Depuis le début de la saison, les abonnés martiniquais à Disney+ et DAZN ne peuvent pas regarder le championnat espagnol. La Martinique a été rattachée au marché audiovisuel caribéen, mais aucun distributeur local ne propose actuellement la chaîne détentrice des droits. Une situation qui relance le débat sur le géoblocage dans les territoires ultramarins.
Les supporters martiniquais du Real Madrid, du FC Barcelone ou de l’Atlético de Madrid ont fait une découverte amère à la reprise du championnat espagnol. Malgré leur abonnement à Disney+ ou à DAZN, les rencontres de LaLiga ne sont pas accessibles depuis la Martinique.
Les matchs sont bloqués en raison du périmètre géographique des droits de diffusion.
Après quatorze saisons sur beIN Sports, LaLiga a conclu deux nouveaux accords avec Disney+ et DAZN. Ils portent sur trois saisons, de 2026-2027 à 2028-2029. En France hexagonale, chacune des deux plateformes diffuse l’intégralité des dix rencontres de chaque journée, soit 380 matchs par saison. Un seul abonnement suffit donc pour suivre l’ensemble du championnat.
Un contrat français qui ne couvre pas toute la France
L’annonce faite le 6 août par Javier Tebas, président de LaLiga, évoquait une diffusion « en France ». Mais les contrats conclus avec Disney+ et DAZN ne couvrent en réalité que la France métropolitaine et Monaco.
La Martinique, la Guadeloupe, Saint-Martin et Saint-Barthélemy n’ont pas été intégrées à ce lot. DAZN a ainsi confirmé que son contrat ne permettait pas la diffusion de LaLiga dans ces quatre territoires. Disney+ a également indiqué que ses droits étaient limités à l’Hexagone et à la principauté de Monaco.
LaLiga récuse toutefois le terme d’exclusion. Selon l’organisation espagnole, les territoires ultramarins « font l’objet d’accords de diffusion distincts ». Ils sont donc commercialement rattachés à d’autres marchés audiovisuels, indépendamment de leur appartenance à la République française.
La responsabilité ne repose donc pas uniquement sur Disney+ et DAZN. Les deux plateformes ne peuvent diffuser que dans les zones comprises dans les droits qu’elles ont acquis. Le problème résulte d’abord du découpage géographique choisi par LaLiga, puis de l’absence d’une distribution effective dans certains territoires.
Des droits caribéens sans distributeur en Martinique
La Martinique et la Guadeloupe ont été intégrées au marché audiovisuel caribéen. Dans cette zone, les droits de LaLiga étaient précédemment exploités par SportsMax, chaîne qui a cessé ses activités en août 2025. Ils sont désormais détenus par Rush Sports.
Rush Sports est diffusée dans plusieurs pays de la Caraïbe. La chaîne est notamment accessible à Saint-Martin et à Saint-Barthélemy par l’intermédiaire d’IdealTV. Mais, au 3 septembre 2026, aucun distributeur local ne propose Rush Sports en Martinique ou en Guadeloupe.
Les droits existent donc pour la zone Caraïbe, mais ils ne débouchent sur aucune offre légale actuellement commercialisée auprès des consommateurs martiniquais. Disney+ et DAZN restent accessibles, mais leurs abonnés ne peuvent pas y regarder LaLiga.
Le Tous les territoires ultramarins ne se trouvent dans la même situation. La Réunion et Mayotte sont désormais couvertes par un accord distinct conclu par DAZN pour l’Afrique subsaharienne. Saint-Martin et Saint-Barthélemy disposent d’un distributeur caribéen. La situation varie ainsi d’un territoire à l’autre, au gré de découpages commerciaux particulièrement complexes.
Un même abonnement, mais pas le même catalogue
En France métropolitaine, LaLiga est incluse sans supplément dans les abonnements existants. Disney+ propose actuellement une offre promotionnelle à partir de 5,99 euros par mois pendant six mois, avant un passage à 6,99 euros. Chez DAZN, l’abonnement comprenant ses propres contenus est proposé à partir de 10,99 euros par mois avec un engagement annuel, ou 15,99 euros sans engagement.
Le tarif de 22,99 euros parfois cité correspond à l’offre groupée DAZN–Ligue 1+ et non au prix minimal permettant de regarder LaLiga.
La difficulté demeure néanmoins : un abonnement portant le même nom peut donner accès à un catalogue différent selon le lieu de connexion. Cette restriction devrait être clairement signalée avant toute souscription ou tout renouvellement. Les clients qui se sont engagés en pensant pouvoir suivre le championnat espagnol devraient également bénéficier d’une possibilité de résiliation ou de compensation.
La journaliste guadeloupéenne Virginie Sainsily a résumé l’incompréhension des supporters sur le plateau de L’Équipe du soir : « On est français, tout simplement. » Le député de Guadeloupe Olivier Serva a depuis saisi Disney+, DAZN et LaLiga France. Il réclame des explications, le rétablissement de la diffusion et une compensation pour les abonnés concernés.
Une législation encore inachevée
Cette affaire intervient alors que le Sénat a adopté, le 28 octobre 2025, un amendement présenté par la sénatrice réunionnaise Audrey Bélim. Celui-ci vise à interdire le blocage injustifié d’un contenu ou d’un service en ligne au seul motif que l’utilisateur réside dans une collectivité relevant de l’article 73 de la Constitution.
Le dispositif mentionne explicitement les plateformes numériques, les œuvres culturelles, les contenus audiovisuels et les services sportifs. Il confierait à la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes le pouvoir de constater et de sanctionner ces pratiques.
Mais cet amendement n’est pas encore applicable. Le projet de loi contre la vie chère dans les outre-mer, adopté en première lecture par le Sénat, demeure en attente d’examen à l’Assemblée nationale. La mesure n’a donc été ni définitivement votée ni promulguée.
Le règlement européen de 2018 contre le géoblocage ne permet pas davantage de résoudre directement le problème. Les services audiovisuels et les contenus protégés par des droits territoriaux restent exclus de son champ d’application.
Le piratage comme conséquence prévisible





