Selon l’enquête Besoins en main-d’œuvre 2026 de France Travail, la Martinique confirme un niveau élevé d’intentions d’embauche. Mais derrière cette dynamique, les difficultés de recrutement persistent, révélant un décalage marqué entre les attentes des employeurs et les profils disponibles.
Avec plus de 12 700 projets de recrutement recensés pour 2026, le marché du travail martiniquais reste dynamique. Malgré un léger recul de 4,7 % par rapport à 2025, la tendance demeure nettement positive sur le long terme, avec une hausse de plus de 34 % depuis 2019. Cette vitalité repose en grande partie sur le secteur des services, qui concentre à lui seul près des deux tiers des intentions d’embauche.
L’enquête, menée auprès de plus de 3 000 établissements sur le territoire, met en lumière un rôle moteur des grandes entreprises. Plus leur taille augmente, plus leur propension à recruter est élevée, atteignant jusqu’à 96 % pour les structures de plus de 200 salariés. Une dynamique qui tire globalement l’emploi vers le haut, mais qui ne suffit pas à résorber les tensions. Le principal enseignement reste la persistance des difficultés de recrutement. Un projet sur deux est jugé difficile par les employeurs, et même 85 % d’entre eux évoquent un manque de candidats. À cela s’ajoute l’inadéquation des profils : 84 % pointent des compétences insuffisantes ou une expérience inadaptée. Les conditions de travail sont également citées comme frein dans près de 4 cas sur 10.

Les métiers les plus recherchés reflètent les enjeux du territoire : aide à domicile, agriculture, restauration, tourisme ou encore animation. Autant de secteurs essentiels au développement économique et social de l’île, mais confrontés à des pénuries de main-d’œuvre.
Florian Kohn, propriétaire du BBQ steack house premium en témoigne. « C’est très compliqué pour nous de trouver des salariés maintenant. Serveurs, cuisiniers, on manque de personnes passionnées. » Si le restaurateur a un noyau dur d’employés, il a du mal à étoffer son équipe avec du sang neuf. « On a beaucoup de mal à trouver des jeunes employés. » Entre les coupures, le travail le soir et les jours fériés, le secteur peine à attirer. Même son de cloche du côté de Sébastien Gintz, directeur de l’hôtel Bakoua. « Les métiers en tensions sont ceux du service que ce soit en cuisine, les métiers des étages. » Pallier ce manque d’attractivité, Sébastien Gintz met en avant les avantages à travailler dans le tourisme :
« On sera difficilement remplaçable par une IA. On est garanti d’avoir du travail. Cependant, on travaille quand les autres s’amusent : le soir, le week-end, les jours fériés et 365 jours par an, on peut être mobilisable. »
Il explique toutefois que le métier de service peut se révéler passionnant. Le directeur de l’hôtel Bakoua affirme également que toute une génération du personnel qui part à la retraite, qu’une autre partie compose le personnel saisonnier. « On a des besoins en main-d’œuvre qualifiée. On ne s’invente pas cuisinier ni femme de chambre. Ces métiers nécessitent des formations. » Ce manque de personnel motivé qualifié s’inscrit dans la durée, indique Sébastien Gintz.
« La balance entre la vie personnelle et la vie professionnelle est de plus en plus importante pour les salariés en général. Il faut arriver à respecter cela. »
Avec le secteur de l’aide à la personne, et la restauration et le tourisme, l’agriculture connaît une grave pénurie de main-d’œuvre face à la moyenne d’âge élevée dans le secteur. « Que ce soit en cannes, en bananes, en élevage, nous ne trouvons plus de jeunes pour travailler. C’est un véritable problème. Nous voulons rendre le métier un peu plus sexy de façon à faire revenir les jeunes vers l’agriculture », explique André Prosper, président de la Codem (Coopérative des éleveurs bovins de la Martinique). Pour ce faire, les agriculteurs passent par la mécanisation des outils. Cette réduction de la pénibilité lève un frein à l’attractivité du secteur. « Nous devons complètement changer la vision du travail avec cette nouvelle génération et de rendre le métier plus ludique. » Tout comme les autres employeurs présents, il regrette le manque de passion pour le métier.
« Il n’y a plus la passion. J’essaie de leur faire comprendre qu’il faut l’amour du métier, ce n’est pas encore acquis. »
André Prosper indique qu’il y a une réflexion à mener. « Je crains que l’on fasse venir une main-d’œuvre étrangère alors que nous avons un taux de chômage aussi important. »
Face à ces tensions, France Travail mise sur plusieurs leviers : formation ciblée, immersion professionnelle et accompagnement renforcé des entreprises, notamment les TPE et PME. Les dispositifs comme la préparation opérationnelle à l’emploi affichent des résultats encourageants, avec un fort taux d’insertion.
Laurianne Nomel
Le mot de Charles Jaulin, directeur régional de France Travail Martinique

« La première mission de France Travail est de placer les chercheurs d’emploi du territoire. Il y a des compétences. Nous comptons 42 000 chercheurs d’emploi en Martinique. Une entreprise sur deux nous dit qu’elle va avoir des difficultés de recrutement. Notre travail est de réduire ces difficultés. En 2025, sur 100 entreprises qui ont confié leurs offres à France Travail, 93% ont été pourvues. On travaille beaucoup avec un levier qu’on appelle les immersions professionnelles. Il s’agit de mettre un candidat dans l’entreprise. De plus en plus d’entre elles adhèrent à cette solution. C’est une opportunité pour l’entreprise pour découvrir des candidats autrement et c’est une opportunité pour le candidat pour découvrir d’autres métiers. En 2025, 50% de ceux qui ont fait une immersion ont trouvé un travail dans les six mois. C’est vraiment notre travail de confronter l’offre et la demande. Il faut que chacun fasse un pas vers l’autre. Il faut se demander quelle est la réalité du territoire et comment j’ajuste et demande de l’aide de formation pour requalifier la personne. »
Propos recueillis par Laurianne Nomel





