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    Odyssi sous pression : entre hausse contestée, redressement financier et urgence des réseaux

    juin 8, 2026Mise à jourjuin 8, 2026Aucun commentaire
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    Odyssi : Yan Monplaisir face au pari difficile de la transparence et du redressement

    Élu président du conseil d’administration d’Odyssi le 21 mai 2026, le maire de Saint-Joseph hérite d’une régie communautaire de l’eau et de l’assainissement plombée par un déficit de quinze millions d’euros et un budget jugé insincère par la chambre régionale des comptes. Comment redresser une structure que ses propres interlocuteurs ne jugent plus crédible ? Faut-il augmenter les tarifs après dix-sept ans de gel, et à quelles conditions ? Qui doit payer le tarif social de l’eau, et comment financer des réseaux vétustes qui laissent fuir près de la moitié de l’eau produite ? Chef d’entreprise, Yan Monplaisir assume une feuille de route exigeante et répond sans détour sur l’avenir d’un service public essentiel.

    Interview réalisée le 1er Juin. 

    Vous prenez la présidence d’Odyssi dans un moment sensible. Dans quel état avez-vous trouvé la régie, et quelle a été votre première surprise en découvrant les dossiers ?

    Je n’ai pas vraiment eu de surprise, car je connaissais déjà la situation en tant qu’élu de la CACEM. Ce qui est important, c’est de comprendre que nous ne pouvons pas continuer comme ça. Nous sommes sur un déficit de l’ordre de quinze millions d’euros, et cela met en péril la structure elle-même, donc les gens qui y travaillent. Je comprends parfaitement la réaction de la population : beaucoup considèrent qu’il y a tellement à faire dans cette structure qu’il ne faut pas que ce soient les consommateurs qui paient le prix des erreurs du passé. C’est légitime, et le premier réflexe est de dire qu’il faut corriger les dysfonctionnements avant de venir chercher de l’argent dans la poche des usagers. Cela étant, c’est aussi une faute de gestion que de ne pas avoir réajusté les tarifs pendant dix-sept ans. Il y aura donc des mesures, dont j’ai commencé à discuter avec la direction : réduire le train des dépenses, améliorer la qualité de service, investir, et, parallèlement, ramener les tarifs à la réalité économique du secteur. Même après cet ajustement, nos prix resteront en dessous de ceux des autres territoires de la Martinique.

    « Une entreprise qui perd quinze millions d’euros par an ne peut pas continuer ainsi : il faut rétablir les équilibres. »

    De quel niveau de tarifs parle-t-on aujourd’hui ?

    Le prix est aujourd’hui d’environ 7,04 euros à Espace Sud comme à Cap Nord, alors que nous sommes à 5,64 euros sur le territoire de la CACEM. Ce n’est pas réaliste. Je le redis : je comprends la réaction de la population, mais nous allons mettre en place un véritable plan de réforme. Cela demandera des efforts au personnel, il ne faut pas le cacher. Le personnel est souvent bien plus attaché à son entreprise qu’on ne le croit, et conscient de l’utilité de sa mission. Mais des habitudes ont été prises, il existe une résistance au changement et à une réorganisation efficace. Surtout, une perte de confiance générale a aggravé les difficultés : le personnel, les clients, l’État, les collectivités, la CACEM, les financeurs, tout le monde a perdu confiance dans cette structure. Dans ce contexte, si nous ne démontrons pas rapidement le sérieux de notre approche et si nous ne prenons pas les décisions qui s’imposent, nous ne sortirons pas de cette situation.

    De combien serait l’augmentation envisagée ?

    Je préfère parler d’ajustement. La limite, pour qu’il soit objectivé, c’est que nous demeurerons en dessous des prix pratiqués par les fermiers sur les autres territoires de la Martinique, les autres EPCI. C’est le plafond. Mais cela se fera démocratiquement, dans le cadre d’une discussion avec le conseil d’administration, et répondra à l’ajustement nécessaire une fois que nous aurons créé des conditions de coûts d’exploitation que je qualifierais de normales. L’augmentation n’est pas une fin en soi : si elle ne s’avérait pas nécessaire, elle n’interviendrait pas. Mais je ne peux pas considérer qu’une entreprise, car pour moi c’est une entreprise, qui supporte un déficit budgétaire de quinze millions d’euros et des pertes d’exploitation actuellement de l’ordre de huit à dix millions, puisse continuer ainsi. Il faut rétablir les équilibres.

    Beaucoup d’usagers ont le sentiment de payer une eau chère, bientôt plus chère, tout en subissant des coupures. Un plan est-il prévu pour réduire ces coupures en parallèle ?

    C’est exactement ce que je veux dire quand je parle d’investir de façon massive. Il faut nous réorganiser et investir. Il ne saurait être question d’augmenter les prix tout en laissant le déficit et le mauvais service. Le service sera amélioré, c’est un objectif clair, mais nous n’y arriverons pas sans réformer la structure. La réforme passe par un ensemble de leviers sur lesquels nous devons agir simultanément pour retourner la situation et offrir le service que les gens sont en droit d’attendre.

    « Tout le monde a perdu confiance dans cette structure. Mon premier chantier, c’est de la rétablir, dans la transparence. »

    Comment convaincre une population déjà confrontée à la vie chère de consentir à cet effort ?

    Je veux d’abord rétablir la confiance. Nous avons perdu celle d’une large partie du personnel et de tous nos interlocuteurs, parce qu’aucune décision courageuse n’a été prise depuis des années. Je suis convaincu que les consommateurs savent que l’eau ne peut pas être gratuite et que les tarifs devaient être réajustés. Mais leur sentiment, c’est que les efforts doivent d’abord être faits à l’intérieur de la structure avant de venir chercher l’argent dans leur poche. Les usagers peuvent être certains d’une chose avec moi : j’agirai dans la transparence. Je dirai les choses, même difficiles à entendre, je prendrai les décisions, même difficiles à prendre, et je remobiliserai toutes les énergies, à l’intérieur comme à l’extérieur d’Odyssi, pour que nous puissions marcher la tête haute, ce qui n’a pas toujours été le cas.

    Les dérives constatées par le passé ont-elles alimenté cette perte de confiance ?

    Les deux sont liés. S’il y a eu des dérives, c’est sans doute parce qu’il y avait du désordre, et s’il y avait du désordre, c’est aussi parce qu’il y avait des dérives. Ceux qui ont pu commettre des irrégularités n’étaient peut-être pas enclins à souhaiter un ajustement tarifaire : le service étant mauvais, ils ne voulaient pas créer de tensions supplémentaires avec les consommateurs. C’est d’ailleurs, paradoxalement, le personnel de la structure qui a déclenché la procédure d’alerte. Les salariés étaient inquiets, on ne leur donnait pas toutes les informations de manière transparente. Or il s’est avéré, a posteriori, que ce qu’ils dénonçaient était pertinent. D’où cette double perte de confiance.

    Vous prenez la présidence d’Odyssi dans un moment où la régie doit à la fois restaurer sa crédibilité, maîtriser ses comptes et améliorer le service rendu aux usagers. Êtes-vous prêt à assumer des décisions difficiles, y compris si elles suscitent des critiques ?

    Je rends service à mon pays. Le temps d’une carrière politique, si tant est qu’il ait existé, est passé, et je n’ai jamais eu cette démarche. J’estime avoir de l’expérience dans certains domaines et sans doute quelques compétences, mais surtout, ce qui a fait défaut jusqu’ici, c’est le courage, et puis cet imbroglio politique. Il faut appeler un chat un chat : Odyssi en a incontestablement souffert.

    « L’eau doit être accessible à tous et répartie équitablement. Nul ne peut se l’approprier au détriment des autres. »

    Cette situation est-elle, selon vous, le fruit d’un héritage politique ?

    Je pense que oui. À partir du moment où l’on mêle des contingences politiciennes, et pas même politiques, à la gestion, cela génère une distorsion. La gestion doit reposer sur des principes de rigueur, des principes cartésiens. La politique, elle, est l’art d’assouplir les nécessités. À ce carrefour, on prend trop souvent la mauvaise direction et on s’y entête. On a fermé les yeux, on a été indulgent, on a accompagné. Autant de choses qu’il ne faut pas faire quand on a des responsabilités de gestion.

    Vous parlez de rigueur, mais aussi de dimension humaine. Comment comptez-vous concilier les deux ?

    Il ne faut pas se déconnecter de l’accompagnement humain. Par exemple, il va falloir réduire les effectifs d’Odyssi, nous n’avons pas le choix. Mais on ne peut pas le faire brutalement : nous accompagnerons la transition par les départs à la retraite, ce qui prendra du temps. Nous mettrons aussi en place un tarif social de l’eau, pour que les plus démunis y aient accès et ne soient pas pénalisés par le réajustement. Mais un tarif social, cela signifie que quelqu’un doit payer, et ce n’est pas à Odyssi de le faire. C’est une décision politique, et son coût doit être supporté par l’instance qui fait ce choix, c’est-à-dire la CACEM. Je veux que les personnes aux revenus modestes ne soient pas pénalisées dans l’achat d’eau, car chacun a le droit d’avoir de l’eau. Mais on ne peut pas subventionner l’eau pour tout le monde, systématiquement. Comment expliquer que, dans d’autres parties de la Martinique, des ménages aux revenus parfois plus faibles paient un certain prix, et qu’on m’explique que ce ne serait pas possible sur le territoire de la CACEM ? Ce n’est pas défendable.

    Quel est le calendrier de cet ajustement, et qui décide réellement ?

    Il faut rappeler qu’il y a un président, mais que les décisions sont prises par le conseil d’administration, à la majorité. Le président propose, puis le texte est soumis au vote. Nous allons proposer un plan de redressement. Un projet existait déjà avant mon arrivée, sous la présidence de Daniel Chomet, et même avant, sous celle d’Yvon Pacquit, et il prévoyait déjà une augmentation. Simplement, personne n’a eu le courage de le dire. Nous avons d’ailleurs déjà réajusté les tarifs pour les entreprises depuis juillet 2025.

    La nouvelle tarification résultera du plan de redressement en cours d’élaboration. Le moment dépendra de la mise en place de la tarification sociale, c’est-à-dire des modalités permettant de donner de l’eau aux personnes dans le besoin. Compte tenu des délais de vote et de mise à disposition budgétaire, par exemple via la CACEM, ce sera vraisemblablement sur le dernier trimestre de cette année.

    Comment se compose ce conseil d’administration ?

    Il compte vingt-trois membres : des maires, des personnalités qualifiées choisies par les différentes instances, des représentants des consommateurs et de quelques structures parapubliques. Les décisions se prennent à la majorité. Le président propose au regard du plan arrêté en concertation avec la direction, il argumente, et les administrateurs décident. Je suis moi-même administrateur, je voterai donc, et j’espère que chacun prendra ses responsabilités. Car le dernier budget a été arrêté par le préfet en déséquilibre de quinze millions d’euros. Nous ne pouvons pas continuer ainsi : pour voter un budget, il faut qu’il soit à l’équilibre. Si l’ajustement des tarifs s’avère nécessaire et que des élus s’y opposent, il leur faudra trouver d’autres moyens de rétablir l’équilibre. Nous, nous chercherons à réduire autant que possible le montant de cet ajustement, mais il y a des réalités.

    La Martinique débat d’une gestion et d’une tarification uniques de l’eau. Le Sénat a adopté en mars une habilitation en ce sens. Qu’en pensez-vous ?

    Distinguons les choses. La CTM a voté, à l’unanimité des présents, une démarche visant à dessaisir les maires et les EPCI de leur compétence sans véritablement les consulter, en demandant une loi d’habilitation pour transférer cette compétence, vraisemblablement vers la CTM, qui serait l’autorité organisatrice. Cela n’a pas de sens et c’est antidémocratique. On n’a consulté ni l’association des maires, ni les maires, ni réellement les EPCI. Il y a eu un entretien avec les présidents d’EPCI, mais sans qu’on formule explicitement qu’une autorité unique serait confiée à la CTM. Seule Cap Nord a été consultée, à la demande du sénateur Guillaume Chevrollier, rapporteur du texte, et a marqué son désaccord. Ce sénateur de l’Hexagone demandait une réponse sous quinzaine, en pleine campagne des municipales. Voilà pour l’aspect juridique.

    Sur le fond, rien ne garantit qu’une autorité unique soit plus performante que les trois EPCI actuels. En Guadeloupe, l’autorité unique mise en place par le préfet en 2021 est une catastrophe, c’est dans toute la presse.

    L’autorité unique des transports en est un autre exemple. Nous sommes par ailleurs plus proches des consommateurs. Les élus de la CTM sont élus à la proportionnelle et ne rendent pas compte directement à une population donnée, alors que les maires, eux, sont en première ligne. Demain, si cela ne fonctionne pas, comme pour les transports, les élus de proximité diront que ce n’est pas de leur fait, mais de celui de la CTM. Aujourd’hui, ils ont plus de mal à se défausser. Enfin, si le législateur a confié cette compétence d’abord aux maires, puis aux EPCI, c’est bien parce que c’est le bon niveau.

    Vous opposez-vous donc à toute mutualisation ?

    Pas du tout. Ce que j’approuve, c’est la création d’une autorité unique de gestion de la ressource, c’est-à-dire de la production. Mettre en commun toutes les usines de production et les points de prélèvement dans une structure qui revendrait l’eau aux trois EPCI à un prix unique. Car il existe une grande disparité dans les coûts de production : pour prendre un extrême, la source de Morestin produit à environ huit centimes le mètre cube, tandis que l’usine de Vivé serait autour de cinquante-cinq centimes. Entre les deux, on trouve les unités de Durand, de Rivière Blanche, de Saint-Joseph ou de Didier, autour de vingt centimes. Cette disparité est liée à l’accès et à la nature de la ressource. Un prix unique de vente aux fermiers serait beaucoup plus équitable. Cette autorité unique de production aurait la charge de répartir la ressource, plus équitablement, et l’on ne verrait plus certains préférer rejeter l’eau dans la nature plutôt que de la mettre à disposition de leurs voisins.

    Certains estiment que le problème de l’eau relève davantage de la gouvernance que du manque de moyens. Partagez-vous ce diagnostic ?

    J’en suis convaincu, ce n’est pas un problème de moyens. L’argent existe : l’État est prêt à aider, des prélèvements sont opérés sur les factures des consommateurs, vingt centimes reversés aux EPCI, d’autres sommes prélevées pour le compte de l’Office de l’eau, et il y a d’importantes subventions du FEDER, de l’État ou des collectivités mobilisables. Il n’y a donc pas de problème d’argent ni réellement de ressource. Il y a un problème de répartition de la ressource, car une partie du territoire a de l’eau et une autre n’en a pas, et un problème de réseaux : leur qualité, leur rendement. Cela nécessite de gros investissements.

    On dit qu’il n’y a pas de problème d’argent, et pourtant rien ne se fait. Pourquoi ?

    Dans le cas d’Odyssi, c’est purement technique. Odyssi ne peut plus être financée parce qu’elle n’est plus crédible. L’Office de l’eau, qui finance une bonne partie des investissements, refuse de financer Odyssi, car celle-ci lui doit vingt millions d’euros. Ces vingt millions ont été prélevés par Odyssi sur les factures, mais cet argent n’est pas le sien : Odyssi n’est que collecteur, et il aurait dû revenir directement à l’Office de l’eau. L’Office dit donc, à juste titre, que nous lui devons déjà vingt millions et se demande comment il pourrait nous financer davantage. L’État, lui, parle de gabegie. Et les financiers se demandent comment on les rembourserait, puisque nous ne parvenons déjà pas à payer les charges courantes. Odyssi n’est plus bancable.

    Votre objectif est donc de rendre Odyssi de nouveau bancable ?

    Schématiquement, oui. Quand nous aurons restauré la confiance, quand nos interlocuteurs auront compris que nous prenons le problème à bras-le-corps et que nous prenons maintenant des décisions incontournables, ils seront à l’écoute. Avec eux, nous pourrons bâtir un programme de financement des investissements sur plusieurs années. C’est un cercle vertueux : ces investissements amélioreront les rendements et nous perdrons moins d’eau dans la nature. Aujourd’hui, quand on met deux litres dans le réseau, il en arrive à peu près un seul chez le consommateur. Cette eau perdue, nous la payons en production et en transformation de l’eau brute en eau potable, et cela génère des insuffisances et des coupures chez l’usager. Car lorsque l’eau se perd, il faut en produire davantage, et en période de carême, quand la ressource est réduite, nous n’avons pas assez de production pour alimenter régulièrement.

    Chiffrons les besoins. Combien faudrait-il pour résoudre, notamment, le problème des canalisations sur le territoire de la CACEM ?

    Il y a d’abord un plan d’urgence sur les compteurs : beaucoup ne fonctionnent pas, ne débitent pas normalement ou ne sont pas en télérelève. Rien que pour les compteurs, c’est environ quinze millions d’euros. Pour la remise en état des réseaux, pas leur reconstruction, mais le traitement des portions où les fuites sont trop importantes, il faudra au moins dix millions d’euros par an pendant plusieurs années. Au total, sur la CACEM, l’ensemble des investissements des dix prochaines années tournera, si l’on veut un bon résultat, autour de quinze millions d’euros par an, soit cent cinquante millions d’euros sur dix ans. Avec des ajustements, et la situation devrait s’assainir progressivement.

    Vous êtes maire de Saint-Joseph. Cette expérience de terrain vous donne-t-elle une vision différente de la gestion de l’eau ?

    Oui, et c’est même par là que tout a commencé. Si je me suis intéressé au dossier de l’eau et que j’en ai mesuré peu à peu la complexité, c’est précisément parce que je suis maire de Saint-Joseph. Il y a deux ou trois ans, lors d’une période de sécheresse, certains de mes administrés sont restés plusieurs semaines sans eau, tandis que d’autres régions “sèches”, ne subissaient aucune coupure. J’ai trouvé cela aberrant, d’autant que là où l’eau abondait, ce n’était pas là que se trouvait la ressource. J’ai alors compris le poids historique des fermiers dans l’organisation de la distribution et de la production, un poids dominant jusqu’à très récemment, avec des complicités locales. C’est pourquoi j’ai participé à une occupation symbolique de l’usine de Rivière Blanche. Non pour priver les autres d’eau, mais pour exiger une répartition équitable de la ressource, pour que les habitants de Saint-Joseph ne soient pas privés d’eau au profit d’autres, alors que celui qui tenait la vanne était le client de celui qui détenait l’eau.

    Cela renvoie-t-il à une certaine idée de la solidarité entre Martiniquais ?

    Absolument. Prenez la source de Morestin, au Morne-Rouge : on évalue d’ailleurs son potentiel, car elle pourrait produire bien davantage. Ce qu’elle produit déjà suffit à alimenter une bonne partie de la Martinique, au point que, lorsque la conduite arrive à Case-Pilote, on rejette une partie de l’eau dans la nature, alors qu’à quelques centaines de mètres, les travaux de connexion étant déjà faits, des gens n’ont pas d’eau. Nous, Martiniquais, ne devons plus raisonner ainsi. Je souhaite qu’on tourne le dos à cette manière de faire. L’eau doit être accessible à tous et répartie équitablement. S’il y en a en quantité, chacun en profite ; s’il faut la rationner, que ce soit équitablement. Chacun doit faire un effort, du centre, du sud ou du nord, et nul ne peut s’approprier l’eau au détriment des autres.

    Odyssi doit-elle rester un simple gestionnaire de l’eau, ou peut-elle devenir un acteur majeur de la transition écologique, par l’assainissement et la réutilisation des eaux usées ?

    C’est déjà le cas. L’assainissement est essentiel sur le plan environnemental, même si les usagers s’en plaignent moins, car ils en sont moins directement affectés. La qualité de l’eau sur le territoire de la CACEM n’est que rarement mise en cause par des dysfonctionnements de l’assainissement, ce qui signifie qu’il fonctionne relativement bien. C’est important de le souligner. Nous détenons déjà cette compétence. On le voit avec le traitement des boues : Odyssi s’est vu proposer une hausse sensible de son coût, ce qui nous conduira à réfléchir à notre capacité à traiter nous-mêmes nos boues.

    Les épisodes de sécheresse risquent de se multiplier avec le changement climatique. Comment s’y préparer ?

    C’est précisément ce qui me conduit à dire qu’il faut investir massivement. Nous allons construire des réservoirs supplémentaires pour augmenter notre capacité de stockage, notamment du côté de l’unité de production de Didier, sur les hauteurs de Schœlcher. Il faudra aussi accéder à de nouvelles ressources, c’est ce que nous faisons avec des forages pour récupérer une partie de l’eau de la nappe phréatique. L’un fonctionne déjà, un autre sera mis en service prochainement. Il y a également un forage au Lamentin que j’ai demandé d’étudier : son eau pose des problèmes de qualité, on y retrouve certains produits chimiques d’origine agricole. Impropre à la consommation sans traitement lourd, elle pourrait servir d’eau brute pour des usages industriels, sur les zones d’activité, par exemple pour la SARA, gros consommateur, ou le lavage des camions. Tout cela ne nécessite pas une eau potable. Nous allons donc étudier le coût et l’intérêt d’une liaison partant de la plaine du Lamentin et desservant cette zone jusqu’à Rivière-Roche.

    À la fin de votre mandat, quel bilan aimeriez-vous que les Martiniquais dressent de votre action ? Que serait, pour vous, une réussite ?

    Une réussite, ce serait que les Martiniquais se disent que tout est possible, mais que tout passe par l’effort, par la vérité, par la transparence, et par un mot que nous devrions avoir à l’esprit, surtout lorsqu’on aime son pays et qu’on exige le respect : la responsabilité.

    Si, au terme de ce mandat, j’ai démontré qu’en étant responsables, les Martiniquais peuvent se prendre en main et assurer leur avenir, j’aurai le sentiment d’avoir servi ce pour quoi je me suis battu presque toute ma vie : dire aux gens qu’il ne faut pas s’installer dans la victimisation, mais qu’il faut s’assumer. J’ai été choqué lorsqu’un haut responsable de l’administration m’a dit que l’on ne pouvait tout de même pas nous confier l’usine de Rivière Blanche, vu la manière dont Odyssi est gérée. Cela signifie que nous sommes perçus comme incapables, comme des assistés, et que nous en sommes nous-mêmes responsables, par nos postures et nos renoncements. Si nous n’assumons pas nos responsabilités, on ne nous respecte pas.

    Propos recueillis par Philippe Pied

    A noter que le 6 juin, le Comité citoyen du Sud de Martinique a publié une lettre ouverte adressée à Yan Monplaisir, président d’Odyssi. Le CCSM y dénonce l’hypothèse d’une hausse pouvant atteindre 40 % du prix de l’eau et de l’assainissement, estimant que les usagers ne doivent pas payer les conséquences des erreurs de gestion passées. L’association demande le renoncement à toute hausse tant que des réformes structurelles, un plan d’urgence sur les fuites, davantage de transparence et une concertation avec les usagers n’auront pas été engagés. VOIR LE COMMUNIQUÉ DU CCSM

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