Les crédits de collecte en mer épuisés avant la fin de la saison, des communes qui paient plus de la moitié de la facture, des équipements rongés par les gaz sans aucune assurance adaptée : dans une question orale publiée le 1er octobre, la sénatrice de Martinique Catherine Conconne demande au Gouvernement ce qu’il compte mettre sur la table dès 2027. Et pose une question qui fâche : pourquoi les algues vertes de Bretagne sont-elles mieux traitées que les sargasses des Antilles ?
La question est adressée à la ministre de la Transition écologique. Elle part d’un constat que les riverains connaissent bien : les échouements de sargasses ne sont plus un accident, ils reviennent chaque année. La sénatrice parle d’un phénomène « désormais récurrent », aux conséquences « sanitaires, environnementales, économiques et financières considérables ».
Une saison plus lourde que la précédente
Les chiffres cités dans la question donnent la mesure. En juillet 2026, 9 000 tonnes de sargasses avaient déjà été ramassées en Martinique, contre 7 600 tonnes à la même période en 2025. Dans le même temps, les crédits consacrés à la collecte en mer étaient épuisés avant la fin de la saison.
Pour Catherine Conconne, la réponse financière reste « insuffisamment adaptée à l’ampleur et à la récurrence du phénomène ».

Les collectivités paient plus de la moitié
Sur le terrain, ce sont d’abord les communes et les collectivités qui tiennent la pelle et le chéquier. La sénatrice s’appuie sur les travaux des chambres régionales et territoriales des comptes : dans le périmètre qu’elles ont étudié, les collectivités supportaient en moyenne 55 % du coût global de la lutte.
La comparaison avec la Bretagne est au cœur de la question. Face aux algues vertes, l’État prend en charge 100 % des frais de ramassage et de transport et 50 % des frais de traitement. Pour les sargasses, rappelle la sénatrice, « aucun mécanisme permanent équivalent n’existe ».
« Cette situation appelle des décisions dès le prochain budget. »
Catherine Conconne, sénatrice de Martinique
Ce que coûterait 2027
La question chiffre les besoins. Pour 2027, le GIP Sargasses Martinique évalue à 3,89 millions d’euros le financement nécessaire par le programme des interventions territoriales de l’État (PITE) dans un scénario socle, et à 10,385 millions d’euros dans un scénario renforcé. Sur 2026-2028, les besoins en crédits de l’État sont estimés à plus de 50 millions d’euros pour l’ensemble des territoires touchés.
7 750 bâtiments exposés, aucune assurance adaptée
Le second volet de la question concerne les habitants. En se décomposant, les sargasses rongent les structures métalliques et abîment les équipements électriques. Ces dommages ne disposent d’aucune couverture assurantielle spécifique. En Martinique, 7 750 bâtiments situés à moins de 300 mètres du rivage sont potentiellement concernés.
Le régime des catastrophes naturelles, dit CatNat, indemnise les dommages matériels directs non assurables causés par « l’intensité anormale d’un agent naturel ». C’est là que le bât blesse : parce que les échouements reviennent chaque année, il devient difficile de démontrer cette intensité anormale. La récurrence du phénomène se retourne contre ceux qui le subissent.
La sénatrice rappelle pourtant que des critères objectifs existent déjà pour caractériser un épisode : sa durée et son intensité, les volumes observés, les concentrations de sulfure d’hydrogène (H2S) et d’ammoniac (NH3), le nombre de communes touchées ou le dépassement des capacités locales.
Deux demandes précises au Gouvernement
Catherine Conconne demande d’abord quels moyens supplémentaires l’État consacrera dès 2027 à la lutte contre les sargasses en Martinique, et s’il entend garantir une trajectoire financière sur plusieurs années, adaptée à un phénomène qui revient chaque saison.
Elle demande ensuite si le Gouvernement compte faire évoluer le régime CatNat pour que les échouements massifs ne fassent plus obstacle à l’indemnisation des dégâts subis par la population, et permettre au fonds de prévention des risques naturels majeurs, le « fonds Barnier », de financer la prévention et la protection des biens exposés.
Le calendrier n’est pas anodin. Le Parlement doit examiner une proposition de loi sur l’adaptation au changement climatique et l’adaptation des mécanismes d’assurance, et le projet de loi de finances pour 2027 arrive. La question est orale : la réponse du Gouvernement sera donnée en séance publique au Sénat.
Philippe Pied




