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Suivre la conjoncture lorsque les entreprises répondent moins aux enquêtes

mars 25
01:57 2021
Temps de lecture : 5 minutes

Olivier Dorothée, Jean-Marie Fournier, Marc Grenon-Mur, Alain Jacquot et Pierre Leblanc, Insee

Pendant le premier confinement, un nombre inhabituellement élevé d’entreprises a cessé de répondre aux enquêtes. En temps « normal », le statisticien sait faire face aux non-réponses. Il impute à l’entreprise qui n’a pas répondu les résultats d’une entreprise comparable (taille, activité) ou reprend les résultats de l’année précédente. Mais lorsque trop d’entreprises ne répondent pas et que s’ajoute une situation économique inédite, ces imputations sont inopérantes.

Pour continuer à suivre au plus près la conjoncture, les statisticiens de l’Insee ont eu recours à de nouvelles sources, comme les consommations d’électricité. Ils ont aussi fait appel à des sources connues, mais utilisées jusqu’alors pour produire d’autres indicateurs : c’est ainsi que les données de chômage partiel ont permis d’estimer les baisses de production. Enfin, les statisticiens de l’Insee ont dû surtout procéder au retraitement manuel de centaines de réponses individuelles.

L’Insee calcule et publie chaque mois des indicateurs pour suivre l’activité de l’industrie, de la construction, du commerce et des services marchands (hormis les services financiers). Il publie aussi chaque mois des indices de prix à la production dans l’industrie et chaque trimestre des indices de prix à la production dans les services. Tous ces indices constituent aussi une source de première importance pour la confection des comptes nationaux trimestriels.

Pour produire et calculer ces indices, les statisticiens se réfèrent à des manuels internationaux élaborés par le FMI, l’OCDE ou Eurostat. Des règlements européens précisent par ailleurs le degré de finesse du découpage attendu par secteurs d’activité ou par produits ainsi que la fréquence et les délais de publication des indices.

L’institut mobilise deux sources de données : des enquêtes auprès des entreprises, pour confectionner les indices de prix à la production, l’indice de la production industrielle (IPI) et de l’indice de production dans la construction ; les déclarations de TVA adressées à l’administration fiscale chaque mois par les entreprises pour calculer les indices de chiffre d’affaires (en valeur). Les indices de production en volume dans les services et le commerce sont obtenus en déflatant les indices de chiffres d’affaires (en valeur), c’est-à-dire en les divisant par des indices de prix, à la production pour les services, à la consommation pour le commerce.

Bien que l’enquête soit obligatoire, il y a toujours entre 10 % et 15 % des entreprises qui ne répondent pas du tout, ou pas dans les délais. Les manuels internationaux prescrivent la conduite à tenir en temps normal pour surmonter ces difficultés. Typiquement, le traitement consiste à imputer à l’entreprise non-répondante l’évolution de prix ou d’activité constatée pour une entreprise comparable (même activité ou même produit), ou à défaut l’évolution constatée pour la même entreprise un an plus tôt.

Les données de chiffre d’affaires issues des déclarations de TVA posent une difficulté de nature différente. En temps normal, la non-réponse est très faible. Mais les déclarations peuvent être perturbées, par exemple pendant le mois de fermeture annuelle de l’entreprise ou pendant les congés du comptable. Le statisticien doit alors veiller à « rétablir la réalité », afin que les évolutions ne soient pas perturbées par ces aléas déclaratifs qui n’ont rien à voir avec l’activité réelle de l’entreprise.

L’ensemble des séries d’activité sont publiées à la fois en données brutes et en données corrigées des variations saisonnières et des jours ouvrables (CVS-CJO).

Le premier confinement de la population a été mis en place le 17 mars. Il a provoqué dans nombre de secteurs une chute soudaine – voire un arrêt total – de la production. En parallèle, le taux de réponse aux enquêtes a lui aussi chuté : à la date du 23 avril, le taux de réponse à l’enquête sur la production industrielle en mars était inférieur d’environ 20 points de pourcentage à ce qui est habituellement observé le 23 d’un mois habituel. Dans ces circonstances, on ne peut bien sûr pas utiliser l’imputation de l’activité de l’année précédente pour remplacer les valeurs manquantes.

De même, il est risqué de leur imputer l’évolution constatée sur les entreprises répondantes comparables : il est probable qu’il se trouve parmi les entreprises non répondantes une proportion plus importante d’entreprises ayant cessé toute activité que parmi les répondantes. Le problème se pose de manière analogue dans les enquêtes de prix.

Recourir à des nouvelles sources quand les méthodes classiques ne fonctionnent pas

Avec ses méthodes classiques, le statisticien est donc pris entre deux écueils de même ampleur : surestimer ou sous-estimer la chute de la production. L’Insee a donc mobilisé de nouvelles sources et a adapté ses méthodes afin de répondre à cette situation inédite.

Pour estimer la réponse des entreprises non-répondantes dans l’indice de la production industrielle, l’institut s’est appuyé sur les données de chômage partiel issues de la déclaration sociale nominative (DSN), ainsi que sur les données de consommation d’électricité d’établissements gros consommateurs.

Pour le secteur de la construction, les données sont collectées habituellement par les deux fédérations professionnelles concernées : la Fédération française du bâtiment (FFB), et la Fédération nationale des travaux publics (FNTP). Celles-ci n’ayant pas été en mesure de livrer à l’Insee le nombre d’heures travaillées, que l’institut transforme en indice de production, il a fallu recourir aux heures travaillées inscrites dans la DSN.

Les données de TVA ont donné lieu à beaucoup d’examens manuels par les gestionnaires de l’Insee. D’une part, les imputations automatiques ont dû là aussi être adaptées. D’autre part, des informations complémentaires, dont les contraintes réglementaires, ont été utilisées pour distinguer de vrais chiffres d’affaires à zéro des non-réponses.
Des traitements particuliers avaient été envisagés aussi pour les indices de prix1, mais ils se sont avérés non nécessaires, les taux de réponse – quoiqu’en baisse par rapport à une période « normale » – ayant été finalement suffisants pour permettre de diffuser des indices de bonne qualité.

Enfin, la désaisonnalisation appelait aussi un traitement particulier : intégrer sans précaution des points atypiques liés à la crise sanitaire aurait conduit à distordre de façon inadaptée ce traitement. Les chocs ont ainsi été neutralisés du point de vue de la saisonnalité, en accord avec les recommandations d’Eurostat2.

Des révisions modérées qui valident les traitements spécifiques mis en place pendant la crise

Les taux de réponse ont été dégradés surtout pendant le confinement, avant de se redresser au sortir de celui-ci. Ils restaient néanmoins sensiblement inférieurs à ceux constatés avant la crise sanitaire. Le reconfinement risque de les faire baisser à nouveau. Les relances menées en direction des entreprises non répondantes ont cherché à cibler les plus grandes d’entre elles, celles qui de ce fait sont susceptibles de contribuer le plus significativement à l’évolution des indices. À l’occasion des campagnes d’avril et mai menées en mai et juin, des réponses tardives relatives à mars ont pu être récupérées. Elles ont permis de corriger les indices initialement publiés. Les révisions des indices observées au mois le mois sont très modérées, ce qui valide après coup les stratégies d’ajustement mises en œuvre durant cette période délicate.

Les traitements particuliers réalisés à l’occasion de la crise sanitaire, très artisanaux en comparaison des traitements réalisés en période normale, ont naturellement occasionné une charge exceptionnelle de travail pour les services de l’Insee responsables de la collecte et du traitement des enquêtes correspondantes. Ces travaux ont également poussé les producteurs à mobiliser de nouvelles sources ou lancer de nouveaux développements méthodologiques qui resteront pour les prochaines années dans leurs boîtes à outils.

Peu de corrections au fil des mois sur l’indice de la production du secteur manufacturier


Lecture : au moment de la publication de juin (10/06), l’indice était disponible jusqu’au mois d’avril. Lors de la publication de juillet (10/07), l’indice d’avril a été légèrement révisé à la baisse (-1 point), sans que cela remette en question significativement le profil lié à l’impact de la crise sanitaire.

(1) Le confinement s’analysant comme la conjonction d’un choc négatif d’offre et d’un choc de demande, l’évolution attendue pour les prix (de signe a priori indéterminé) était en outre moindre que celle attendue pour l’activité.
(2) Cette neutralisation permet à la fois de ne pas déformer les coefficients saisonniers sur le passé et de ne pas sous-estimer l’ampleur du choc. Elle passe par l’ajout de points dits « aberrants » dans le modèle de désaisonnalisation


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