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    Débat

    Toujours en faveur de la CCJ et de l’intégration caribéenne

    août 19, 2026Mise à jouraoût 19, 2026Aucun commentaire
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    Intégration de la CARAIBE

    TRIBUNE

    Repéré sur Saint Lucia Times

    Par Rahym R. Augustin-Joseph

    La Cour caribéenne de justice traverse une crise de confiance après la divulgation de courriels internes faisant état d’un fonctionnement autoritaire, de tentatives d’influence et d’une possible manipulation des formations de jugement — accusations fermement contestées par son président, Winston Anderson. Alors qu’un examen indépendant est réclamé, Rahym R. Augustin-Joseph refuse que cette controverse serve de prétexte à l’abandon de la CCJ. Il appelle les peuples caribéens à défendre leurs institutions tout en exigeant d’elles transparence, responsabilité et réforme.

    17 août 2026

    « Dans ces minuscules théâtres de conflits et de confusion, mieux connus sous le nom d’îles des Antilles », comme David Rudder les a si justement décrits, des événements concrets et singuliers viennent toujours révéler une crise idéologique et philosophique plus profonde au sein de nos peuples. Ils confirment toute l’actualité de l’appel de Bob Marley à « nous libérer de l’esclavage mental, car nul autre que nous-mêmes ne peut libérer notre esprit ». Ce besoin est aujourd’hui aussi impérieux qu’il l’était lorsqu’il chantait ces paroles dans les années 1970.

    Rien ne l’illustre mieux que certains commentaires consacrés à l’affaire de la Cour caribéenne de justice, la CCJ, par les médias de la région. Ceux-ci, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, ont soumis les populations caribéennes à un régime continu de sensationnalisme, sans lui adjoindre le travail d’investigation qui permettrait de distinguer les faits de la fiction.

    Cette exigence est particulièrement importante lorsque la justice est en cause. Dans toute démocratie libérale, le pouvoir judiciaire doit reposer sur l’intégrité, demeurer impartial et irréprochable, et conserver la confiance des populations qu’il sert s’il veut être perçu par les citoyens ordinaires comme un arbitre équitable de leurs différends. Le rôle d’une juridiction ne consiste pas seulement à rendre la justice, mais aussi à faire en sorte que celle-ci paraisse effectivement rendue.

    Il est toutefois révélateur que cette affaire ait suscité bien davantage d’attention que les contributions actives de la CCJ au développement de la jurisprudence caribéenne au cours de ses vingt années d’existence. Les titres racoleurs et la presse négative qu’ils attirent ont manifestement paru plus séduisants que la couverture, jugée « ennuyeuse » ou « banale », de décisions majeures et des autres travaux de la Cour. Nous n’avons certainement pas assisté à l’application du proverbe selon lequel le succès a plusieurs pères, tandis que l’échec reste orphelin.

    Le présent texte ne s’attardera donc ni sur les faits allégués et les images divulguées, qui semblent indiquer une crise plus profonde du professionnalisme, ni sur les accusations relayées par les médias. Ceux qui attendent ici un jugement sur les éléments actuellement disponibles peuvent interrompre leur lecture : ils n’en trouveront pas.

    Les faits doivent être examinés correctement afin que leur véracité puisse être établie. Il serait imprudent de porter un jugement sans avoir entendu l’ensemble de l’histoire, tout comme nous devrions nous garder de le faire dans nos relations personnelles et amicales.

    Des réactions hostiles à la pensée et à la Caraïbe

    Ce qui m’inquiète tout autant, ce sont les réactions immédiatement anti-intellectuelles et « anticaribéennes » exprimées par certaines composantes de la civilisation caribéenne.

    Dans un premier groupe figurent des membres de l’élite politique de certains pays de la région. Ils donnent l’impression d’avoir attendu, voire espéré, qu’un scandale éclate afin de disposer enfin d’un argument « concret » justifiant leur hostilité et leur méfiance préexistantes à l’égard de la Cour caribéenne de justice. Jusqu’ici, celles-ci reposaient uniquement sur des conjectures, des insinuations et des spéculations. Le fait que ces soupçons paraissent aujourd’hui avoir trouvé une forme plus tangible ne signifie pas qu’ils soient justifiés ni qu’ils l’aient jamais été.

    Tout se passe comme si une institution issue de la conscience, de la psychologie et de la créativité caribéennes devait nécessairement être affectée de défauts insolubles et ne pouvait mériter l’adhésion des peuples de la région, contrairement au Conseil privé britannique.

    Plus profondément, ces réactions traduisent ce que Greg Thomas a défini comme une « profonde haine de soi, dépassée seulement par un intense mépris des masses noires, auxquels s’ajoutent l’imitation idolâtre, la vénération de la blancheur et une soumission servile aux idéaux occidentaux blancs ».

    Cette disposition d’esprit transparaît dans leur réaction instinctive : « Vous voyez bien ! » Il ne s’agit ni de déception, ni de regret, ni même de colère devant le fait qu’une institution que la Caraïbe a travaillé si durement à façonner à son image se retrouve ainsi sous les projecteurs. Il s’agit plutôt d’un sentiment de validation, presque d’un soupir de soulagement.

    Pourtant, pendant vingt ans, ces détracteurs n’ont pu mettre en évidence aucun élément susceptible d’étayer leurs accusations. Et cet « aucun élément » ne doit jamais être confondu avec un désaccord à l’égard des décisions rendues par la Cour. Un tel désaccord ne constitue pas une raison valable de rejeter la juridiction : celle-ci n’a pas vocation à satisfaire les fantasmes des élites politiques.

    L’affaire leur offre ainsi leur première occasion de citer un élément à l’appui de leur affirmation selon laquelle la CCJ serait incapable de rendre une justice impartiale et équitable tout en maintenant les plus hautes normes d’indépendance et d’intégrité judiciaires. Ils lui opposent leur institution préférée, le Conseil privé britannique, présenté comme « incorruptible » et exempt de tout incident — notamment parce qu’il reste éloigné du projet de construction d’une jurisprudence caribéenne et ne s’y intéresse guère.

    Participer et demander des comptes

    Le caractère fallacieux de leur argument tient d’abord au fait qu’ils n’ont jamais eu l’intention d’adhérer à la Cour. Ils utilisent donc cette affaire comme un paravent destiné à justifier rétrospectivement les motifs absurdes qu’ils invoquaient déjà pour refuser cette adhésion. Pourtant, les juridictions nationales et les autres institutions de nos États comportent les mêmes risques structurels que la CCJ sans que personne propose pour autant de les dissoudre.

    Surtout, ils entretiennent une grave confusion en considérant la participation et l’obligation de rendre des comptes comme incompatibles, alors qu’elles se renforcent mutuellement.

    La réaction d’un partisan de l’intégration caribéenne devrait consister à participer à la Cour ou, même sans en être membre, à saisir cette occasion pour déterminer les réformes nécessaires à son renforcement, parce que nous reconnaissons collectivement son importance.

    Autrement dit, le véritable intellectuel caribéen et le véritable défenseur de l’intégration se reconnaissent à leur capacité collective à accepter et à apprécier nos institutions propres, tout en restant déterminés à résoudre les problèmes qui s’y présentent et à les reconstruire lorsqu’elles paraissent avoir trahi leur vision, leur mission ou leurs objectifs.

    Est-ce là le principe que nous appliquerons si, malheureusement, une autre institution régionale devait un jour tomber dans le discrédit ? Abandonnerons-nous, à la moindre difficulté, les institutions bâties de nos propres mains, avec l’inspiration et le courage de nos ancêtres, sous prétexte qu’il est plus facile de condamner que de réformer ?

    Je reconnais néanmoins un point aux détracteurs, bien qu’il n’apparaisse qu’en petits caractères dans le débat : si les accusations sont fondées, tous les recours possibles auraient dû être utilisés pour régler les problèmes signalés.

    Une vague venue du Nord semble manifestement inspirer certains responsables politiques et fonctionnaires caribéens, qui préfèrent rendre publiques des informations susceptibles d’être communiquées et traitées en privé. La pérennité de l’institution, après ces mises en scène spectaculaires et ces titres racoleurs, paraît ne présenter aucune importance aux yeux de certains protagonistes.

    Nous avons clairement besoin d’une manière plus sobre et plus mature de résoudre nos difficultés internes. C’est d’ailleurs un point que j’ai récemment défendu dans mon intervention devant les chefs de gouvernement de la CARICOM, à Sainte-Lucie.

    Critiquer depuis les tribunes ne suffit pas

    Certains membres de l’élite politique ne peuvent pas se contenter de rester dans les gradins de notre match de cricket régional, à commenter tout ce qui ne va pas chez les joueurs présents sur le terrain, sans jamais proposer de solutions pour améliorer leurs compétences et leur capacité à représenter les peuples de la région.

    Dans certains cas, alors qu’ils ont encore l’âge de jouer, ils refusent eux-mêmes de rejoindre le onze de départ afin de renforcer la légitimité de la Cour, ses garde-fous et ses mécanismes de sécurité. Ils préfèrent rester à l’extérieur et condamner, car cette position les dispense de toute responsabilité dans la recherche des solutions.

    À cela s’ajoute la défense peu intelligente du Conseil privé britannique. Certains soutiennent que cette épreuve démontrerait que nous n’aurions jamais dû adhérer à la CCJ. Or, tout régionaliste convaincu sait qu’un incident dans le parcours d’une organisation n’annule ni son importance ni sa contribution. Il souligne seulement la nécessité permanente de garantir la responsabilité et d’engager des réformes.

    Dans nos sociétés nationales, nous n’envoyons pas une personne à la guillotine à la première infraction commise. Pourquoi appliquerions-nous un principe différent à nos institutions ?

    Derrière cet argument anti-intellectuel se trouve l’idée que l’éloignement du Conseil privé lui permettrait nécessairement de rendre une justice équitable et impartiale, comme si cette juridiction n’avait ni orientation idéologique ni histoire.

    Non seulement elle constitue un vestige de notre passé colonial, autour duquel nous ne devrions pas continuer à rôder, mais il est également naïf et malhonnête d’ignorer les réussites de la CCJ, son efficacité et la possibilité qu’elle offre aux citoyens ordinaires, dépourvus de moyens financiers considérables, d’accéder à la justice.

    Il faut aussi examiner le nombre d’affaires qui atteignent effectivement le niveau d’appel devant le Comité judiciaire du Conseil privé, ainsi que les catégories de personnes capables d’en bénéficier. Les États caribéens ont déjà investi dans la CCJ : ils devraient donc commencer par tirer pleinement parti de cet investissement.

    Faut-il un visa pour accéder à sa juridiction suprême ?

    L’ironie de l’appel lancé par certains en faveur d’un retour au Conseil privé tient également à deux réalités. D’une part, le Comité judiciaire du Conseil privé nous a déjà invités à tracer notre propre voie. D’autre part, le Royaume-Uni a imposé des visas d’entrée à plusieurs pays caribéens.

    Imaginez devoir obtenir un visa pour vous rendre dans le pays où siège la juridiction appelée à examiner votre affaire, sans aucune garantie que vous ou votre avocat recevrez effectivement ce visa !

    Pour différentes raisons, nous devons donc regarder vers nous-mêmes et renforcer nos institutions afin qu’elles servent mieux les peuples de la Caraïbe. Il faut le faire comme une affirmation de confiance dans les compétences, le talent, la passion et la dignité de nos propres populations, particulièrement dans les périodes d’adversité.

    Le fameux « Vous voyez bien ! » dissimule un mépris silencieux : puisque cette affaire s’est produite, nous ne devrions ni adhérer à la CCJ ni continuer à la soutenir. Comme si ses détracteurs attendaient l’apparition d’une institution infaillible avant de consentir à y adhérer.

    Cette attitude relève d’une forme de psychose coloniale intériorisée. Elle rappelle ceux qui estimaient que notre indépendance devait être différée parce que nous n’étions « pas prêts ». Elle rejoint également l’idée selon laquelle nos indépendances actuelles ne mériteraient pas d’être défendues et que nous aurions été mieux lotis en demeurant des dépendances ou des colonies du Royaume-Uni ou de la France, simplement parce que des erreurs et des échecs ont marqué notre parcours depuis l’indépendance.

    Le déplacement permanent des objectifs

    Existe-t-il seulement un moment où nous serions parfaitement « prêts » à poursuivre notre processus de décolonisation ? Et qui serait chargé de déterminer, selon quels critères, de quelle manière et à quel endroit, que cette préparation est achevée ?

    Les citoyens doivent porter un regard critique sur cette tactique consistant à déplacer constamment les poteaux du but lorsqu’il est question de décolonisation, d’intégration régionale et de souveraineté. Ce n’est jamais « le bon moment », sans que soient définis la moindre intention claire, le moindre test ni les conditions permettant de reconnaître le moment approprié.

    On nous présente plutôt une fausse opposition consistant à placer les questions économiques avant celles de la justice.

    Derrière cette attitude se trouve une réalité plus profonde : certains membres de l’élite politique de plusieurs pays n’ont tout simplement aucune volonté d’adhérer à la Cour. Ils ont seulement la capacité et l’inclination à exploiter chaque difficulté rencontrée par celle-ci afin de justifier leur absence d’enthousiasme. Nous devons continuer à répondre à cette stratégie.

    Choisir nos institutions tout en exigeant des comptes

    En définitive, la difficulté tient au fait que les défenseurs de la Cour et du projet plus large d’intégration caribéenne doivent continuer à se mobiliser, à exiger que des comptes soient rendus et, simultanément, à expliquer aux citoyens ordinaires de la région pourquoi cette juridiction demeure essentielle.

    Agir ainsi reviendrait à illustrer cette pensée attribuée à Toussaint Louverture : « Ils ont peut-être coupé les branches, mais les racines sont profondes. »

    Même dans les périodes de déception, les peuples caribéens doivent se choisir eux-mêmes et choisir leurs institutions, tout en exigeant qu’elles rendent des comptes, plutôt que de chercher à l’extérieur un grand frère ou une grande sœur bienveillante qui viendrait prétendument les sauver de leur propre « tyrannie ».

    La Caraïbe possède beaucoup trop de talents pour continuer à rechercher la validation des anciennes puissances coloniales et leur confier la conduite de ses affaires, comme si nous étions incapables ou insuffisants dès lors que nous commettons des erreurs.

    Nous ne devons pas laisser certains acteurs dominer le débat, surtout lorsque leur objectif est de donner l’impression qu’ils se sont toujours souciés de la Cour, alors que leurs actes n’ont démontré qu’un manque d’intérêt et de confiance dans les promesses portées par la CCJ et par la Caraïbe elle-même.

    À propos de l’auteur

    Rahym R. Augustin-Joseph, boursier Rhodes 2024 pour le Commonwealth caribéen, poursuit actuellement un master de politiques publiques à la Blavatnik School of Government de l’Université d’Oxford. Il possède deux diplômes obtenus avec les plus hautes distinctions en science politique et en droit au campus Cave Hill de l’Université des West Indies. Lauréat de plusieurs concours d’éloquence, orateur, responsable associatif de jeunesse et militant, Rahym s’intéresse particulièrement au droit, à la politique et à la gouvernance. Il entend contribuer à façonner l’avenir de Sainte-Lucie et de l’ensemble de la Caraïbe.

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