Le débat sur l’octroi de mer oppose deux lectures profondément différentes de l’économie ultramarine.
Pour Cyril Comte, ancien président du Medef Martinique et président du groupe Citadelle, cet impôt constitue l’un des principaux facteurs de la vie chère. Hérité de l’époque coloniale,
il serait devenu un mécanisme fiscal archaïque, opaque et pénalisant pour l’investissement, la concurrence et le pouvoir d’achat. Selon lui, l’octroi de mer taxe les biens importés, les équipements, les stocks et les produits de consommation courante, tout en épargnant les services. Il renchérit ainsi les coûts des entreprises, alourdit les prix payés par les ménages et entretient une complexité douanière peu compatible avec une économie moderne.
À l’inverse, Michel Branchi défend l’octroi de mer comme un outil économique et politique local.
Il conteste l’idée selon laquelle cette taxe serait principalement responsable de la vie chère. Selon lui, d’autres facteurs pèsent davantage sur les prix : fret maritime, taxes portuaires, marges de distribution, circuits d’importation et structure oligopolistique du commerce. Il rappelle aussi que la TVA rapporte davantage que l’octroi de mer et que le poids réel de ce dernier dans les prix de marché serait limité.
Michel Branchi insiste sur le « retournement » historique de l’octroi de mer : né comme impôt colonial, il serait devenu un instrument de financement des collectivités et de soutien au développement territorial.
Sa suppression ferait courir un risque majeur aux communes et aux régions ultramarines, dont les budgets dépendent fortement de cette ressource. Il y voit aussi un levier de protection de la production locale, indispensable dans de petites économies insulaires exposées à la concurrence des produits importés.
Le point central du désaccord porte donc sur la fonction économique de l’octroi de mer.
Pour Cyril Comte, il s’agit d’une barrière douanière dépassée, coûteuse et antiéconomique. Pour Michel Branchi, il constitue au contraire un instrument de protection, de redistribution et d’autonomie fiscale relative.
Le premier voit dans sa suppression une condition de modernisation économique ; le second y voit un désarmement productif et politique de la Martinique.
Au fond, le débat dépasse la seule question fiscale.
Il oppose deux conceptions du développement ultramarin : l’une fondée sur la baisse des coûts, la transparence fiscale et l’ouverture des marchés ; l’autre sur la protection de la production locale, le financement des collectivités et la préservation d’un pouvoir de décision territorial.
La vraie question n’est donc peut-être pas de savoir si l’octroi de mer doit être défendu ou aboli, mais comment le réformer sans aggraver ni la vie chère, ni la dépendance aux importations, ni la fragilité financière des collectivités locales.
Gérard Dorwling-Carter