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    Home » Gestion de l’eau : Le plaidoyer de Florent Grabin pour une « troisième voie » citoyenne et technique
    Actualité

    Gestion de l’eau : Le plaidoyer de Florent Grabin pour une « troisième voie » citoyenne et technique

    avril 17, 2026Aucun commentaire
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    « Plutôt qu’une structure unique et rigide, la Martinique a besoin d’une véritable union technique, citoyenne et transparente autour de l’eau. »

    La question de l’eau en Martinique n’en finit plus de cristalliser les tensions. Derrière les débats institutionnels, il y a surtout une réalité que les Martiniquais connaissent trop bien : des coupures, des réseaux fragiles, des installations vieillissantes, et une défiance grandissante à l’égard de ceux qui sont censés apporter des solutions. Dans ce contexte, chaque nouvelle proposition de réforme est attendue, scrutée, discutée.

    Florent Grabin, lui, refuse de s’en tenir aux slogans ou aux oppositions de façade. Dans l’analyse qu’il a récemment transmise, il met en garde contre une réponse purement politique à un problème qui, selon lui, exige d’abord de la rigueur technique, de la transparence et du pragmatisme. À rebours d’une simple centralisation de la compétence eau, il plaide pour une voie plus souple, plus collective, et surtout plus ancrée dans les réalités du terrain.

    Dans cet entretien, il revient sur – selon lui- les limites du projet d’Autorité Unique de l’Eau, sur l’urgence de sécuriser des sites stratégiques comme l’usine de Vivé, et sur la nécessité de bâtir en Martinique une gouvernance de l’eau capable d’associer les élus, les techniciens et les citoyens.

    Mais n’oublions pas comme me l’a dit quelqu’un hier qu’il ne faut pas non plus oublier d’où on sort et qu’il y a à peine 50 ans, nous nous promenions toujours avec des « bacs à aller jeter ».

    Philippe PIED


    Antilla : Florent Grabin, vous avez récemment transmis une analyse poussée sur la question de l’eau, que vous qualifiez de « source de division politique ». Pourquoi le projet actuel d’Autorité Unique, vous semble-t-il insuffisant ou risqué ?

    Florent Grabin : Ma réflexion ne part pas d’une opposition de principe, mais d’un constat pragmatique sur la réalité de nos structures administratives. L’idée d’une Autorité Unique est séduisante sur le papier, car elle promet la simplification. Mais en Martinique, nous avons un passif : le SMTVD pour les déchets ou Martinique Transport. Ce sont des exemples de centralisation qui n’ont pas réglé les problèmes de dettes, d’efficacité ou de climat social.
    Le risque avec l’Autorité Unique, c’est de créer une structure géante et rigide. Transférer la compétence « Eau » à la CTM aujourd’hui, c’est lui demander d’absorber des EPCI qui sont financièrement à bout de souffle. On ne résout pas une faillite en changeant simplement le nom du gestionnaire ; on risque au contraire de fragiliser la Collectivité Territoriale elle-même si les fondations techniques et financières ne sont pas assainies au préalable.

    Dans votre texte, vous insistez lourdement sur l’aspect technique, notamment l’usine de Vivé. Pourquoi est-ce, selon vous, le point de départ de toute réforme ?

    Parce que la politique ne peut rien si les tuyaux et les usines ne fonctionnent pas. J’ai officiellement alerté la CTM sur l’insécurité qui règne à l’usine de production de Vivé. C’est un point névralgique. Parler de grande réforme de gouvernance alors que nos outils de production sont dans cet état, c’est mettre la charrue avant les bœufs.
    Avant de décider « qui » va commander, il faut s’assurer que l’outil est sécurisé pour les agents et performant pour la distribution. La sécurité sanitaire et technique est une urgence qui dépasse les calendriers électoraux. C’est le préalable à toute discussion sérieuse sur l’eau.

    L’Eau en Martinique en quelques chiffres

    • 94 % : de l’eau potable provient des cours d’eau. Les nappes souterraines ne fournissent que 6 %.
    • 55,5 millions de m³ : volume moyen prélevé chaque année.
    • 283 réservoirs : pour une capacité de stockage limitée à environ une demi-journée de réserve.
    • 5,71 € / m³ : prix moyen estimé (eau + assainissement), avec de fortes disparités locales.

    Vous proposez une alternative : le « Pôle Public de l’Eau ». Pouvez-vous nous détailler cette architecture et en quoi elle diffère d’une régie unique ?


    Le Pôle Public de l’Eau que nous défendons chez PUMA est une structure de coopération agile plutôt qu’une administration fusionnée. Sa grande force reposerait sur une présidence tournante entre les différents acteurs du territoire. Cela évite la mainmise d’un seul bloc politique et garantit que chaque zone de l’île (Nord, Centre, Sud) voit ses spécificités respectées.
    C’est une approche plus démocratique et moins verticale. Ce Pôle aurait pour mission de coordonner les investissements massifs dont nous avons besoin, sans pour autant effacer les expertises de terrain qui existent déjà au sein des EPCI, mais qui sont aujourd’hui étouffées par le manque de moyens.

    Justement, concernant les moyens, vous avez évoqué tout à l’heure, sans tabou le recours aux Partenariats Privé-Public (PPP). Pour beaucoup, c’est un sujet délicat. Pourquoi est-ce nécessaire selon vous ?

    Il faut arrêter de se voiler la face : l’argent public est rare et nos réseaux sont dans un état de délabrement tel que les investissements nécessaires se chiffrent en centaines de millions d’euros. Les collectivités seules ne pourront pas porter cet effort.
    Le Partenariat Privé-Public (PPP), s’il est rigoureusement encadré, permet d’apporter les capitaux et l’expertise technique du secteur privé tout en laissant au secteur public la propriété de la ressource et le contrôle des tarifs. C’est un levier de modernisation rapide. Si nous voulons réparer les fuites et renouveler les canalisations dans cette décennie, nous avons besoin de ce souffle financier extérieur.

    « Sécuriser nos outils de production, comme l’usine de Vivé, est un préalable indispensable avant toute bataille de gouvernance politique. »

    Comment imaginez-vous la place de la « Société Civile »dans cette nouvelle gestion ?

    C’est le maillon manquant actuel. L’usager ne doit plus être considéré comme un simple client captif qui subit les coupures. Nous demandons que la société civile soit intégrée de manière organique dans la gouvernance du Pôle Public de l’Eau.
    Cela signifie avoir des représentants des associations d’usagers et de protection de l’environnement au sein des conseils d’administration, avec un réel pouvoir de contrôle. C’est la seule garantie de transparence sur la formation du prix de l’eau et sur l’utilisation réelle des redevances. L’eau est un bien commun, pas une marchandise électorale.

    En conclusion, vous appelez à une « union technique ». Est-ce un message d’apaisement envoyé aux élus de la CTM et des EPCI ?

    Tout à fait. L’eau ne doit plus être un terrain de bataille où chaque camp tente de prendre l’ascendant. Mon message est simple : mettons les experts, les ingénieurs et les représentants des citoyens autour d’une table avec la CTM en facilitateur, et non en seul décideur.

    La CTM a un rôle historique à jouer pour impulser cette dynamique, mais elle doit le faire dans l’ouverture et le pragmatisme technique. Si nous réussissons cette union entre le public, le privé et le citoyen, alors seulement nous pourrons dire que nous avons réglé la question de l’eau pour les générations futures.

    Propos recueillis par Philippe Pied

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