Après avoir suivi les débats et les annonces des Rencontres de la production locale, jeudi 24 septembre, le sénateur Frédéric Buval a répondu à nos questions. Carrefour Martinique s’est fixé l’objectif de 100 millions d’euros d’achats locaux en 2030. Le groupe GBH a, de son côté, annoncé 1,2 million d’euros d’aides à l’investissement sur trois ans dans quatre territoires ultramarins. Frédéric Buval insiste sur les conditions nécessaires pour que ces engagements bénéficient aux producteurs.
« C’est une nécessité et une priorité, mais c’est aussi une opportunité pour les agriculteurs. »
Après avoir entendu les producteurs, Christophe Bermont et Stéphane Hayot, quel regard portez-vous sur cette rencontre ?
Frédéric Buval : En tant que sénateur de la Martinique, je me dois d’être présent lorsqu’un acteur économique propose de développer la production locale. Il était important d’entendre les engagements pris par Carrefour Martinique et par GBH, mais aussi les difficultés exprimées par les agriculteurs. Je souhaite que cette rencontre ne reste pas un rendez-vous ponctuel à la Fondation Clément. Ce qui a été discuté aujourd’hui doit pouvoir profiter aux producteurs dans toute la Martinique.
Carrefour Martinique veut porter ses achats de produits locaux de 79 millions d’euros fin 2025 à 100 millions en 2030. Qu’attendez-vous concrètement de cet engagement ?
Qu’il donne aux agriculteurs des débouchés réguliers. Un exploitant passe sa journée dans ses champs. Peut-on lui demander ensuite d’aller vendre lui-même toute sa production sur un marché ? Ce n’est pas possible pour tout le monde. S’il peut livrer des produits frais tôt le matin, puis retourner travailler sur son exploitation, c’est une autre organisation qui s’ouvre à lui. Mais elle doit lui assurer un prix juste et des paiements réguliers. Il ne doit pas avoir à courir après le règlement de ses livraisons.
Stéphane Hayot a annoncé un nouveau fonds de 1,2 million d’euros pour aider des producteurs à investir. Quels types de besoins voyez-vous en Martinique ?
Il faut aider les agriculteurs à faire évoluer leurs méthodes de production. Nous avons peu de foncier disponible et nous connaissons les effets de la sécheresse, des vents et des cyclones. La culture sous serre et l’hydroponie font partie des possibilités à examiner. On peut aussi réfléchir à des installations qui utilisent mieux l’espace disponible. Tout cela demande des investissements et un accompagnement technique. Les producteurs ne pourront pas engager seuls ces changements.
« Il faut remettre en place un système économique viable pour les agriculteurs. »
Les débats ont également montré qu’il ne suffit pas de produire davantage : il faut approvisionner les magasins tout au long de l’année. Comment y parvenir ?
Il faut mieux coordonner les plantations et les récoltes. Si tous les agriculteurs mettent en culture le même produit au même moment, il arrive en quantité sur le marché pendant une période, puis il manque ensuite. Nous devons réfléchir à une organisation entre les exploitations des différentes parties de la Martinique, avec des calendriers mieux répartis. Les débouchés annoncés aujourd’hui peuvent donner une perspective, à condition que la production puisse répondre aux besoins de façon régulière.
Cette démarche doit-elle aller au-delà de Carrefour et de GBH ?
Oui. L’objectif est que davantage de producteurs locaux puissent vendre leur production, y compris auprès d’autres enseignes et par d’autres circuits. Il faut construire un système dans lequel chacun trouve sa place et où ceux qui produisent peuvent vivre de leur travail. Je pense aux agriculteurs, mais aussi aux marins-pêcheurs. Et si nous voulons que des jeunes choisissent ces métiers, il faut leur montrer qu’ils offrent un avenir.
Philippe Pied





