Avec l’inauguration du Lab’ô Coraux, le Grand Port Maritime de la Martinique franchit une nouvelle étape dans sa stratégie environnementale. Développée en partenariat avec le CNRS, cette plateforme scientifique doit permettre à la fois d’accompagner des opérations de préservation, de mieux comprendre les récifs coralliens et d’ouvrir un nouvel espace de recherche et de pédagogie au service du territoire. Pour Bruno Mencé, président du directoire, le port ne peut plus être seulement un outil économique. Il doit aussi assumer pleinement sa responsabilité environnementale. Rencontre…

Pourquoi l’inauguration du Lab’ô Coraux est-elle importante pour le Grand Port Maritime de la Martinique ?
Parce qu’elle concrétise une orientation forte que nous avons inscrite dans notre stratégie. Le port est évidemment un outil économique majeur pour la Martinique, mais il ne peut pas se limiter à cette dimension. Il a aussi des devoirs vis-à-vis du territoire, de la mer, de la biodiversité et plus largement de l’environnement dans lequel il agit. Avec ce projet, nous affirmons que développement portuaire et préservation des milieux marins doivent avancer ensemble.
Cette démarche environnementale est-elle récente ?
Non, elle s’inscrit dans une continuité. Depuis des années, le port travaille déjà sur ces questions, notamment à travers des études menées lors de certains chantiers, par exemple sur l’impact des travaux sur les mammifères marins ou sur les espaces naturels. Nous avons longtemps agi avec des associations et des partenaires spécialisés. Aujourd’hui, nous avons voulu structurer davantage cette démarche, lui donner un cadre plus clair, plus fort et plus visible.
Comment cette volonté s’est-elle traduite concrètement ?
Nous avons inscrit la protection de la biodiversité, des espaces naturels et l’adaptation au changement climatique comme un axe majeur de notre projet stratégique. Nous avons aussi créé un service dédié à ces questions, ce qui n’existait pas auparavant. Ce service est dirigé par Aymeric Barlé, qui a développé une expertise solide au sein du port. Il ne s’agit donc pas d’un affichage, mais d’une organisation concrète, avec des moyens, des compétences et une feuille de route.
Pourquoi avoir choisi de travailler avec le CNRS ?
Parce que nous voulions un partenariat de très haut niveau. Le CNRS apporte une crédibilité scientifique reconnue partout, ainsi qu’une expertise rigoureuse. Ce n’est pas simplement un bel équipement que nous inaugurons. C’est un véritable outil de recherche, avec des chercheurs, des méthodes, des protocoles et des perspectives de travail appliqué. Nous avons voulu bâtir quelque chose de sérieux et d’utile, pour la Martinique mais aussi au-delà.
Vous voyez donc ce laboratoire comme un équipement à rayonnement plus large ?
Oui, clairement. Nous pensons que ce lieu pourra intéresser non seulement la Martinique, mais aussi la Caraïbe. Il pourra accueillir des projets, des études, des collaborations, et peut-être demain des chercheurs venus d’autres territoires. Nous espérons qu’il deviendra un point d’appui scientifique important sur les questions coralliennes et marines dans la région.
Au-delà de la recherche, vous avez insisté sur sa dimension pédagogique. Pourquoi ?
Parce qu’il est essentiel que ce lieu ne reste pas réservé aux seuls spécialistes. Nous voulons qu’il puisse aussi devenir un espace pédagogique pour les Martiniquais, notamment pour les scolaires. Il faut que les collégiens, les lycéens, et même les plus jeunes, puissent venir ici, comprendre ce qu’est un corail, comment il vit, pourquoi il disparaît parfois, et pourquoi il faut protéger ces écosystèmes. Sensibiliser tôt, c’est préparer l’avenir.
Quel message souhaitez-vous faire passer à travers cette inauguration ?
Que le port prend sa part. Nous sommes confrontés aux effets du changement climatique, à l’érosion de la biodiversité, à la fragilité croissante des milieux marins. Face à cela, nous avons choisi de nous engager de manière claire, structurée et durable. Ce laboratoire est une preuve concrète de cet engagement.
Lab’ô Coraux, un outil scientifique inédit en Martinique
Le Lab’ô Coraux a été conçu comme une plateforme expérimentale au service de la connaissance, de la préservation et de la restauration des écosystèmes coralliens. Selon les explications apportées lors de l’inauguration, il doit d’abord fournir un appui scientifique aux opérations de déplacement de coraux présents sur les enrochements de la pointe des Grives, dans le cadre de travaux à venir. Cette intervention répond à une obligation réglementaire, mais le port a voulu aller plus loin en créant un outil pouvant accueillir, dans la durée, des projets de recherche utiles au territoire.
L’installation comprend notamment un labo sec, destiné aux mesures et manipulations, ainsi qu’un labo humide doté de bacs de culture pour les coraux. Température, lumière, composition de l’eau et autres paramètres peuvent y être ajustés afin de créer des conditions favorables à la recherche scientifique. L’un des axes expérimentaux concerne le bouturage de certaines colonies coralliennes. Le principe consiste à fragmenter des colonies prélevées, à faire croître séparément les morceaux, puis à les réintroduire ensemble dans le milieu naturel, afin d’obtenir une croissance plus rapide que celle observée habituellement. L’objectif est aussi de mieux documenter scientifiquement ces méthodes sur des espèces protégées pour lesquelles la littérature reste encore limitée.
Philippe Pied & Roland Dorival







