Ce mercredi 1er juillet à 16h, à la Maison Aimé Césaire, l’État et la Collectivité Territoriale de Martinique doivent signer un accord-cadre solennel ouvrant une nouvelle étape dans le processus d’évolution institutionnelle du territoire.
Cet accord, présenté comme majeur par la CTM, vise à engager une négociation politique et juridique autour de la domiciliation en Martinique d’un pouvoir normatif autonome dans des domaines non régaliens.
Antilla complétera cet article dans les prochaines heures avec interviews et avis recueillis autour de cette signature.
Ce mercredi 1er juillet, à 16h00, la Maison Aimé Césaire accueillera un moment institutionnel d’une portée particulière pour la Martinique. L’État et la Collectivité Territoriale de Martinique doivent y signer un accord-cadre solennel consacré à l’évolution institutionnelle du territoire et à la reconnaissance d’un pouvoir normatif autonome dans certains domaines.
Cette signature intervient dans un contexte politique marqué par une volonté affichée des élus martiniquais de construire une relation rénovée avec l’État. Selon la Collectivité Territoriale de Martinique, il ne s’agit ni d’une rupture, ni d’une revendication de privilège, mais d’une demande d’outils mieux adaptés aux réalités locales.
Au cœur de cette démarche se trouve une idée centrale : permettre à la Martinique de disposer d’une plus grande capacité d’action pour répondre à ses propres défis. Vie chère, développement économique, emploi, jeunesse, logement, foncier, santé, éducation, culture, énergie, eau, coopération régionale, adaptation au changement climatique, autant de sujets qui nécessitent, selon les défenseurs de cette évolution, des réponses plus rapides, plus efficaces et mieux ajustées aux réalités martiniquaises.
L’accord-cadre doit ouvrir une négociation politique et juridique visant à consacrer la domiciliation en Martinique d’un pouvoir normatif autonome dans des domaines non régaliens. Concrètement, il s’agirait de permettre au territoire d’adapter, de définir ou de mettre en œuvre certaines normes localement, lorsque les textes nationaux ne répondent pas suffisamment aux spécificités martiniquaises.
Cette étape s’inscrit dans un long cheminement institutionnel. Près de 80 ans après la départementalisation, après la création de la Collectivité Territoriale de Martinique, après l’Appel de Fort-de-France, après les travaux du Congrès des élus et plus de 110 auditions publiques associant élus, acteurs économiques, socioprofessionnels, associations, jeunes, experts et citoyens, la Martinique entend franchir un nouveau cap.
La CTM insiste sur le caractère collectif de cette démarche. Le 8 octobre 2025, réunis en Congrès, puis le 24 octobre 2025 en Assemblée de Martinique, les représentants de la population martiniquaise se sont prononcés à l’unanimité en faveur d’une évolution de la relation entre la Martinique et l’État. Cette unanimité, rare dans la vie politique locale, est présentée comme l’un des éléments majeurs donnant à cette démarche une force démocratique particulière.
Pour le président du Conseil exécutif de Martinique, Serge Letchimy, cette signature marque un moment important parce qu’elle repose sur un rassemblement politique large. « Cette signature est historique parce qu’elle est portée par une force politique collective : l’unanimité des élus de Martinique. Toutes les sensibilités ont su se rassembler autour d’une conviction simple : la Martinique doit pouvoir disposer des moyens d’agir pour son propre développement. Nous ne demandons pas à être à part. Nous demandons à être pleinement responsables dans la République, avec nos réalités, notre dignité et notre ambition. »
L’État, de son côté, reconnaît, dans le cadre des engagements déjà exprimés au plus haut niveau, la nécessité d’un chemin institutionnel organisé et démocratique. Mais cette évolution ne pourra se faire sans une étape décisive : la consultation du peuple martiniquais. La décision finale devra revenir aux Martiniquaises et aux Martiniquais, appelés à se prononcer sur l’avenir institutionnel du territoire.
Le choix de la Maison Aimé Césaire pour cette signature ajoute une forte dimension symbolique à l’événement. Ce lieu renvoie à une histoire politique, culturelle et intellectuelle marquée par les combats pour la dignité, la justice, la liberté et l’égalité réelle. Il rappelle également la singularité d’une communauté martiniquaise façonnée par son histoire, sa culture, ses luttes et sa volonté de reconnaissance.
Avec cet accord-cadre, la Martinique ne change pas encore de statut. Elle ouvre une phase de négociation et de clarification. Les contours précis du pouvoir normatif autonome, les domaines concernés, les garanties républicaines, les limites juridiques et les modalités de consultation populaire devront être débattus et définis.
Mais, politiquement, le moment est fort. Il traduit une volonté de passer d’une logique d’adaptation ponctuelle à une logique de responsabilité mieux organisée. Pour ses promoteurs, cette évolution doit permettre à la Martinique de « décider mieux, agir plus vite, construire plus juste ».





