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    Home » Libye : l’esclavage que le monde avait vu… et qui n’a pas disparu.
    Repère

    Libye : l’esclavage que le monde avait vu… et qui n’a pas disparu.

    août 11, 2026Mise à jouraoût 12, 2026Aucun commentaire
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    En novembre 2017, les images d’hommes noirs vendus aux enchères près de Tripoli avaient bouleversé le monde. Près de neuf ans plus tard, elles retrouvent une terrible actualité : un rapport des Nations unies publié en février 2026 décrit toujours en Libye un système de traite, de travail forcé, de violences et d’exploitation des migrants. Le scandale de 2017 n’appartient donc pas seulement à l’histoire.

    Le 14 novembre 2017, CNN diffuse l’enquête conduite par la journaliste Nima Elbagir.
    Quelques semaines auparavant, son équipe s’est rendue clandestinement aux environs de Tripoli après avoir reçu une vidéo montrant une vente d’êtres humains.

    Une douzaine de migrants africains sont présentés à des acheteurs. Leur force physique est vantée comme celle d’une marchandise. Les enchères montent et, en quelques minutes, des hommes sont vendus pour quelques centaines de dollars. La scène semble surgir d’un autre siècle.

    Elle n’était pourtant pas inconnue.

    Dès avril 2017, l’Organisation internationale pour les migrations alertait sur l’existence de « marchés aux esclaves ». Des migrants racontaient avoir été achetés, revendus, contraints au travail, séquestrés jusqu’au paiement d’une rançon. D’autres témoignages faisaient état de tortures et de violences sexuelles.

    CNN n’avait donc pas véritablement révélé le phénomène : la chaîne lui avait donné une image. Et cette image avait rendu l’indifférence beaucoup plus difficile.

    De l’effondrement libyen à l’économie de prédation

    Après la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la fragmentation de l’État libyen offre un terrain favorable aux milices, passeurs et réseaux criminels. Dans le même temps, le pays demeure l’une des principales routes empruntées par des migrants d’Afrique subsaharienne pour tenter de rejoindre l’Europe.

    Lorsqu’un migrant ne peut plus payer son passage, il peut lui-même devenir une source de revenus : travail forcé, rançon, exploitation sexuelle, revente. L’être humain devient une marchandise susceptible d’être monétisée plusieurs fois.

    L’indignation internationale de 2017 est considérable.

    Emmanuel Macron parle de crime contre l’humanité. Le Conseil de sécurité de l’ONU se saisit du dossier. L’Union africaine exige des poursuites et, lors du sommet Afrique-Europe d’Abidjan, une coopération est organisée pour évacuer des migrants bloqués en Libye.

    Puis l’émotion retombe.

    2026 : « Business as usual »

    C’est ce qui donne aujourd’hui à cette affaire une actualité saisissante. En février 2026, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme et la Mission d’appui de l’ONU en Libye publient un rapport au titre accablant : Business as usual.

    Pour la période 2024-2025, les enquêteurs décrivent encore meurtres, torture, violences sexuelles, traite des êtres humains, extorsion, travail forcé, prostitution forcée et servitude domestique. Plus troublant encore : ils font état d’informations concernant des ventes d’êtres humains susceptibles de relever de l’esclavage, notamment autour de Sabha et d’Al-Zawiya.

    Autrement dit, les enchères filmées en 2017 ne peuvent être considérées comme la photographie d’un phénomène disparu. Près de neuf ans après l’indignation mondiale, les mécanismes de prédation demeurent.

    La justice internationale commence certes à avancer. La procédure engagée contre Khaled Mohamed Ali El Hishri, ancien responsable de la prison de Mitiga, constitue en 2026 une évolution importante dans la lutte contre l’impunité. Mais elle ne représente pas le procès des ventes filmées par CNN.

    L’Europe demeure également confrontée à une contradiction majeure.

    Elle soutient depuis 2017 le contrôle des départs depuis les côtes libyennes alors que les migrants interceptés peuvent être ramenés vers un territoire où détentions arbitraires, tortures et exploitation sont documentées. Il serait faux de rendre l’Union européenne responsable des ventes d’esclaves. Mais la question demeure : peut-on externaliser le contrôle de ses frontières sans répondre du sort réservé à ceux que l’on contribue à renvoyer ?

    Une question aussi pour la Martinique

    Aux Antilles, ces images ont nécessairement une résonance particulière, sans  confondre la traite transatlantique et l’esclavage colonial -système économique, juridique et politique organisé pendant plusieurs –  avec les réseaux criminels de la Libye contemporaine.

    Mais une même frontière morale est franchie : celle qui transforme un être humain en valeur marchande et fixe son prix selon sa capacité de travail.

    C’est peut-être là que l’actualité libyenne interpelle directement la Martinique. Une mémoire de l’esclavage exclusivement tournée vers le passé risquerait de perdre une partie de sa portée universelle. Se souvenir doit aussi permettre de reconnaître les formes contemporaines de servitude lorsqu’elles apparaissent ailleurs, même loin de nous.

    En 2017, les images de Tripoli avaient bouleversé le monde parce qu’elles semblaient venir d’un autre temps. Le rapport des Nations unies de 2026 nous oblige à admettre qu’elles parlaient aussi du nôtre. Gdc

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