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Qui sont les 5 millions de non-vaccinés que Macron veut “emmerder”.

janvier 06
00:28 2022

Une majorité des Français qui n’ont pas reçu de première dose de vaccin contre le Covid-19 y sont frontalement opposés, mais tous ne sont pas de simples “antivax”.

 

Huffington –

Par Grégory

Mais le président-candidat cherche-t-il encore à convaincre ces quelques récalcitrants en faveur du vaccin? Il faut dire qu’une majorité d’entre eux a plutôt un avis définitif sur la question. Dans une étude à paraître dans les jours à venir, Jeremy Ward et ses collègues ont justement cherché à savoir, encore une fois, qui sont les Français non vaccinés.

Deux tiers des non-vaccinés sont catégoriques

“4ur un panel représentatif de 2000 adultes, 10,5% affirment ne pas être vaccinés et ne pas avoir l’intention de l’être. Les deux tiers d’entre eux disent être certains de ne pas sauter le pas”, explique le sociologue. “Dans le profil type, on a les femmes, les jeunes, les personnes proches des partis de droite et gauche radicale ainsi que ceux ne se sentant proches d’aucun parti”, continue Jeremy Ward.

Les dénombrements sont difficiles, mais on estime qu’entre 2 et 4% de la population française (entre 1 et 2 millions de Français) est complètement opposée au principe de la vaccination en général. Face au Covid-19, c’est un peu différent. “La vaccination contre le Covid-19 suscite une réticence particulière, à la fois parce que c’est un vaccin nouveau, un rejet que l’on a également vu avec celui contre la grippe H1N1 de 2009; il y a également un contexte de défiance particulièrement forte à l’égard du gouvernement en place”, note le sociologue.

Il faut pour autant faire attention à ne pas croire que tout non vacciné est similaire aux “antivax” les plus visibles, sur les réseaux sociaux et dans les manifestations. Au regard des résultats obtenus par Jeremy Ward, un tiers des répondants n’ont pas une opinion complètement arrêtée sur la vaccination.

D’ailleurs, depuis cet “appel à l’esprit de responsabilité” aux 6 millions de non-vaccinés, le 9 novembre, plus d’un million de Français ont reçu leur première dose. Certes, le rythme des primo-injections est bien loin des centaines de milliers de doses quotidiennes qui ont rythmé l’été. Mais cela veut dire qu’en deux mois, un Français non vacciné sur six a sauté le pas, avec ces dernières semaines environ 20.000 nouvelles injections par jour.

Premières doses injectées quotidiennement – Moyenne sur 7 jours

Combien de non-vaccinés qui aimeraient l’être?

Surtout, de l’aveu de Jeremy Ward, cette enquête n’est pas parfaite: “on sait qu’on passe à côté d’une grande partie des non vaccinés car on a de bonnes raisons de penser que parmi ces derniers, on a des publics marginalisés, par exemple des immigrés, des femmes célibataires, des personnes très pauvres. Ces types de personnes sont peu présentes dans les panels d’enquête.”

Le sociologue estime qu’il y a une minorité importante de non-vaccinés qui ne le sont pas par choix idéologique, mais aussi pour des questions d’accès. Des éléments de l’étude vont dans ce sens, rappelle-t-il: “Ceux pour qui il est très facile d’acheter des médicaments s’ils en ont besoin ont plébiscité ce vaccin. Ils sont plus de 95% à avoir été vaccinés ou à compter le faire. Cette proportion est seulement de 82% chez ceux pour lesquels il est très difficile d’acheter ces médicaments”.

Justement, pendant des mois, le gouvernement a tenté diverses démarches visant à “aller vers” les non-vaccinés, avec un succès Important mais une ampleur de l’effort limitée. Il faut ainsi se rappeler par exemple que la couverture vaccinale des plus de 80 ans est plus faible pour tous les autres adultes. “Cela montre bien qu’on n’a pas suffisamment investi dans le ‘aller vers’ en France”, regrette Jeremy Ward.

 

Vaccinés, mais divisés

Évidemment, il n’y a pas de solution miracle pour toucher les derniers indécis. Ni pour convaincre les anti-vaccins. “Beaucoup de choses ont été faites, ce qui est compliqué, c’est que ce sont toujours les acteurs de proximité qui ont le plus de chance de convaincre les indécis. On parle beaucoup de l’aller vers pour amener la vaccination, mais c’est aussi trouver les interlocuteurs de proximité susceptibles de convaincre ces personnes-là”, rappelle Jeremy Ward.

Or, intégrer la santé et la prévoyance localement, au sein des territoires, des associations, ne se fait pas en quelques mois, ni en pleine pandémie. Le sociologue cite en exemple les pays nordiques, “avec des taux de vaccination plus élevés que les nôtres car il y a moins de distance entre les citoyens marginalisés et le système de santé”.

Dans un article publié fin 2021, Lucie Guimier, docteure en géopolitique spécialiste des mouvements anti-vaccins, compare également le système vaccinal français, construit jusqu’alors “essentiellement sur la médecine libérale centrée sur le soin”, au système britannique, centralisé autour du NHS, un système de santé national, centralisé et gigantesque, cinquième plus gros employeur au monde.

D’ailleurs, le graphique ci-dessous, réalisé par la chercheuse Florence Debarre, met bien en lumière comment la campagne britannique a démarré plus vite et, surtout, comment les plus âgés (et donc les plus à risque) ont été plus vaccinés qu’en France.

 

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’opposition au vaccin au Royaume-Uni. La France a d’ailleurs une meilleure couverture vaccinale que son voisin outre-Manche aujourd’hui. Mais ce retard a surtout été rattrapé grâce au pass sanitaire, une manière de pousser la population générale à la vaccination.

Et cela a un impact positif, visible, mais aussi plus subtil: le doute face aux vaccins touche aussi les vaccinés en France. “En juin, 9% des personnes vaccinées contre le Covid concédaient avoir eu encore beaucoup de doutes au moment de se faire vacciner. En août, on est passé à 49%”, précise Jeremy Ward, citant une de ses analyses antérieures. “Le pass sanitaire était certainement utile, mais il a poussé à la vaccination sans forcément convaincre”.

En “emmerdant encore davantage” les non-vaccinés, Emmanuel Macron affirme que cela permettra de pousser un peu plus à la primo-injection. Mais à quel prix? “Dans un contexte où la campagne présidentielle arrive, cette intervention ne vise que les soutiens du président et risque de polariser davantage la population”, tranche Jeremy Ward, qui regrette que le fond du débat, les défauts de notre système de santé publique, ne soient même pas abordés:

“Cette pandémie nous confronte aux faiblesses de nos modèles de prise en charge de santé. On cherche une solution ponctuelle, rapide, mais on restera structurellement confronté aux limites du système actuel. Après deux ans d’épidémie, je ne vois aucune volonté politique de réforme significative du système de santé, malgré la campagne présidentielle. C’est un peu comme si on n’avait rien appris.”

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