Le Grand Port maritime de la Martinique a inauguré un Smart Grid destiné à transformer son terminal à conteneurs en infrastructure plus sobre, plus autonome et plus résiliente. Une réalisation stratégique, portée depuis 2019, qui associe production photovoltaïque, stockage d’énergie et pilotage intelligent. Nous publierons très prochainement une interview longue et détaillée de Kelly Mamadou, cheffe du service développement durable et innovation du Grand Port, et ne ratez-pas fin d’article, notre rubrique « 3 questions à… » qui prolongera le sujet avec Bruno Mencé, Philippe Jock, le préfet de Martinique et Kelly Mamadou.
Le Grand Port maritime de la Martinique n’a pas seulement inauguré un équipement technique. Il a présenté une nouvelle manière de penser l’énergie dans une infrastructure vitale pour le territoire.
Le terminal à conteneurs, véritable poumon logistique de l’île, entre dans une phase de transformation énergétique avec la mise en service d’un Smart Grid. Ce dispositif permet de produire de l’électricité solaire, de la stocker, puis de la réinjecter dans le réseau interne du port selon les besoins réels du terminal.
L’objectif est clair :
Réduire la dépendance aux énergies fossiles, maîtriser les coûts, renforcer la continuité d’activité et démontrer qu’une infrastructure lourde peut devenir plus sobre sans perdre en performance.
« Le port ne veut plus être seulement consommateur d’énergie. Il devient aussi acteur de sa production, de son pilotage et de sa résilience. »

Pour Bruno Mencé, président du directoire du Grand Port maritime de la Martinique, ce projet représente un investissement majeur, d’environ 11 millions d’euros. Il s’inscrit dans la stratégie du port et dans les ambitions nationales et européennes de décarbonation.
Le principe est simple dans sa finalité, mais complexe dans sa mise en œuvre : produire de l’énergie à partir de panneaux solaires, la stocker dans des batteries, puis l’utiliser intelligemment pour alimenter les activités du terminal. Le pilotage permet d’injecter l’énergie au bon endroit et au bon moment, en fonction des besoins.
Cette logique d’autoconsommation n’a pas seulement une dimension environnementale. Elle a aussi une portée économique. Moins dépendre de l’énergie extérieure signifie mieux maîtriser les charges d’exploitation. Dans un contexte de hausse des coûts et de vulnérabilité des territoires insulaires, l’enjeu est important.
Mais le projet prend toute sa dimension lorsqu’il est question de résilience. Le port doit pouvoir fonctionner en cas de crise climatique, de coupure du réseau ou de difficulté majeure d’approvisionnement énergétique. Le Smart Grid est donc couplé à un groupe électrogène de 1 650 kVA et à une cuve de 40 m³, permettant d’assurer une autonomie d’environ quinze jours pour les opérations essentielles.
Concrètement, le terminal pourrait continuer à fonctionner avec deux portiques, les bureaux et environ 60 prises reefers alimentées. Pour un territoire insulaire, cette capacité n’est pas secondaire. Elle touche directement à la sécurité logistique de la Martinique.
Les chiffres clés
Investissement : environ 11 millions d’euros
Puissance photovoltaïque : 1,3 MWc
Autonomie énergétique actuelle du terminal : environ 46 %
Objectif annoncé : tendre vers 100 % à l’horizon 2030
Groupe électrogène associé : 1 650 kVA
Cuve de carburant : 40 m³
Autonomie en cas de crise : environ quinze jours
Capacité maintenue : deux portiques, les bureaux et 60 prises reefers
Genèse du projet : 2019
Durée de concrétisation : environ six ans
Partenaires financiers cités : État, CTM, FEDER, AFD
Philippe Jock, président du conseil de surveillance du Grand Port maritime, a rappelé que ce projet n’est pas né d’un simple effet d’opportunité. Il s’inscrit dans une vision portée dès 2019 par Jean-Rémy Villageois, alors président du directoire, et Kelly Mamadou, cheffe du service développement durable et innovation.
L’idée de départ était forte : un port moderne ne peut plus mesurer sa performance uniquement à ses résultats économiques. Il doit également prendre en compte son empreinte énergétique et environnementale.
Ce choix a demandé de l’audace. Il fallait investir avant que les obligations réglementaires ne l’imposent, convaincre la gouvernance du port, mobiliser les financeurs et construire une solution adaptée à une zone industrielle importante, très consommatrice d’énergie.
« Ce que le Grand Port inaugure, c’est aussi un démonstrateur pour la Martinique. »
Cette notion de démonstrateur a été reprise par plusieurs intervenants. Car si le Smart Grid fonctionne sur une installation aussi stratégique que le terminal à conteneurs, il peut inspirer d’autres sites : zones industrielles, bâtiments publics, communes, infrastructures critiques, grandes surfaces de toiture ou sites économiques majeurs.
Alexandre Ventadour, représentant du président du conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Martinique, a souligné cette dimension. Pour lui, cette réalisation montre que la transition énergétique n’est plus seulement un discours. Elle devient une réalité opérationnelle, visible, mesurable.

Il a aussi rappelé que la Martinique doit progresser vers davantage d’autonomie énergétique. Dans un monde marqué par les tensions internationales, les coûts de l’énergie, les crises climatiques et la dépendance aux énergies fossiles, produire localement une partie de son énergie devient un enjeu de souveraineté pratique.
Le préfet de Martinique, Étienne Desplanques, a insisté sur le passage des plans à l’action. Les programmations, les schémas et les stratégies sont nécessaires, notamment pour orienter les financements publics. Mais ils prennent tout leur sens lorsqu’ils aboutissent à des réalisations concrètes.

Selon lui, le Grand Port maritime de la Martinique prend de l’avance. Les compagnies maritimes seront, dans les années à venir, de plus en plus attentives au bilan carbone des ports. Une infrastructure capable de proposer une énergie plus décarbonée et une meilleure résilience peut donc devenir plus attractive et plus compétitive.
Le Smart Grid du Grand Port maritime n’est donc pas seulement un équipement énergétique. Il constitue un signal. Il montre que la transition écologique peut être à la fois environnementale, économique, industrielle et stratégique.

Il pose aussi une question pour l’avenir : comment faire de cette expérience un modèle reproductible en Martinique ? La réponse passera par les financements, mais aussi par les compétences locales, la maintenance, l’ingénierie, la formation et la capacité des acteurs publics et privés à travailler ensemble.

Kelly Mamadou, qui a suivi ce projet depuis sa genèse, aura un rôle important pour expliquer cette trajectoire. Son interview longue et détaillée, que nous publierons très prochainement, permettra de revenir sur les choix techniques, les difficultés rencontrées, la place du stockage, l’objectif des 100 % à l’horizon 2030 et les enseignements que la Martinique peut tirer de cette réalisation.
Philippe Pied








