Des crises lointaines, des effets très proches
À première vue, les grandes crises internationales peuvent sembler éloignées de la Martinique : guerres, tensions entre puissances, instabilité des marchés, hausse du coût de l’énergie, recomposition des alliances, fragilisation des échanges mondiaux.

Pourtant, leurs effets se font sentir très concrètement dans les territoires caribéens. Ils se traduisent par le prix des produits importés, le coût du transport maritime, les tensions sur l’énergie, les interrogations sur l’autonomie alimentaire, la vulnérabilité économique et la nécessité de mieux penser la place de la Martinique dans son environnement régional.
C’est autour de ces enjeux qu’était organisée par la Région-IHEDN Martinique, ce vendredi 5 juin 2026 à la SARA, une conférence de Jean-Victor Nkolo consacrée aux « Répercussions géopolitiques et macroéconomiques des crises internationales sur le Grand Sud », avec un regard porté sur l’Afrique, la Caraïbe et l’Amérique latine.

Un intervenant au carrefour de la diplomatie, des conflits et de la communication stratégique
Jean-Victor Nkolo dispose d’un parcours qui donne un relief particulier à cette réflexion.
Ancien porte-parole de l’Assemblée générale des Nations unies, ancien correspondant de guerre, expert en communication stratégique et en diplomatie culturelle, il connaît à la fois les logiques diplomatiques, les réalités des conflits et l’importance des récits dans les rapports internationaux.
Sa venue en Martinique permettait donc d’aborder les crises mondiales non comme une simple succession d’événements, mais comme un ensemble de transformations profondes qui modifient les équilibres économiques, politiques et sociaux.

Le Grand Sud, un espace exposé mais aussi stratégique
Le thème retenu, celui du Grand Sud, invite à élargir le regard.
Afrique, Caraïbes et Amérique latine ne sont pas seulement des espaces exposés aux désordres du monde. Ce sont aussi des territoires de ressources, de circulation, de jeunesse, d’influence culturelle, de coopération possible et de stratégies nouvelles.
Ces régions sont souvent situées à la marge des grands centres de décision, mais elles subissent directement les effets des choix économiques et géopolitiques mondiaux.
Pour la Caraïbe, cette réalité est particulièrement visible. La dépendance aux importations, le coût du fret, l’éloignement des grands marchés, la fragilité de certaines chaînes d’approvisionnement et l’exposition aux risques climatiques rendent les économies insulaires très sensibles aux chocs internationaux.
Une crise énergétique, un conflit majeur, une tension commerciale ou une hausse brutale des matières premières peuvent rapidement se répercuter sur les prix, les entreprises, les collectivités et les ménages.

La Martinique face à ses vulnérabilités
La Martinique connaît bien ces vulnérabilités.
Les débats récents sur la vie chère, l’autonomie alimentaire, la transition énergétique ou encore la gestion des ressources montrent que les questions internationales ne sont pas abstraites. Elles rejoignent directement le quotidien des habitants.
Comprendre la géopolitique, c’est aussi comprendre pourquoi certains prix augmentent, pourquoi certains produits deviennent plus difficiles à acheminer, pourquoi les politiques publiques doivent anticiper davantage, et pourquoi la coopération régionale devient une nécessité.
Une double appartenance à mieux valoriser
Cette conférence intervenait dans un contexte où la Martinique cherche à mieux définir sa place dans son bassin caribéen.
Le territoire appartient à l’espace français et européen, mais il se situe au cœur de la Caraïbe, à proximité immédiate de pays confrontés à des réalités économiques, sociales et climatiques comparables.
Cette double appartenance peut être une contrainte. Elle peut aussi devenir un atout stratégique, à condition de mieux penser les passerelles avec les voisins caribéens, l’Amérique latine et l’Afrique.

Souveraineté, production locale et coopération régionale
Les crises internationales posent également la question de la souveraineté.
Souveraineté alimentaire, souveraineté énergétique, capacité à produire localement, à transformer, à coopérer, à sécuriser les approvisionnements, à réduire certaines dépendances : ces sujets ne relèvent plus seulement du discours politique.
Ils deviennent des enjeux économiques concrets. Pour les entreprises martiniquaises, pour les collectivités, pour les institutions et pour les citoyens, l’anticipation devient essentielle.
En invitant Jean-Victor Nkolo, la Région-IHEDN Martinique proposait ainsi un temps de réflexion sur les grands équilibres mondiaux, mais aussi sur leurs conséquences locales.
L’objectif n’était pas seulement de commenter l’actualité internationale, mais de donner des clés de lecture pour mieux comprendre les transformations en cours et leurs impacts sur les territoires du Grand Sud.
La Caraïbe dans les nouveaux équilibres du monde
Dans un monde marqué par l’incertitude, la Caraïbe ne peut plus être pensée comme un simple espace périphérique.
Elle est concernée par les mouvements du monde, par les tensions économiques, par les recompositions diplomatiques, par les enjeux climatiques et par la bataille des influences.
La Martinique, à son échelle, doit donc se regarder non seulement comme un territoire exposé, mais aussi comme un territoire capable de comprendre, d’anticiper et de participer aux nouvelles dynamiques régionales.
Cette conférence rappelle finalement une évidence trop souvent négligée : les crises internationales ne s’arrêtent pas aux frontières des grandes puissances.
Elles arrivent jusque dans les îles, dans les ports, dans les entreprises, dans les prix, dans les budgets publics et dans la vie quotidienne.
Pour la Martinique et la Caraïbe, les comprendre n’est plus un luxe intellectuel. C’est une nécessité stratégique.
Philippe Pied & Roland Dorival





