« Aucun pays ne peut faire face à ces problématiques seul. »
Au terme de la conférence régionale de sécurité des Antilles tenue à Fort-de-France dans le cadre de la présidence française du G7, vingt-quatre pays, ainsi que le CARICOM IMPACS et l’ONUDC, ont endossé au 3 juillet l’Appel de la Martinique. Co-présidée par les ministères de l’Intérieur, de l’Europe et des Affaires étrangères et des Outre-mer, cette rencontre a réuni plusieurs jours durant autorités nationales, organisations régionales, services opérationnels et gestionnaires de ports et d’aéroports, autour d’une conviction commune : aucun pays ne peut faire face seul à ces réseaux. La déclaration engage ses partenaires sur trois fronts, démanteler les groupes criminels, sécuriser les zones stratégiques et renforcer les coopérations régionales, et acte le caractère désormais transatlantique des routes du trafic, des Caraïbes à l’Amérique latine, l’Afrique de l’Ouest et centrale, l’Europe et l’Amérique du Nord. Le texte reste ouvert aux États souhaitant le rejoindre.
Diplomatie régionale – Conférence de sécurité de Fort-de-France · présidence française du G7
Des réseaux mouvants qui gangrènent l’économie légale
Le constat qui ouvre la déclaration est sans détour. Les organisations criminelles adaptent leurs méthodes, exploitent les voies maritimes et aériennes, s’appuient sur les circuits interinsulaires et infiltrent aussi bien les chaînes logistiques des ports que les structures économiques légales. Elles diversifient leurs activités, blanchissent leurs profits, alimentent la corruption et le trafic d’armes, portent atteinte à l’environnement et recrutent des personnes vulnérables, en particulier des jeunes. Le bassin Antilles-Guyane paie un tribut croissant à cette pression : les saisies de stupéfiants en haute mer par les autorités françaises dans la zone ont atteint 35,7 tonnes en 2025, contre 28 tonnes l’année précédente, soit une hausse de 30 %. Au bout de la chaîne, ce sont la sécurité publique, la gouvernance démocratique, l’état de droit et le développement économique qui se trouvent compromis.
Démanteler les réseaux et frapper leurs finances
Le premier engagement vise le cœur du dispositif criminel. Les signataires entendent renforcer la coopération entre police, douanes et autorités judiciaires, au moyen d’opérations et d’enquêtes conjointes, d’une entraide en matière de sciences forensiques et d’un partage accru de savoir-faire sur les nouvelles routes et techniques de dissimulation. La déstabilisation des circuits de blanchiment occupe une place centrale : suivi des avoirs, saisie, confiscation et recouvrement des biens criminels. Surtout, la logique du « suivre l’argent » est étendue aux actifs virtuels, avec un renforcement des capacités de traçage et de gel et une coopération accrue avec le Groupe d’action financière et ses branches régionales, dont le GAFILAT. L’approche revendiquée reste globale, agissant à la fois sur l’offre et sur la demande, avec une attention portée à la prévention, au traitement et aux populations les plus exposées.
« Suivre l’argent jusque dans les actifs virtuels : traçage, gel, saisie et confiscation des produits du crime. »
Verrouiller les ports, les aéroports et les routes maritimes
Le deuxième volet cible les points de passage. La résilience des ports, des aéroports et des chaînes logistiques face aux infiltrations criminelles devient une priorité, tout comme la protection côtière et l’interception des marchandises illicites. Les partenaires s’engagent à travailler étroitement avec les opérateurs privés du transport maritime et des plateformes logistiques, en s’appuyant sur les bonnes pratiques recensées par le G7. L’initiative des chefs d’État et de gouvernement du G7+ de créer un réseau de ports est saluée, avec la volonté d’explorer des collaborations dans la région caribéenne. La déclaration encourage enfin le développement d’accords de poursuite transfrontalière et de procédures de visite de navires et de coordination rapides.
Un maillage régional adossé au cadre onusien
Le troisième engagement mise sur les alliances. Les signataires réaffirment leur soutien aux organisations régionales et internationales de lutte contre la criminalité transnationale : agence de la Communauté des Caraïbes pour la sécurité, Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, Système de sécurité régional, Organisation des États des Caraïbes orientales, Organisation des États américains, INTERPOL et mécanismes de coopération Union européenne-Amérique latine. Le rôle central de la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée et de la Convention de 1988 contre le trafic de stupéfiants est rappelé comme socle juridique commun. Dans le prolongement de la déclaration des chefs d’État et de gouvernement du G7 adoptée à Évian en juin, programmes de formation, centres de savoir-faire, traçabilité des armes à feu et opérations conjointes doivent prolonger cette dynamique, qu’une conférence de suivi sur la sécurité dans les Caraïbes viendra concrétiser.
« Un partenariat plus fort, plus coordonné, plus global et plus opérationnel, pour protéger nos sociétés. »





