Ici un article écrit par le Père Pierre Henderson, issu du superbe magazine trimestriel Transandans, disponible depuis le 13 juin dans toutes les paroisses de Martinique, cet article consacré à la chapelle de Petite Anse nous plonge dans une page méconnue du patrimoine religieux martiniquais. Ce texte, que nous reproduisons ici, est issu du numéro de juin 2026 de cette revue dédiée à l’art et à la culture chrétienne en Martinique.

Ce nouveau numéro, intitulé « Empreintes du sacré« , explore la place du sacré dans notre territoire, des lieux naturels aux lieux bâtis, et montre combien ces repères continuent de cimenter notre société. On y retrouve également plusieurs autres sujets passionnants, notamment une interview d’Orlane sur la paix et l’amour universel, un atelier consacré à Alexandre Audel et à l’argile en héritage, ainsi qu’un dossier patrimoine sur l’art déco dans nos églises.
Une revue à découvrir pour mieux regarder ce que nos paysages, nos chapelles, nos églises et nos mémoires disent encore de la Martinique.
Philippe Pied
Dans la commune des Anses-d’Arlet, la chapelle dédiée à Notre-Dame de la Salette fut, autrefois, le centre d’un pèlerinage important. Aujourd’hui, Titi Jean-Alphonse et quelques paroissiens continuent d’entretenir le site et le souvenir des anciens.
Derrière son apparente simplicité se cache une histoire étonnante. Édifiée sur la plage de Petite Anse en 1922, la chapelle peinte en bleu, abrite une statuette de Notre-Dame de la Salette arrivée par la mer ! Titi Jean-Alphonse, paroissien, évoque le récit de ses aïeux qui ont assisté au débarquement de la statue.

« Un soir, les pêcheurs de Petite Anse qui étaient chez eux, ont vu un bateau en feu arriver vers le rivage. Il faisait déjà très nuit. Tout ce dont se souviennent les anciens, c’est que lorsqu’ils se sont approchés, la première chose qu’ils ont faite a été de débarquer une statue qui se trouvait à bord. Elle a été déposée dans le petit oratoire qui se trouvait là. Le bruit s’est rapidement étendu et dès le lendemain, tout le monde est venu voir ce qui s’était passé. Il y a un mystère autour de cette histoire, on ne sait pas si les naufragés sont repartis, ni à qui la statue était destinée, tout ce qu’on sait c’est qu’ils l’ont laissée aux habitants de Petite Anse. Au fur et à mesure, tous les soirs de plus en plus de personnes venaient prier sur le site et depuis les fidèles n’ont jamais cessé de venir s’y recueillir. »
Dans une grande ferveur, les habitants de Petite Anse décidèrent de construire, à la place de l’oratoire, une chapelle pour abriter Notre-Dame de la Salette. La Vierge est figurée les mains jointes cachées par de larges manches, avec un diadème de rayons dorés et une couronne de fleurs, elle porte sur sa poitrine une chaîne à laquelle pendent un crucifix, des tenailles et un marteau rappelant la crucifixion de Jésus. Le 22 décembre 1922, l’évêque est venu de Saint-Pierre bénir la statue.
« On venait au pèlerinage de toutes parts »

Pendant des décennies, un pèlerinage annuel se déroule à Petite Anse, tous les 19 septembre, date anniversaire de l’apparition mariale qui se serait produite en 1846 en haut du village de la Salette-Fallavaux, Isère, en France hexagonale*. Les habitants des Anses-d’Arlet instituèrent leur propre pèlerinage.
« C’est la première chapelle dédiée à Notre-Dame de La Salette créée en Martinique, bien avant celle de Sainte-Anne », insiste M. Jean-Alphonse. « Et on venait de toutes parts participer à la fête du 19 septembre. Les gens arrivaient en canot depuis Fort-de-France, du Diamant, mais aussi des communes environnantes par la route ! En période de pèlerinage, dans toutes les maisons, on préparait un méchoui, on jouait de l’accordéon, il y avait la fête dans tout le quartier. Il y avait une procession, avec quatre flambeaux, les enfants jetaient des fleurs et tout le monde s’habillait en blanc. Dans les années 1950, Mgr Marie-Sainte, alors qu’il n’était pas encore prêtre, est venu à Petite Anse avec des séminaristes, pendant le pèlerinage, ils dormaient à l’école car à cette époque les grandes vacances se terminaient fin septembre. Il y a aussi eu à la chapelle, un mariage, on y a célébré les rameaux. »
Valoriser le patrimoine
« Actuellement, il y a une messe une fois par mois, mais j’ai connu la messe tous les dimanches à 10 heures ! Lorsque les gens sont allés à Sainte-Anne fêter Notre-Dame de la Salette, ça a fait beaucoup de bruit, les Arlésiens n’étaient pas contents du tout. »
Depuis 1995, Titi Jean-Alphonse souhaite mettre en valeur ce patrimoine religieux et tente de redonner à la fête du quartier ses lettres de noblesse. « Le jour de la Fête de la Salette, la messe à Sainte-Anne c’est le matin, chez nous c’est le soir », précise l’Arlésien qui invite le plus grand nombre à participer à ce temps de recueillement et de convivialité.
* Le 19 septembre 1846, Maximin Giraud, 11 ans, et Mélanie Calvat, 14 ans, deux jeunes bergers disent avoir rencontré une « belle Dame » tandis qu’ils font paître leur troupeau sur la montagne de La Salette, en Isère. Depuis, l’endroit est un lieu de pèlerinage connu internationalement.





Dans la commune des Anses-d’Arlet, la chapelle dédiée à Notre-Dame de la Salette fut, autrefois, le centre d’un pèlerinage important. Aujourd’hui, Titi Jean-Alphonse et quelques paroissiens continuent d’entretenir le site et le souvenir des anciens.