % qu’ils « ignorent leur détresse ».

C’est le Brésil qui enregistre les taux de réponses négatives face à l’attitude du gouvernement les plus élevés. L’action de Jair Bolsonaro apparaît ainsi comme très sévèrement jugée : seuls 20 % des jeunes estiment qu’il « fait assez pour éviter la catastrophe », uniquement 22 % qu’il « agit selon la science du climat » et 78 % pensent qu’il « ment sur ses actions »

À l’inverse, la Finlande apparaît à nouveau comme la bonne élève — ou plutôt la moins mauvaise : 47 % des jeunes se sentent abandonnés par leur gouvernement (contre, on le rappelle, 65 % au niveau mondial). En France, 55 % des jeunes se sentent abandonnés. Seulement 26 % d’entre eux jugent par ailleurs que le gouvernement en fait suffisamment pour éviter la catastrophe, et 28 % qu’il agit en accord avec ce que dit la science sur le climat.

« 60 % de l’échantillon a déclaré être en désaccord avec toutes les affirmations positives et en accord avec toutes les affirmations négatives. »

En résumé, les chercheurs calculent tous pays confondus que « 60 % de l’échantillon a déclaré être en désaccord avec toutes les affirmations positives et en accord avec toutes les affirmations négatives ». Un résultat élevé. « On aurait souhaité qu’il ne le soit pas tant », commentent d’ailleurs les scientifiques dans leur conclusion.

Ils observent aussi que « les résultats montrent que la détresse est plus grande quand les personnes pensent que la réponse du gouvernement n’est pas adéquate […]. Cela va inévitablement avoir des conséquences sur la santé mentale des enfants et des jeunes », alertent-ils, estimant que plus l’inaction climatique se poursuivra, plus la santé mentale des jeunes risque de se dégrader. « Nous soutenons que l’échec des gouvernements à réduire, prévenir ou atténuer le changement climatique contribue à une détresse psychologique, à un préjudice moral et à de l’injustice », poursuivent les auteurs, qui considèrent que cela peut être vu comme « cruel, inhumain, dégradant et même une sorte de torture. » Ces résultats pourraient donc, selon les auteurs, légitimer les actions en justice climatique menées par la jeunesse à travers le monde.

L’éco-anxiété, un problème de santé publique ?

Mais ils reconnaissent également des limites à cette étude, car pour y participer il était nécessaire d’avoir accès à internet, et les échantillons de jeunes interrogés ne sont donc pas « pleinement représentatifs de la population des pays ». Par ailleurs, on peut souligner que le nombre de langues utilisées pour interroger les jeunes était limité (anglais, finlandais, portugais, français). Il est donc possible que seuls les jeunes les plus éduqués aient été atteints par l’étude.

« Le manque d’information sur le profil des jeunes est une limite à ce papier », confirme Alice Desbiolles, médecin en santé publique et autrice d’un ouvrage sur l’éco-anxiété [3]. Pour elle, il est donc encore un peu tôt pour confirmer qu’il s’agit d’un problème de santé publique. « Il faudrait ce que l’on appelle une étude randomisée, représentative de toute la population », estime-t-elle.

« Et puis le problème, ce sont surtout les causes de cette éco-anxiété. Le changement climatique, et d’ailleurs la crise écologique dans toutes ses dimensions, a déjà a un impact réel et reconnu sur la santé physique et mentale. » C’est ce que concluent les auteurs de l’étude en d’autres mots. Pour éviter une épidémie de dépressions climatiques chez les jeunes, la solution est à la fois simple et terriblement compliquée : il faut agir dès maintenant contre la crise climatique.

 


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