ANTILLA a publié plusieurs contributions quant à l’avenir de l’octroi de mer. Des échanges peut-être instructifs, mais certainement pas à la portée du premier lecteur venu. Simple citoyen, enseignant à la retraite, je ne suis ni économiste, ni chef d’entreprise, ni élu local ou national, et j’ai le plus souvent du mal à suivre. J’avoue n’avoir pas tout compris, mais je suis convaincu que les contributions ne sont pas nécessairement bonnes ou mauvaises. Certaines me semblent même techniquement solides.
Mais, et ça, je l’ai compris, elles répondent à une question fiscale alors que la Martinique n’a pas, au préalable, répondu à une question politique et économique, qui me taraude, c’est le moins qu’on puisse dire :
que voulons-nous (nous Martiniquais bien sûr) construire ?
Car, j’en suis persuadé, même si je ne comprends pas tout, sans but commun, «supprimer ou maintenir l’octroi de mer » devient presque une fausse bonne question.
Si le but des martiniquais était clairement défini — par exemple : en 2040, nous devons préparer une Martinique capable d’assurer un niveau de vie élevé avec 300 000 (!) habitants, réellement intégrée économiquement à la Caraïbe, spécialisée dans quelques secteurs à forte valeur ajoutée, protégeant quelques productions stratégiques à définir et disposant de collectivités financièrement soutenables et stabilisées — alors le débat changerait immédiatement.
On pourrait prendre chaque proposition, chaque contribution dans ANTILLA ou ailleurs, et lui appliquer une question simple : Est-ce que cette mesure préconisée par X ou par Y (on s’en moque de qui propose si c’est pour le bien commun !) nous rapproche ou nous éloigne du modèle choisi ?
À ce moment-là, l’octroi de mer cesserait d’être une bataille idéologique. Il deviendrait un outil parmi d’autres. À ce niveau, certains auront vraisemblablement abandonné la lecture de mon humble contribution !
J’insiste donc pour les plus courageux, (même si je sais qu’il extrêmement difficile de se faire entendre quand on n’a pas l’étiquette qui cadre avec le sujet !), il faudrait peut-être raisonner dans cet ordre :
- Le cap. Quelle Martinique voulons-nous dans quinze ou vingt ans ?
- Les objectifs mesurables. Population, emploi, revenus, coût de la vie, production, importations, exportations, formation, énergie, transports, relations économiques avec la Caraïbe.
- La stratégie. Quels secteurs développer ? Lesquels protéger ? Que faut-il accepter d’importer ? Où investir massivement ?
- Les instruments. Fiscalité, octroi de mer, aides publiques, formation au sens très large, infrastructures, réglementation, coopération régionale.
- L’évaluation. (Ah ! L’évaluation !) Tous les trois ou cinq ans : avons-nous avancé ? Sinon, on modifie les instruments.
J’ai l’impression que tout ça resssemble à l’autonomie ! Ce n’est pas ça ? Il faut avoir le courage de dire que nous faisons exactement l’inverse : nous discutons passionnément de l’instrument avant d’avoir décidé de la destination.
D’où peut-être ma frustration et celle de quelques uns qui auraient voulu s’intéresser au sujet ……. Monsieur Huyghues Despointes peut avoir raison sur certains effets pervers. Monsieur Branchi peut avoir raison sur la nécessité de protéger l’appareil productif. Monsieur Monplaisir peut avoir raison sur la réforme. L’Autorité de la concurrence peut démontrer certains effets sur les prix.
Tous peuvent avoir partiellement raison, mais sans produire collectivement aucune solution.
Et pour cause ! L’un privilégie le pouvoir d’achat. L’autre l’industrie locale.
Un autre les recettes communales. Un autre l’emploi. Une autre l’autonomie fiscale.
Et moi aussi, j’ai fait un rêve (on ne se refuse rien !). Et si les politiques se levaient humblement, face à ceux qui maîtrisent la fiscalité et l’économie, en prenant la population à témoin :
« Voici où nous voulons conduire la Martinique. Maintenant, dites-nous quelle combinaison d’instruments permet d’y parvenir. »
Vous trouvez cela absurde ? Définir une trajectoire, puis mobiliser l’administration, la fiscalité, l’éducation, les infrastructures et l’économie pour la servir, ce serait absurde ?
Sauf erreur de ma part, nous avons des rapports, des économistes, des chefs d’entreprise, des élus, des universitaires, des syndicats, des associations, des propositions, des journalistes, des faisant fonction de journalistes, des penseurs, des « sachants »………
Ce qui manque au-dessus de tout cela est très simple à énoncer mais beaucoup plus difficile à obtenir : un CAP.
Sans lui, le débat sur l’octroi de mer (comme celui sur le statut, sur les transports, sur l’eau, voire sur le sexe des anges) risque effectivement de se terminer comme beaucoup d’autres : chacun aura publié sa contribution, chacun aura voulu démontrer qu’il avait raison, quelques taux seront éventuellement modifiés (sous pression !)… et la Martinique n’aura toujours pas décidé où elle veut aller.
Serge THALY
Citoyen Simplement Martiniquais





