« Seul, aucun d’entre nous n’a la moindre chance de l’emporter ; mais ensemble, face à cette menace tentaculaire, personne ne pourra nous arrêter. »
Aujourd’hui, samedi 4 juillet, au lendemain de la séquence officielle consacrée à la sécurité régionale aux Antilles-Guyane, le ministre délégué Jean-Didier Berger a poursuivi sa visite en Martinique au plus près du terrain. Dans les services de police, il a échangé avec les fonctionnaires confrontés à la circulation des armes, aux vols à main armée et à la montée des violences liées aux trafics.

Cette rencontre a permis de mettre des chiffres et des réalités opérationnelles derrière les annonces du Plan Antilles-Guyane de lutte contre le narcotrafic. Les policiers ont notamment insisté sur la transformation de la menace armée. Des armes de poing, souvent modifiées, équipées de chargeurs longs ou de dispositifs permettant des tirs en rafale, peuvent désormais produire des effets proches de ceux d’armes de guerre. Cette évolution alimente directement la dangerosité des interventions, mais aussi la violence des règlements de comptes et des vols à main armée.
En zone police, 130 vols à main armée ont été recensés en 2025, dont environ un tiers concerne des vols de véhicules. Les homicides volontaires et tentatives d’homicide restent également au cœur des préoccupations. La Martinique a connu 40 homicides volontaires en 2025, dont 25 en zone police. Pour l’année en cours, 10 homicides sont déjà évoqués.
Face à cette situation, plusieurs outils ont été présentés ou confirmés. Le groupe, créé en septembre 2025, compte aujourd’hui quatre effectifs et doit monter en puissance. Une unité balistique Antilles-Guyane, basée en Guadeloupe, doit permettre de mieux exploiter les armes saisies, d’abord en balistique de proximité, puis à terme avec une compétence régionale plus large. Les services travaillent aussi à une meilleure interconnexion des bases de comparaison balistique existantes.
Sur la question des renforts, le message du terrain est resté prudent. Les 74 effectifs annoncés concernent l’ensemble de la zone Antilles-Guyane, et non la seule Martinique. Localement, une dizaine de renforts pourrait être attendue, un effort reconnu, mais jugé insuffisant au regard de la charge de travail, des départs à la retraite, des besoins sur la voie publique et de la complexité croissante des procédures.
Le ministre a, pour sa part, replacé cette visite dans la continuité de la conférence régionale de sécurité. Il a rappelé que la criminalité organisée, le narcotrafic, la circulation des armes et les violences locales formaient désormais un même ensemble. D’où l’importance, selon lui, de renforcer à la fois la coopération internationale et les moyens intérieurs. L’« appel de Martinique » lancé à l’issue de la conférence vise précisément à dépasser les seules relations bilatérales pour construire une réponse coordonnée à l’échelle de la Caraïbe et de l’Amérique latine.
Parmi les moyens annoncés figurent :
- des drones de moyenne endurance,
- le renforcement de la lecture automatisée des plaques d’immatriculation,
- des brigades cynophiles supplémentaires,
- de nouveaux effectifs pour l’OFAS,
- la brigade nautique en Martinique et le laboratoire balistique régional.
- Le ministre a également évoqué la future loi « Riposte », dont l’article 9 doit permettre des contrôles sans réquisition judiciaire dans un périmètre de 40 kilomètres autour des ports, aéroports, gares et points de passage internationaux.
La matinée aura donc donné une traduction concrète aux annonces de la veille. Pour les policiers, l’enjeu est clair : disposer des moyens humains, techniques et juridiques nécessaires pour répondre à une violence qui s’intensifie. Pour l’État, il s’agit désormais de prouver que le Plan Antilles-Guyane ne restera pas une séquence institutionnelle, mais deviendra un outil opérationnel capable d’endiguer l’arrivée des armes, de soutenir les enquêteurs et d’apporter des réponses aux victimes.
Roland Dorival & Philippe PIED
Les chiffres clés du plan Antilles-Guyane
La Conférence régionale de sécurité s’est tenue à Fort-de-France du 29 juin au 3 juillet 2026, dans le cadre de la présidence française du G7. Elle a porté sur la lutte contre le narcotrafic, le trafic d’armes, le blanchiment, la corruption, la sécurisation des ports et aéroports, ainsi que la surveillance maritime.
Selon le ministère de l’Intérieur, les saisies de stupéfiants réalisées en haute mer par les autorités françaises dans le bassin Antilles-Guyane ont progressé de 30 % en un an, passant de 28 tonnes en 2024 à 35,7 tonnes en 2025.
Le Plan Antilles-Guyane présenté par Jean-Didier Berger repose sur 5 axes : coopération régionale, sécurisation des frontières maritimes et aériennes, présence renforcée sur le terrain, ciblage des profils et réseaux sensibles, protection des agents exposés.
L’investissement annoncé atteint 14 millions d’euros. Il doit permettre notamment le renforcement des moyens humains et techniques, avec 74 effectifs supplémentaires annoncés sur le terrain, le déploiement de scanners millimétriques, l’appui de brigades cynophiles, le renforcement de l’OFAST et de moyens scientifiques, dont un laboratoire d’analyse balistique en Guadeloupe.
Le dispositif prévoit aussi un contrôle renforcé dans les ports, aéroports et zones sensibles, avec une mesure annoncée permettant des contrôles dans un périmètre pouvant aller jusqu’à 40 kilomètres autour de certains points stratégiques.








