Évoquant le sort de Joseph Ignace qui choisit la mort plutôt que la reddition face au rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe, Danielle Marceline dans le cadre de l’émission À Contretemps sur ZITATA TV est revenue surLa question du rôle de Napoléon Bonaparte dans le rétablissement de l’esclavage aux Antilles françaises.
Ce fait demeure l’un des sujets les plus débattus de l’histoire coloniale française. Si l’on affirme souvent que Napoléon a « rétabli l’esclavage » dans les colonies françaises en 1802, la réalité historique diffère sensiblement entre la Guadeloupe et la Martinique.
L’abolition révolutionnaire de 1794
Le 4 février 1794 (16 pluviôse an II), la Convention nationale adopte un décret abolissant l’esclavage dans toutes les colonies françaises. Cette décision historique intervient dans le contexte de la Révolution française et des révoltes d’esclaves qui secouent les colonies.
Toutefois, l’application de ce décret varie selon les territoires. En Guadeloupe, l’abolition est effectivement mise en œuvre. Les anciens esclaves deviennent juridiquement libres et participent à la défense de l’île contre les puissances étrangères.
La Martinique sous occupation britannique
Au moment où le décret d’abolition est adopté, la Martinique est occupée par les Britanniques depuis février 1794. L’administration française révolutionnaire n’y exerce plus son autorité et le décret n’y est jamais appliqué.
L’esclavage continue donc d’exister sans interruption dans l’île durant toute la période révolutionnaire. Lorsque la Martinique est restituée à la France en 1802 à la suite du traité d’Amiens, Napoléon retrouve une colonie où l’esclavage est toujours en vigueur.
Le rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe
En Guadeloupe, la situation est radicalement différente. L’abolition y a été appliquée pendant plusieurs années lorsque Napoléon décide de restaurer l’ordre colonial.
Cette décision provoque une résistance armée menée notamment par Louis Delgrès et Joseph Ignace. Refusant le retour à l’esclavage, Delgrès et ses compagnons choisissent le sacrifice plutôt que la soumission.
Une différence juridique importante
D’un point de vue strictement juridique et historique, Napoléon a bien rétabli l’esclavage en Guadeloupe. En Martinique, il n’y a pas eu de rétablissement au sens technique du terme, puisque l’abolition de 1794 n’y avait jamais été appliquée.
L’abolition définitive de 1848
Il faudra attendre le décret du 27 avril 1848 pour que l’esclavage soit définitivement aboli dans toutes les colonies françaises. En Martinique, la liberté est proclamée le 22 mai 1848. En Guadeloupe, elle est proclamée le 27 mai 1848.
Gérard Dorwling-Carter





