Neuf élus appartenant à la majorité d’Andréa Mauzole ont démissionné du conseil municipal du Morne-Rouge. Cette rupture spectaculaire, survenue quelques mois après les élections, révèle de profondes divergences sur la gouvernance de la commune. Elle ne devrait toutefois pas entraîner automatiquement un nouveau scrutin.
Les tensions qui traversaient la majorité municipale du Morne-Rouge sont désormais publiques. Après plusieurs semaines de rumeurs, neuf élus ont remis leur démission. Leurs lettres auraient été reçues par le préfet de la Martinique le lundi 24 août.
Parmi les démissionnaires figurent notamment la troisième adjointe, Karyne Alexandre Sabin, et la cinquième adjointe, Dana-Elle Georges. Selon les premiers éléments rendus publics, les élus concernés reprocheraient à la maire Andréa Mauzole une gouvernance trop solitaire, un manque de dialogue ainsi qu’une insuffisante concertation sur les principales décisions intéressant la commune.
Cette crise avait été annoncée dès la fin du mois de juillet par Martinique La Première, qui faisait alors état de fortes tensions au sein du conseil municipal et de possibles démissions. Un mois plus tard, la rupture est devenue effective.
Andréa Mauzole affirme rester sereine
Interrogée par Radio Caraïbes International, la maire du Morne-Rouge a assuré ne pas se sentir fragilisée. Elle rappelle avoir été élue sur la base d’un engagement pris devant la population et affirme conserver le soutien de quatorze conseillers municipaux.
« Je suis sereine. Depuis le début de ce mandat, je suis attaquée », a-t-elle déclaré, estimant continuer à mettre en œuvre les engagements pour lesquels les électeurs lui ont accordé leur confiance.
Andréa Mauzole avait remporté l’élection municipale avec 1 496 voix, soit 58,74 % des suffrages, face à Jenny Dulys-Petit, qui avait dirigé la commune pendant dix-huit ans. La liste conduite par la nouvelle maire avait obtenu 22 sièges au conseil municipal.
Jenny Dulys-Petit n’a pas souhaité commenter directement la crise. L’ancienne maire dit avoir été surprise, comme une partie de la population et de ses représentants au conseil municipal, tout en soulignant que certaines personnes semblaient anticiper une telle évolution.
Une majorité politiquement affaiblie
Même si Andréa Mauzole conserve juridiquement son mandat, le départ simultané de neuf élus constitue un avertissement politique sérieux. Au-delà du nombre de démissions, la présence de deux adjointes parmi les partants révèle une fracture au sein même de l’exécutif municipal.
La maire devra désormais reconstruire une majorité suffisamment stable pour faire adopter les délibérations, voter le budget et conduire les projets de la commune. La question centrale ne sera donc pas seulement celle du nombre de sièges encore détenus, mais celle de la cohésion de la nouvelle équipe.
Les accusations formulées par les démissionnaires devront également être précisées. À ce stade, elles relèvent de prises de position politiques qui n’ont pas donné lieu à une réponse détaillée de la maire sur les méthodes de décision, la circulation de l’information ou la place accordée aux adjoints et aux conseillers municipaux.
La crise met néanmoins au premier plan une question essentielle dans toute majorité locale : comment organiser le débat interne sans paralyser l’action municipale ? Une victoire électorale importante ne suffit pas toujours à garantir la stabilité d’une équipe lorsque les responsabilités, les arbitrages et les décisions ne sont plus perçus comme suffisamment partagés.
Pas nécessairement de nouvelles élections
Ces neuf démissions ne devraient pas provoquer automatiquement de nouvelles élections municipales. La liste conduite par Andréa Mauzole comprenait 29 candidats et avait obtenu 22 sièges. Sept candidats non élus figurant à la suite de la liste pourraient donc être appelés à rejoindre le conseil municipal en remplacement des démissionnaires.
Si ces sept personnes acceptent de siéger, seuls deux postes resteraient vacants. Le conseil municipal demeurerait alors suffisamment complet pour poursuivre son fonctionnement, sous réserve des décisions administratives liées à la recomposition de l’assemblée.
Le seuil susceptible d’entraîner l’organisation d’élections municipales complémentaires ne serait donc pas atteint. Le Code général des collectivités territoriales prévoit en effet que les sièges devenus vacants sont d’abord attribués aux candidats suivants de la même liste.
La démission de deux adjointes pose cependant la question de la composition du nouvel exécutif. Le conseil municipal pourrait décider de réduire le nombre de postes d’adjoints ou procéder à de nouvelles désignations, dans le respect des règles applicables à un conseil dont certains sièges resteraient éventuellement vacants.
Une recomposition sous surveillance
La prochaine étape sera l’officialisation administrative des démissions, suivie de l’installation éventuelle des suivants de liste. Leur décision d’accepter ou non leur mandat déterminera la composition définitive du conseil municipal.
Cette recomposition permettra également de mesurer le rapport de force réel autour d’Andréa Mauzole. La maire affirme pouvoir compter sur quatorze élus, mais la stabilité de cette majorité devra être vérifiée lors des prochaines délibérations.
La commune du Morne-Rouge entre ainsi dans une période d’incertitude politique. Sans entraîner nécessairement un retour immédiat devant les électeurs, cette crise oblige la majorité municipale à clarifier sa méthode de gouvernance et à démontrer sa capacité à poursuivre son action malgré une rupture interne d’une ampleur inhabituelle. Gdc