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    Le Regard de Gdc

    Finances de la CTM : les explications que le public attend

    septembre 18, 2026Aucun commentaire
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    Le rapport de la Chambre régionale des comptes a placé le président du Conseil exécutif au centre de la controverse. Mais la gestion financière de la Collectivité territoriale de Martinique ne repose pas sur un seul homme. Conseiller exécutif chargé des finances, commission spécialisée, directions administratives, contrôle interne et comptable public constituent une chaîne de responsabilités. Ces acteurs ont travaillé et rendu des avis. Reste à savoir ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont recommandé et pourquoi ils l’expliquent si peu publiquement. Est-ce une question de courage ou un devoir de réserve?

    Un débat trop concentré sur le seul président

    Depuis la médiatisation du rapport de la Chambre régionale des comptes, le débat se résume souvent à un face-à-face entre la juridiction financière et Serge Letchimy. Cette présentation est politiquement compréhensible : le président du Conseil exécutif prépare et exécute les délibérations, il est l’ordonnateur des dépenses et des recettes et il dirige les services de la collectivité. Même lorsqu’il délègue certaines fonctions, il demeure juridiquement responsable de leur exercice.

    Mais cette responsabilité de premier rang ne doit pas rendre invisibles les autres maillons de la décision. Le budget est préparé par des services spécialisés, porté politiquement par un conseiller exécutif, examiné par une commission de l’Assemblée, soumis à l’avis du CESECEM, puis voté par les conseillers territoriaux. Chacun intervient à un niveau différent. Aucun ne peut être assimilé à un simple spectateur.

    Arnaud René-Corail, responsable politique des finances

    Le premier élu attendu dans ce débat, après le président du Conseil exécutif, est Arnaud René-Corail. La délibération du 30 juillet 2026 relative au budget supplémentaire le désigne encore expressément comme conseiller exécutif chargé des Finances, des Affaires budgétaires et des Marchés publics. C’est donc lui qui porte politiquement la préparation budgétaire, la trajectoire financière et une partie des réponses relatives à la commande publique.

    Sa responsabilité ne se confond pas avec celle de Serge Letchimy : une délégation ne transfère pas l’entière responsabilité juridique du président. Elle crée toutefois une responsabilité politique particulière. À ce titre, Arnaud René-Corail devrait expliquer à quelle date les indicateurs relatifs à la dette, à l’autofinancement, à la trésorerie et aux délais de paiement ont commencé à se dégrader ; quelles alertes lui ont été transmises ; quels arbitrages il a proposés ; et quelles mesures ont été acceptées ou différées. On le sait assez courageux pour assumer ses responsabilités. 

    Séverine Termon, conseillère exécutive chargée des Affaires juridiques et des relations avec le personnel, est également concernée par la sécurisation des actes et par les conséquences d’une masse salariale devenue un sujet central. Elle n’est toutefois pas la responsable politique du budget.

    Didier Laguerre et la commission financière

    Du côté de l’Assemblée, l’instance directement compétente est la commission Gouvernance, Affaires financières et juridiques, présidée par Didier Laguerre. Sa dernière composition officielle explicite réunit également Lydia Beaulieu, Yannick Étienne-Notte, Michelle Monrose, Félix Ismain, Manuella Clem-Bertholo, Marie-Hélène Léotin, Catherine Conconne et Aurélie Nella.

    Cette commission n’ordonne aucune dépense et ne tient pas les comptes. Son rôle est préparatoire : elle examine les rapports, interroge l’exécutif et les services, puis rend un avis avant la délibération de l’Assemblée. Mais cette fonction lui confère précisément un devoir de vigilance politique. Lorsque les voyants se dégradent, il lui appartient de demander des explications, de formuler des réserves et de proposer des corrections.

    Les actes officiels attestent qu’elle a fonctionné récemment. Elle a rendu un avis le 18 mai 2026 sur la prospective financière 2026-2030, puis un autre le 24 juillet sur le budget supplémentaire. Le problème est que les délibérations mentionnent l’existence de ces avis sans permettre d’en connaître clairement la teneur. Ont-ils comporté des alertes ? Des demandes d’économies ? Des réserves sur l’endettement ou la sincérité des prévisions ? C’est ce contenu qui doit maintenant être rendu intelligible au public. Être rendu public…

    Une architecture administrative conçue pour prévenir les dérives

    La CTM ne manque pas, sur le papier, de services chargés du pilotage et de la régularité. L’organigramme adopté en juin 2024 distingue une direction générale adjointe des Finances et des Achats, une Direction des Finances, une Direction du Contrôle et de la Performance, une Direction des Achats et de la Commande publique ainsi qu’une Direction des Affaires juridiques, du Contentieux et de la Conformité.

    La Direction des Finances est elle-même organisée autour du dialogue budgétaire, de la prospective, des ressources, des engagements, de l’exécution budgétaire, de la gestion de la dette et de la trésorerie ainsi que de la qualité comptable. La Direction du Contrôle et de la Performance comporte des fonctions de contrôle interne et externe. La Direction des Affaires juridiques doit prévenir les irrégularités, sécuriser les actes et gérer les contentieux.

    Au sommet de cette administration, Marc Mongis est confirmé comme directeur général des services par un arrêté du 1er septembre 2026. Un arrêté de février 2026 identifie Marc Sainte-Foie comme directeur général adjoint chargé des finances et du contrôle, avec David Lounici comme adjoint. Jean-Émile Granvisir est, pour sa part, directeur général adjoint chargé de la sécurité des actes.

    À cette organisation s’ajoute le service facturier commun à la CTM et à la Direction régionale des finances publiques. Il rapproche les contrôles de l’ordonnateur et du comptable afin de fiabiliser les paiements et d’en réduire les délais. Le comptable public reste distinct de l’exécutif : il contrôle la régularité comptable du paiement, mais ne décide pas de l’opportunité politique des dépenses.

    Des élus actifs dans les actes, discrets dans l’espace public

    Il serait donc inexact d’affirmer que les responsables financiers n’ont rien fait. Le 21 mai 2026, Arnaud René-Corail a présenté la prospective financière 2026-2030. L’Assemblée en a pris acte à l’unanimité, ce qui ne signifie pas qu’elle en a approuvé unanimement toutes les orientations. Le 30 juillet, le budget supplémentaire, présenté par le même conseiller exécutif après avis du CESECEM et de la commission financière, a été adopté par 32 voix contre 9, avec 5 abstentions.

    Les responsables existent, les réunions ont eu lieu et les votes ont été exprimés. En revanche, leurs analyses et leurs désaccords restent peu audibles. C’est cette faible visibilité, davantage que l’absence d’activité institutionnelle, qui nourrit aujourd’hui le sentiment d’un silence collectif.

    Au 18 septembre, il faut également tenir compte du calendrier. Le débat formel sur le rapport de la Chambre régionale des comptes est annoncé pour le 24 septembre. La CTM a indiqué qu’elle réservait sa réponse détaillée à cette séance publique. Cette position peut expliquer une partie de la retenue actuelle ; elle ne saurait toutefois dispenser les élus concernés d’exposer personnellement les constats qu’ils ont faits et les solutions qu’ils défendent.

    Ce que les Martiniquais sont en droit de demander

    La question n’est donc pas seulement de savoir qui doit endosser la faute. Elle est de comprendre comment une collectivité dotée d’un conseiller exécutif aux finances, d’une commission spécialisée, d’une direction du contrôle interne et de services juridiques a pu laisser se dégrader aussi fortement plusieurs indicateurs sans qu’une alerte publique proportionnée soit clairement entendue.

    Arnaud René-Corail doit rendre compte des arbitrages budgétaires et de la trajectoire proposée. Didier Laguerre et les membres de sa commission doivent expliquer leurs avis, leurs réserves éventuelles et le suivi qu’ils ont exercé. L’Assemblée doit permettre d’identifier les choix et les votes de chacun. Les services, enfin, doivent produire des tableaux de bord fiables sur la dette, la trésorerie, les engagements, les délais de paiement et l’exécution des recommandations de la Chambre.

    Le débat du 24 septembre ne peut donc se limiter à une confrontation entre le président du Conseil exécutif et Daniel Marie-Sainte qui doit d’ores et déjà affûter ses armes. Il doit faire apparaître toute la chaîne de décision. Non pour organiser un procès sommaire, mais pour répondre à quatre questions simples : qui savait quoi, à quelle date, quelles mesures ont été proposées et pourquoi n’ont-elles pas suffi ? La crédibilité du redressement financier dépendra autant de la précision des réponses que des économies annoncées.

    Gérard Dorwling-Carter

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