Les contrats PEC constituent depuis plusieurs années un levier discret mais essentiel de l’insertion professionnelle dans les Outre-mer. Utilisés massivement par les communes, les associations, les établissements publics et les écoles, ils permettent à des milliers de personnes éloignées de l’emploi de retrouver une activité salariée tout en assurant des missions indispensables au fonctionnement quotidien des territoires. Mais depuis plusieurs mois, les annonces de réduction des enveloppes budgétaires inquiètent élus, syndicats et structures employeuses, notamment à La Réunion, en Martinique et en Guyane.
Qu’est-ce qu’un contrat PEC ?
Derrière l’acronyme PEC se cache le « Parcours Emploi Compétences ». Mis en place en janvier 2018, il a remplacé les anciens contrats aidés dans le secteur non marchand. Juridiquement, il relève du Contrat unique d’insertion – Contrat d’accompagnement dans l’emploi (CUI-CAE).
Le dispositif s’adresse principalement aux personnes les plus éloignées du marché du travail : demandeurs d’emploi de longue durée, bénéficiaires du RSA, jeunes peu qualifiés, personnes en situation de handicap ou encore habitants des quartiers prioritaires.
Les collectivités locales, les associations, les établissements publics ou les structures éducatives peuvent recruter dans ce cadre. L’objectif affiché par l’État est double : permettre une reprise d’activité professionnelle et favoriser une insertion durable grâce à l’accompagnement et à la formation.
Des contrats encadrés et accompagnés
Les contrats PEC peuvent prendre la forme d’un CDD ou d’un CDI. La durée hebdomadaire minimale est généralement fixée à 20 heures. Le parcours d’accompagnement s’inscrit le plus souvent sur une période de 9 à 12 mois, renouvelable dans certaines situations.
La rémunération ne peut être inférieure au SMIC horaire brut. En contrepartie de l’aide financière reçue, l’employeur doit désigner un tuteur et mettre en place un véritable accompagnement du salarié.
Le dispositif repose sur plusieurs étapes obligatoires : un entretien tripartite au moment de la signature, un suivi pendant le contrat et un entretien de sortie destiné à préparer la suite du parcours professionnel.
Des formations peuvent également être proposées : remise à niveau, acquisition de nouvelles compétences, validation des acquis de l’expérience ou pré-qualification.
En Martinique, c’est notamment la DEETS qui pilote et prescrit ces contrats.
Un dispositif particulièrement important dans les Outre-mer
Dans les territoires ultramarins, les contrats PEC jouent un rôle bien plus large qu’un simple outil d’insertion. Ils constituent souvent un rouage essentiel du fonctionnement des communes et des établissements publics.
Dans de nombreuses collectivités, les agents recrutés via les PEC participent à l’accompagnement scolaire, à la restauration, à l’entretien des espaces publics, à l’accueil administratif ou encore à diverses missions sociales de proximité.
Le dispositif bénéficie par ailleurs de modalités spécifiques. Les taux de prise en charge par l’État ne sont pas uniformes au niveau national. Ils sont fixés localement par arrêté préfectoral, en fonction des priorités territoriales, des publics concernés et des enveloppes budgétaires disponibles.
À La Réunion, l’État avait annoncé pour 2025 une enveloppe de 10 000 contrats PEC financés à hauteur de 50 % du SMIC horaire brut sur une durée de 10 mois. Mais pour 2026, les élus réunionnais dénoncent une réduction majeure : l’enveloppe serait ramenée à 4 000 contrats avec une aide abaissée à 40 % sur 6 mois.
La colère monte à La Réunion
Le sujet a pris une tournure politique début mai 2026. Réunis en préfecture le 5 mai, plusieurs maires réunionnais ont découvert l’ampleur de la réduction annoncée des contrats PEC pour l’année à venir.
Selon plusieurs élus, aucune véritable concertation préalable n’aurait eu lieu. La municipalité de Saint-Leu parle même d’une décision « brutale et unilatérale ».
Pour les communes concernées, l’impact pourrait être immédiat. De nombreux services municipaux reposent en partie sur ces contrats aidés. La diminution du nombre de PEC risque donc d’entraîner des difficultés concrètes dans les écoles, les services techniques ou l’accompagnement social.
La baisse annoncée représente environ 6 000 contrats de moins entre 2025 et 2026 à La Réunion.
La Martinique également concernée
La Martinique n’échappe pas aux inquiétudes. Plusieurs syndicats et élus alertent depuis des mois sur les conséquences d’une réduction progressive des enveloppes de contrats aidés.
Dans l’Éducation nationale notamment, des organisations syndicales ont dénoncé les risques de non-renouvellement de nombreux contrats PEC, avec des conséquences possibles sur le fonctionnement des établissements scolaires.
Une question écrite déposée récemment à l’Assemblée nationale évoque également les inquiétudes concernant la baisse programmée des contrats PEC dans les établissements scolaires martiniquais.
Même si les chiffres précis restent encore difficiles à stabiliser selon les secteurs et les administrations concernées, les collectivités locales craignent déjà un effet domino sur des services publics fragilisés par des contraintes budgétaires importantes.
Un débat de fond sur l’avenir de l’insertion
Au-delà des chiffres, la question posée est celle du modèle d’insertion professionnelle dans les territoires ultramarins.
Pour beaucoup d’élus locaux, les PEC ne constituent pas seulement des contrats aidés, mais un véritable amortisseur social. Ils permettent à des personnes éloignées de l’emploi de reprendre pied dans le monde du travail tout en répondant à des besoins concrets sur le terrain.
Le gouvernement, de son côté, insiste régulièrement sur la nécessité de privilégier l’emploi durable et les formations qualifiantes plutôt que la multiplication des contrats subventionnés.
Reste que dans des territoires confrontés à un chômage structurel élevé et à des finances locales contraintes, la réduction brutale des enveloppes PEC suscite de fortes interrogations. Car derrière ces contrats se trouvent à la fois des agents, des familles, des communes, mais aussi tout un équilibre social de proximité.
Chiffres clés
- 10 000, nombre de contrats PEC annoncés à La Réunion pour 2025
- 4 000, enveloppe évoquée pour 2026 à La Réunion
- 20 heures, durée hebdomadaire minimale généralement appliquée
- 9 à 12 mois, durée habituelle d’un parcours PEC
- 50 %, taux de prise en charge annoncé à La Réunion en 2025
- 40 %, taux évoqué pour 2026 à La Réunion selon les élus locaux





