France hexagonale et Outre-mer — données 2024 publiées en juillet 2026
En France, la pauvreté demeure à un niveau record
Malgré le recul de l’inflation et la hausse générale des revenus en 2024, la pauvreté ne diminue pas. Selon l’Insee, 9,8 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, soit 15,4 % de la population métropolitaine, un niveau record depuis le début des statistiques comparables en 1996. Les inégalités continuent également de se creuser : les 20 % des ménages les plus aisés disposent désormais de revenus 4,6 fois supérieurs à ceux des 20 % les plus modestes. Les chômeurs, les familles monoparentales et les enfants demeurent les catégories les plus exposées.
Une réalité encore plus préoccupante dans les Outre-mer
Les chiffres nationaux portent sur la France métropolitaine et ne rendent donc pas compte de l’ampleur de la pauvreté dans les territoires ultramarins. Or, dans la plupart d’entre eux, la pauvreté n’est pas seulement plus élevée : elle est devenue une donnée structurelle de la vie économique et sociale.
En Martinique et en Guadeloupe, plus d’un habitant sur quatre, et souvent près d’un sur trois selon les méthodes de calcul retenues, vit sous le seuil de pauvreté. À La Réunion et en Guyane, la proportion est encore plus forte. À Mayotte, elle atteint un niveau exceptionnel, touchant une large majorité de la population. Ces écarts montrent que la moyenne nationale masque des situations territoriales profondément inégales.
La faiblesse des revenus s’ajoute à un coût de la vie plus élevé qu’en France hexagonale. L’alimentation, les transports, l’énergie, le logement et de nombreux biens de consommation sont renchéris par l’éloignement, la dépendance aux importations, l’étroitesse des marchés et la concentration de certains circuits de distribution. Ainsi, un même revenu procure un niveau de vie inférieur dans les Outre-mer.
Le marché du travail constitue un second facteur déterminant.
Le chômage y demeure nettement supérieur à la moyenne nationale, notamment chez les jeunes, tandis que les emplois précaires, les temps partiels subis et les faibles rémunérations restent fréquents. Les familles monoparentales, très nombreuses dans plusieurs territoires, sont particulièrement exposées à la pauvreté, de même que les enfants et les personnes vivant seules.
Les situations diffèrent toutefois d’un territoire à l’autre.
En Martinique et en Guadeloupe, le vieillissement de la population, le départ des jeunes diplômés et la contraction démographique fragilisent les bases économiques et fiscales. En Guyane, la forte croissance de la population accroît les besoins en logements, en écoles, en soins et en emplois. À La Réunion, la pauvreté reste liée à un chômage durable et à une forte dépendance aux prestations sociales. À Mayotte, la pression démographique, l’habitat précaire et l’insuffisance des infrastructures produisent une situation sociale hors norme.
Les prestations sociales jouent un rôle essentiel d’amortisseur, mais elles ne peuvent remplacer une véritable stratégie de développement.
La réduction durable de la pauvreté suppose de créer davantage d’emplois productifs, de soutenir les entreprises locales, de renforcer la formation, d’améliorer l’accès au logement et aux services publics, et de réduire les surcoûts liés à la vie chère. Elle implique également une politique différenciée, adaptée aux réalités de chaque territoire plutôt qu’une simple transposition des dispositifs hexagonaux.
Le recul de l’inflation constitue donc une amélioration conjoncturelle, mais il ne corrige pas les déséquilibres profonds. Dans les Outre-mer, la pauvreté résulte d’un cumul de handicaps économiques, sociaux et territoriaux. La traiter exige de passer d’une logique de compensation à une politique de transformation structurelle, capable de garantir l’égalité réelle des chances et des conditions de vie.
G. Dorwling-Carter