Les audiences sur le fond se sont achevées le 11 mai 2026 à La Haye. Caracas refuse déjà tout verdict. Sur le fleuve Cuyuni, les tirs reprennent. La CARICOM s’inquiète.
Le conflit Essequibo opposant Georgetown à Caracas devant la Cour internationale de Justice (CIJ) est entré dans sa phase décisive. Entre le 4 et le 11 mai 2026, les audiences orales se sont tenues au Palais de la Paix, à La Haye. Le Guyana avait initié formellement la procédure en mars 2018. Désormais, les quinze juges délibèrent à huis clos.
Une procédure judiciaire sous haute tension pour le conflit Essequibo
La position guyanienne reste limpide. Georgetown demande à la Cour de confirmer la validité de la Sentence arbitrale de 1899. Le pays rappelle que le Venezuela avait accepté cette délimitation durant plus de six décennies. Cette reconnaissance a pris fin en 1962.
Caracas refuse de jouer le jeu. L’agent vénézuélien Samuel Moncada a rejeté la compétence de la CIJ le 6 mai 2026. Son plaidoyer a duré six heures. Il a qualifié les droits territoriaux du pays d’« irrenunciables ». Il invoque l’Accord de Genève de 1966 comme unique cadre juridique valable.
Par ailleurs, la présidente par intérim Delcy Rodríguez s’est déplacée en personne le 11 mai pour la dernière audience. Elle a martelé qu’« aucune sentence » ne pourrait apporter une solution définitivement acceptable. Une solution politique et négociée constitue selon elle le seul chemin vers la bonne entente.
Un verdict attendu, mais déjà contesté
Le calendrier reste incertain. Les quinze magistrats sont entrés dans une phase de délibération privée. Les protocoles de la Cour suggèrent un délai de six à neuf mois. Le verdict tombera donc fin 2026 ou début 2027.
Cependant, Caracas a déjà annoncé la couleur. Le Venezuela a formellement déclaré qu’il ne reconnaîtrait aucun jugement ignorant ses droits historiques. Cette posture projette un scénario d’incertitude juridique sur l’exécution de la sentence.
L’escalade sur le terrain : le Cuyuni s’embrase
Sur le fleuve frontalier, la diplomatie cède la place aux balles. La Guyana Defence Force (GDF) a confirmé qu’un militaire a été blessé le 29 mai 2026. L’incident s’est produit lors d’une opération de sécurité dans la région Sept. Une patrouille escortait des civils sur le Cuyuni. Elle a essuyé un tir hostile depuis la rive vénézuélienne. Le soldat a été évacué vers Georgetown dans un état stable.
De plus, l’incident n’est pas isolé. Le militaire blessé est le deuxième touché dans le mois lors d’une opération similaire. Une précédente attaque avait blessé huit soldats guyaniens. Cette dynamique illustre une escalade inquiétante sur le terrain.
Le contexte économique aggrave la pression. Le territoire contesté jouxte d’importants gisements pétroliers offshore qui produisent en moyenne 900 000 barils par jour. Les enjeux dépassent largement le seul tracé frontalier.
Enjeux pétroliers et stabilité régionale
Ces ressources énergétiques font du conflit Essequibo bien plus qu’une dispute territoriale. Elles positionnent le Guyana comme puissance énergétique stratégique. Elles attirent aussi les convoitises et les tensions régionales.
La CARICOM en première ligne diplomatique
Dans ce contexte, la Communauté caribéenne tente de maintenir le cap. La CARICOM a réaffirmé son « soutien sans équivoque à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du Guyana ». Elle soutient aussi la résolution pacifique par la voie judiciaire.
Toutefois, des fissures apparaissent. Delcy Rodríguez a effectué deux visites dans des États membres. Elle arborait une broche figurant l’Essequibo comme territoire vénézuélien. Ces rencontres ont eu lieu avec la Première ministre barbadienne Mia Mottley et le Premier ministre grenadien Dickon Mitchell.
Le président guyanien Mohamed Irfaan Ali a réagi avec fermeté. Dans une lettre formelle au président de la CARICOM, le Premier ministre de Saint-Kitts-et-Nevis Terrance Drew, il a qualifié ces gestes d’« affirmation calculée et provocatrice ». Selon lui, cette conduite menace de saper l’unité caribéenne.
Une stabilité régionale fragilisée
Sur ce point, la CARICOM a rappelé un principe cardinal. L’organisation a souligné qu’aucune action ne devait laisser croire que ses plateformes servent à faire avancer des revendications devant la CIJ. Son soutien de principe au Guyana doit se refléter aussi dans la conduite des engagements officiels.
En outre, le rôle de Brasília reste central. Le Brésil a déployé des troupes et du matériel à sa frontière nord fin 2023 et début 2024. Le pays continue de jouer les garde-fous régionaux.
Implications pour la Caraïbe et la Martinique
Pour la Martinique et l’arc antillais, ce conflit Essequibo n’a rien d’une affaire lointaine. Un conflit ouvert sur le Cuyuni déstabiliserait les routes maritimes. Il affecterait les marchés énergétiques. Il menaçerait la cohésion même de la CARICOM. Dans l’attente du verdict de La Haye, la Caraïbe retient son souffle.





