Gdc's Perspective
La tribune de Serge Letchimy a le mérite de la clarté. Elle nomme une crise que plus personne ne peut nier : celle d’un service public vital devenu inégal, fragile, parfois défaillant. Sur ce diagnostic, il n’y a pas de débat. Mais c’est précisément parce que l’enjeu est essentiel que la réponse ne doit pas se satisfaire d’un simple récit d’évidence.
La création d’une autorité unique de l’eau est présentée comme la solution.
Elle peut être un outil. Elle n’est pas, en elle-même, une garantie. Centraliser, ce n’est pas automatiquement mieux gérer. C’est déplacer le centre de gravité de la décision, avec ses gains possibles, mais aussi ses risques : éloignement du terrain, rigidité, concentration des responsabilités. L’exemple des transports, tant maritimes que terrestres, montre que les systèmes unifiés peuvent tarder à produire les effets attendus, malgré les efforts engagés. À terme, ils peuvent trouver leur efficacité, mais cela suppose du temps, des moyens et une gouvernance éprouvée.
Le point le plus sensible reste ailleurs : dans la nature même du levier mobilisé.
L’habilitation permet d’adapter. Elle ne permet pas de refonder. Elle autorise l’action, mais dans un cadre délégué, encadré, réversible.
Voici d’ailleurs ce qu’en dit le président de la Collectivité :
« Il s’agira, dès le vote de l’Assemblée nationale à venir, de mettre en œuvre et de légiférer dans notre pays la Martinique sur une question aussi essentielle que l’eau. »
Or:
« Dès le vote de l’Assemblée nationale, la Collectivité territoriale de Martinique engagera sans délai la rédaction de la loi martiniquaise qui permettra la mise en œuvre de l’autorité unique de l’eau. Ce processus exigera du temps — deux à trois années — afin de garantir un dialogue approfondi, ouvert et respectueux, et d’explorer les scénarios les plus pertinents avant que l’Assemblée de Martinique ne se prononce définitivement. »
Autant nous souhaiterions que cette approche de la mise en œuvre de l’habilitation soit pleinement opérante, autant il convient d’y apporter quelques bémols, pour rester cohérents avec ce que nous avons défendu, dans les colonnes d’Antilla, sur la nécessité d’un véritable pouvoir normatif.
En effet, présenter cette habilitation comme une avancée quasi souveraine, c’est prendre le risque de nourrir une attente que le droit ne pourra pas satisfaire.
Et puis il y a ce qui n’est pas dit, ou trop peu : le financement. Les réseaux vieillissants ne se réparent pas par décret. Les pertes de 40 % ne disparaissent pas par une nouvelle architecture institutionnelle. Les investissements nécessaires sont lourds, durables, coûteux. Sans réponse claire sur ce point, toute réforme de gouvernance risque de rester une promesse suspendue.
Il faut également regarder la question démocratique en face.
Une décision unanime d’élus est un signal politique fort. Elle n’est pas, pour autant, l’expression exacte de la volonté du peuple. Notre histoire récente l’a bien démontré…
Sur un sujet aussi vital, la confiance ne peut être présumée. Elle devra être construite, partagée, éprouvée.
La vérité est plus simple, et plus exigeante : la réforme proposée est un pari





