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    Home » Caribbean Investment Forum 2026 : la Caraïbe veut transformer son potentiel en investissements
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    Caribbean Investment Forum 2026 : la Caraïbe veut transformer son potentiel en investissements

    août 12, 2026Aucun commentaire
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    Caribbean Investment Forum 2026 : la Caraïbe veut transformer son potentiel en investissements

    Le Caribbean Investment Forum 2026 a été officiellement lancé ce mercredi 12 août à la Barbade. Autour de Caribbean Export, du gouvernement barbadien, de l’Union européenne, des banques et institutions financières régionales, un même constat a traversé les interventions : la Caraïbe dispose d’opportunités, d’entrepreneurs et de capitaux, mais doit encore mieux organiser leur rencontre. Préparation des projets, accès au financement, intégration régionale, économie verte, numérique, agriculture et logistique seront au cœur du Forum, prévu du 5 au 7 octobre à la Barbade. Nous y étions pour vous…

    À Bridgetown, ce mercredi matin, il n’était pas encore question de signer des contrats ou d’annoncer des millions de dollars d’investissements. Le rendez-vous organisé au Hilton Barbados Resort avait un autre objectif : lancer officiellement le Caribbean Investment Forum 2026 et, surtout, expliquer ce que la région entend désormais faire de cet événement.

    Car le CIF veut progressivement dépasser le cadre d’un forum économique traditionnel. L’ambition affichée par Caribbean Export Development Agency est d’en faire une véritable plateforme de mise en relation entre projets caribéens et capitaux internationaux.

    La prochaine édition se déroulera du 5 au 7 octobre 2026 à la Barbade et réunira investisseurs, entrepreneurs, institutions financières, décideurs publics et partenaires du développement. L’événement est organisé par Caribbean Export, avec le gouvernement de la Barbade, l’Union européenne et le secrétariat de la CARICOM.

    Lynette Holder : changer le regard porté sur la Caraïbe

    Première à intervenir, Dr Lynette Holder, présidente du conseil d’administration de Caribbean Export Development Agency, a voulu replacer le Forum dans une ambition qui dépasse largement les trois journées prévues en octobre.

    Son message est celui d’une région qui doit davantage prendre en main la manière dont elle se présente aux investisseurs.

    La Caraïbe, a-t-elle expliqué en substance, possède les ressources, les compétences, la créativité et les entrepreneurs nécessaires pour attirer davantage de capitaux internationaux. Elle doit maintenant parvenir à transformer ces atouts en opportunités suffisamment lisibles et crédibles.

    Le CIF doit ainsi contribuer à construire un autre récit économique de la région, fondé sur l’innovation, la résilience et les possibilités d’investissement.

    Mais Lynette Holder a également insisté sur la nécessité de la coopération. Gouvernements, secteur privé, institutions régionales, partenaires internationaux et organismes financiers doivent travailler ensemble pour faire émerger les projets et créer un environnement dans lequel les investisseurs peuvent avoir confiance.

    Cette confiance constitue l’un des fils conducteurs du Forum. Car attirer des capitaux ne dépend pas uniquement de la qualité d’un projet. Cela dépend également de la stabilité de son environnement, de la qualité de sa gouvernance, de la capacité des institutions à travailler ensemble et de la continuité des politiques économiques.

    Damie Sinanan : « passer de la promesse à l’investissement »

    Le deuxième temps fort du lancement est revenu au Dr Damie Sinanan, directeur exécutif de Caribbean Export Development Agency, avec une question très concrète : comment construire un véritable écosystème caribéen de l’investissement ?

    Pour lui, le CIF ne doit plus simplement être un endroit où l’on parle des possibilités offertes par la Caraïbe.

    Il doit devenir un endroit où les projets rencontrent les investisseurs.

    Cette distinction est essentielle.

    La région ne manque pas d’idées ni d’entrepreneurs. Mais entre une bonne idée et un investissement de plusieurs millions de dollars existe une étape souvent sous-estimée : transformer cette idée en proposition susceptible de convaincre un investisseur.

    Business plan, modèle économique, perspectives commerciales, besoins de financement, gouvernance, risques, rentabilité, impact du projet, tous ces éléments doivent pouvoir être présentés clairement.

    C’est précisément sur cette préparation que Caribbean Export veut renforcer son action.

    Le CIF 2026 recherche ainsi des projets avancés et commercialement viables, capables de démontrer un impact national ou régional mesurable. Pour être éligibles à cette édition, les projets doivent représenter un besoin en capital supérieur à 3 millions de dollars américains.

    Le Forum ne se limitera donc pas aux conférences. Présentations de projets, rencontres d’affaires et échanges directs avec les investisseurs doivent permettre de rapprocher beaucoup plus concrètement l’offre et la demande de capitaux.

    Quatre secteurs pour attirer les investissements

    Quatre domaines prioritaires ont été retenus pour 2026 : l’agriculture durable, la transition vers une économie verte, la transformation numérique ainsi que la logistique et le transport.

    Le choix n’est pas anodin.

    L’agriculture renvoie directement aux enjeux de sécurité alimentaire et de résilience climatique. L’économie verte couvre notamment les énergies renouvelables, le recyclage, les technologies de réduction des émissions et les nouveaux modes de production. Le numérique doit permettre aux entreprises caribéennes de dépasser la taille limitée de leurs marchés domestiques. Enfin, la logistique et les transports constituent probablement l’un des principaux défis d’une région composée de territoires insulaires séparés par la mer.

    Ce dernier secteur comprend notamment le fret maritime et aérien, l’entreposage, la gestion des flottes, les infrastructures de transport et les nouvelles solutions de mobilité.

    Autrement dit, il s’agit moins de sélectionner des secteurs « à la mode » que de cibler plusieurs des obstacles structurels au développement économique caribéen.

    Fiona Ramsey : l’Europe veut accompagner la transformation

    Fiona Ramsey, ambassadrice de l’Union européenne auprès de la Barbade et des Caraïbes orientales, a ensuite rappelé la place de l’Europe dans cette stratégie.

    Son intervention a permis de replacer l’investissement dans une relation beaucoup plus large entre l’Union européenne et la Caraïbe.

    Commerce, investissement, innovation, services, connectivité numérique, énergie, climat, transports, santé ou encore enseignement supérieur font partie des domaines dans lesquels cette coopération peut se développer.

    Le partenariat européen est notamment lié au programme Global Gateway, par lequel l’Union européenne cherche à soutenir des investissements dans les infrastructures, l’énergie, le numérique et le développement durable.

    Pour la Caraïbe, l’enjeu est considérable. La transition énergétique, l’adaptation au changement climatique, les infrastructures numériques ou les transports nécessitent des volumes de capitaux que les économies insulaires ne peuvent pas toujours mobiliser seules.

    L’investissement privé doit donc pouvoir venir compléter les financements publics et ceux des institutions internationales.

    Christopher Sinckler : penser la Caraïbe comme un marché

    L’intervention du sénateur Christopher Peter Sinckler, Senior Minister of Foreign Affairs and Foreign Trade du gouvernement de la Barbade, a donné une dimension plus politique au débat.

    Son propos a notamment porté sur la manière dont la Caraïbe doit se positionner face à une nouvelle génération d’investissements mondiaux.

    Et pour cela, la région doit commencer par dépasser l’une de ses principales faiblesses : sa fragmentation.

    Pris individuellement, les marchés caribéens sont souvent petits. Présentés ensemble, ils peuvent atteindre une taille et une diversité beaucoup plus intéressantes pour un investisseur international.

    L’intégration régionale devient alors une question très concrète.

    Comment faire circuler plus facilement les capitaux ? Comment permettre aux entreprises de vendre leurs biens et leurs services dans plusieurs pays ? Comment harmoniser davantage les règles ? Comment améliorer les transports entre les îles ? Comment permettre à une entreprise née sur un petit marché de devenir une entreprise régionale ?

    Pour Christopher Sinckler, attirer des investissements suppose donc de construire un véritable espace économique caribéen.

    Cela passe aussi par les compétences. Une région peut attirer des technologies et des capitaux, mais elle doit disposer des ressources humaines capables de les utiliser, de les développer et de créer de la valeur localement.

    Formation professionnelle, enseignement technique, compétences numériques et mobilité des travailleurs deviennent ainsi des composantes de la politique d’investissement.

    Quand les capitaux rencontrent les projets caribéens

    La grande discussion consacrée au financement, intitulée « Where Global Capital Meets Caribbean Opportunity », a ensuite permis d’entrer directement dans les mécanismes qui peuvent faciliter, ou empêcher, l’investissement.

    Autour de la table figuraient Dr Isaac Solomon, vice-président des opérations de la Caribbean Development Bank, Garvin Joefield, économiste à Republic Bank Limited, Cheryl Senhouse, Finance Innovation Director du Caribbean Climate-Smart Accelerator, et Russell Franklyn, Operations & Finance Coordinator de Compete Caribbean. La discussion était animée par Wayne Elliott, Head of Technical Programmes à Caribbean Export Development Agency.

    La question posée était finalement simple : si des capitaux existent et que des projets existent également, pourquoi les deux ne se rencontrent-ils pas davantage ?

    Les échanges ont fait apparaître plusieurs réponses.

    Un bon projet n’est pas nécessairement un projet finançable

    L’une des principales difficultés tient à la préparation des projets.

    Une entreprise peut avoir un excellent produit, répondre à un besoin réel et disposer d’un marché potentiel sans être encore en mesure de recevoir plusieurs millions de dollars d’investissement.

    L’investisseur veut comprendre le modèle économique, les perspectives de croissance, les risques, la gouvernance, les besoins en capitaux et les conditions dans lesquelles il pourra obtenir un retour sur son investissement.

    La qualité technique d’un projet ne suffit donc pas.

    Il faut également savoir le structurer financièrement et le présenter.

    L’expérience du CIF montre que cette difficulté est réelle. Lors du cycle 2025, environ 130 manifestations d’intérêt avaient été reçues dans les États du CARIFORUM. Après analyse, 24 projets avaient été considérés comme présentant un potentiel important mais n’avaient pas atteint l’étape suivante, notamment en raison de lacunes dans leur préparation à l’investissement.

    C’est précisément ce « chaînon manquant » que Caribbean Export et les institutions partenaires cherchent aujourd’hui à renforcer.

    Tous les investisseurs ne recherchent pas la même chose

    Les échanges ont également rappelé une réalité parfois oubliée par les porteurs de projets : il n’existe pas un financement unique.

    Une banque commerciale, une banque de développement, un fonds d’investissement, un investisseur privé ou un fonds spécialisé dans le climat ne raisonnent pas de la même manière.

    Certains capitaux recherchent une rentabilité relativement rapide. D’autres acceptent des horizons plus longs. Certains peuvent prendre davantage de risques lorsque le projet produit un impact environnemental ou social mesurable.

    La question n’est donc pas seulement : « Où trouver de l’argent ? »

    Elle est aussi : « Quel type de capital correspond à mon projet ? »

    Cette compréhension des différents instruments financiers est essentielle pour les entrepreneurs caribéens.

    Le financement climatique, une opportunité particulière

    La présence du Caribbean Climate-Smart Accelerator dans la discussion a également mis en évidence la place croissante des financements liés au climat.

    Pour les petits États insulaires particulièrement exposés aux conséquences du changement climatique, cette évolution représente à la fois une nécessité et une possibilité de mobiliser de nouvelles sources de capitaux.

    Énergies renouvelables, efficacité énergétique, adaptation, gestion de l’eau, agriculture résiliente ou économie circulaire peuvent intéresser des fonds spécialisés.

    Mais là encore, disposer d’un projet « vert » ne suffit pas. Il faut être capable d’en mesurer les impacts, d’en démontrer la viabilité économique et de répondre aux critères des financeurs.

    Transformer quinze marchés en une région d’investissement

    Derrière les questions techniques de financement apparaît finalement un enjeu beaucoup plus large.

    La Caraïbe souffre de sa fragmentation, mais elle possède également une possibilité : transformer plusieurs petits marchés en un espace économique régional suffisamment cohérent pour attirer des investissements plus importants.

    Caribbean Export défend déjà cette approche. L’agence considère qu’une présentation unifiée de la Caraïbe permet de dépasser les contraintes de taille des économies nationales et d’accéder à des volumes de capitaux plus importants.

    Cela suppose cependant que les entreprises puissent grandir au-delà de leur territoire d’origine.

    Une entreprise barbadienne, jamaïcaine, trinidadienne ou dominicaine ne peut plus nécessairement penser son développement uniquement à l’échelle de son marché national.

    Le marché pertinent peut devenir caribéen.

    Du potentiel à l’investissement réel

    C’est probablement là que se situe le véritable enjeu du CIF 2026.

    Lors de l’édition 2025 en Jamaïque, le Forum avait réuni plus de 450 participants issus de 39 pays et présenté douze projets prêts à l’investissement représentant plus de 80 millions de dollars américains.

    La Barbade doit maintenant permettre de franchir une étape supplémentaire.

    Car le succès du Forum ne pourra pas seulement se mesurer au nombre de participants, de conférences ou de cartes de visite échangées.

    Il faudra regarder combien de projets auront progressé, combien d’entreprises auront trouvé un partenaire, combien de financements auront été mobilisés et combien d’investissements se seront finalement matérialisés.

    C’est tout le sens du message entendu ce mercredi à Bridgetown : la Caraïbe ne manque pas de potentiel. Son défi est désormais de rendre ce potentiel investissable.

    Et derrière cette question financière s’en dessine une autre, plus fondamentale : celle de la capacité des territoires caribéens à travailler davantage ensemble pour atteindre une taille critique, faire grandir leurs entreprises et peser davantage dans la compétition mondiale pour les capitaux.

    Le Caribbean Investment Forum 2026 entend précisément se placer à cet endroit, là où une idée devient un projet, où un projet devient finançable et où le capital peut, enfin, rencontrer l’opportunité caribéenne.

    Philippe PIED

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