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    Home » La question foncière, Agricole en Martinique, au-delà des idées reçues
    Actualité Le Regard de Gdc

    La question foncière, Agricole en Martinique, au-delà des idées reçues

    juin 11, 2026Aucun commentaire
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    Alors que les débats sur la souveraineté alimentaire, la concentration des terres et l’héritage des grandes propriétés occupent régulièrement l’espace public martiniquais, les données disponibles invitent à dépasser certaines idées reçues. Structure des cultures, répartition des surfaces agricoles, poids des friches, concentration foncière et enjeux de production dessinent une réalité plus complexe que les représentations souvent véhiculées.

    une agriculture plus diversifiée qu’on ne le croit  

     

    Selon les données du dernier recensement agricole exploitées par la Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DAAF), la structure de l’utilisation des terres agricoles martiniquaises apparaît plus diversifiée qu’on ne l’imagine généralement.

    Les cultures de la banane et de la canne à sucre occupent ensemble 8 974 hectares, soit 39 % de la surface agricole utile de l’île. La banane représente 4 987 hectares tandis que la canne couvre 3 987 hectares. Ces deux productions demeurent dominantes mais ne constituent pas l’intégralité du paysage agricole martiniquais.

    Plus surprenant encore, 31 % de la surface agricole utile est aujourd’hui constituée de friches, soit plus de 7 100 hectares. Les jachères représentent quant à elles 3 600 hectares, soit 16 % de la SAU. Les cultures dites de diversification couvrent environ 14 % des surfaces agricoles.

    Ces chiffres soulignent un paradoxe martiniquais : alors que la souveraineté alimentaire est régulièrement invoquée, une part importante des terres agricoles demeure sous-exploitée ou inutilisée.

    La concentration foncière : une réalité nuancée  

    Le débat foncier est également marqué par la question de la concentration de la propriété agricole.

    Selon les données croisées de la DAAF, de la SAFER et de plusieurs organisations professionnelles agricoles, les exploitants se déclarant comme martiniquais békés détiendraient environ 17,3 % de la surface agricole utile et réaliseraient 32,5 % de la production agricole locale.

    Rapportée à la superficie totale de l’île, cette détention représenterait environ 3,5 % du territoire martiniquais.

    Par ailleurs, le chiffre souvent cité de 52 % ne correspondrait pas à la propriété foncière globale mais à la part de la production bananière contrôlée par ces exploitants.

    Ces données montrent que la question foncière ne peut être réduite à une lecture binaire opposant grands propriétaires et reste de la population. Elle renvoie à des réalités économiques, historiques et productives plus complexes.

    Qui possède les plus grandes terres agricoles?

    Autre élément peu connu : parmi les principaux propriétaires fonciers agricoles figurent non seulement des acteurs martiniquais mais aussi des groupes extérieurs à l’île.

    Parmi les cinq plus grands propriétaires terriens agricoles figureraient la Collectivité Territoriale de Martinique, la famille Cayard à travers le groupe La Martiniquaise, la famille Bougenot via les Terres du Galion et le groupe italien Campari, propriétaire notamment des rhums La Mauny et Trois Rivières.

    Cette situation illustre l’importance des acteurs institutionnels, nationaux et internationaux dans la structuration du foncier agricole martiniquais.

    LE VÉRITABLE DÉFI : REMETTRE LES TERRES EN PRODUCTION

    Au-delà des débats identitaires ou mémoriels, les chiffres mettent en évidence un enjeu majeur : la mobilisation des terres disponibles.

    Avec plus de 10 000 hectares cumulés de friches et de jachères, la Martinique dispose théoriquement d’un potentiel foncier important pour développer les cultures vivrières, renforcer la souveraineté alimentaire et favoriser l’installation de nouveaux agriculteurs.

    La question centrale n’est donc pas seulement celle de la propriété des terres, mais aussi celle de leur utilisation effective, de leur transmission et des conditions permettant à une nouvelle génération d’agriculteurs d’y accéder.

    une question d’avenir plus que de mémoire.

     

    Le débat foncier martiniquais ne se limite pas à l’héritage du passé. Il pose également la question de l’avenir agricole de l’île, de sa capacité à nourrir sa population et à valoriser ses ressources disponibles.

    Dans cette perspective, l’enjeu majeur pourrait être moins de savoir qui possède la terre que de déterminer comment remettre davantage de terres en production au service du développement agricole, économique et alimentaire de la Martinique.

    Gérard Dorwling-Carter

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