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    Actualité

    Trafics illicites, Narcotraffic, Sécurité : depuis la Martinique, une riposte régionale, caribéenne et nationale se construit

    juin 30, 2026Mise à jourjuin 30, 2026Aucun commentaire
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    « Jamais la Martinique, jamais les Antilles françaises n’ont accueilli autant de délégations étrangères sur le sujet du narcotrafic et la sécurité. »

    Du 29 juin au 3 juillet 2026, a lieu LA conférence régionale de sécurité consacrée à la lutte contre les trafics illicites dans le bassin Antilles-Guyane.

    Narcotrafic, trafic d’armes, circulation des munitions, traite des êtres humains, blanchiment, corruption, sécurité des ports et des aéroports : les sujets abordés dépassent largement le seul cadre martiniquais.

    En réunissant en Martinique des États de la Caraïbe, d’Amérique latine, d’Europe, d’Amérique du Nord et plusieurs organisations internationales, la France veut affirmer une réponse collective face à des réseaux criminels de plus en plus mobiles, puissants et organisés.

    Le préfet de la Martinique, Étienne Desplanques, et le major général Stéphane Richou, directeur de la coopération de sécurité et de défense, ont tous deux insisté sur la nécessité d’agir ensemble, dans la durée, et bien au-delà du voisinage immédiat des Antilles françaises.

    Pour Étienne Desplanques, préfet de la Martinique, la conférence ouverte à Fort-de-France marque un moment inédit. Pendant une semaine, la Martinique devient un lieu de travail diplomatique, technique et sécuritaire autour d’un constat désormais partagé : les trafics illicites ne peuvent plus être traités à l’échelle d’une seule île, ni même uniquement à l’échelle nationale. Le ministère de l’Intérieur rappelle que les saisies de stupéfiants opérées par les autorités françaises en haute mer ont atteint 35,7 tonnes en 2025, contre 28 tonnes en 2024, soit une hausse de 30 % en un an. Ce chiffre donne la mesure d’un phénomène régional qui concerne directement les Antilles françaises. La conférence se déroule en deux temps : d’abord un séminaire technique, du 29 juin au 2 juillet, réunissant des responsables et spécialistes d’Amérique latine et de la Caraïbe ; puis, les 2 et 3 juillet, une séquence politique réunissant chefs d’État ou de gouvernement, ministres des Affaires étrangères, de l’Intérieur ou de la Justice. Pour le préfet, l’objectif est de permettre aux partenaires de « mieux se connaître », de partager leurs analyses, d’identifier les failles, mais aussi de préparer des propositions concrètes aux autorités ministérielles attendues en fin de semaine. Les échanges portent sur des sujets très opérationnels : l’état de la menace, l’échange de renseignement, les nouvelles techniques d’enquête, la protection des ports et des aéroports, la coopération judiciaire, les interventions en haute mer. Cette dimension technique est essentielle, car les trafiquants utilisent précisément les ruptures de coordination, les lenteurs administratives, les différences de moyens et les zones de moindre surveillance pour déplacer leurs flux.

    « Il faut que nous puissions répondre, anticiper, c’est ça le rôle de l’État. »

    Le major général Stéphane Richou, directeur de la coopération de sécurité et de défense, replace cette conférence dans une vision plus large. Pour lui, les trafics illicites doivent être compris dans leurs racines, leurs circuits, leurs modes d’organisation et leurs capacités d’adaptation. La réponse ne peut donc pas se limiter aux saisies, aux opérations ponctuelles ou aux annonces. Elle doit reposer sur une action de long terme, fondée sur la formation, le conseil, l’expertise et la coopération internationale. Les réseaux criminels apparaissent parfois plus rapides, plus souples et plus mobiles que les appareils d’État. Ils déplacent leurs routes, modifient leurs méthodes, changent de relais, exploitent les failles logistiques, maritimes ou judiciaires. Mais le général Richou refuse toute idée de résignation. Selon lui, les États disposent encore d’une puissance supérieure aux gangs, à condition de savoir l’organiser, l’anticiper et la coordonner. Il distingue ainsi deux niveaux de réponse : le temps long, celui de la coopération, de l’expertise et de la formation des partenaires ; et le temps court, celui de l’action immédiate face à une menace ou à un flux identifié. Cette articulation est décisive pour les Antilles françaises. Car les effets locaux des trafics, circulation d’armes, violences, économie souterraine, pressions sur les institutions, trouvent souvent leur origine dans des chaînes criminelles qui commencent très loin de la Martinique ou de la Guadeloupe. En accueillant cette session internationale sur le territoire français, la Martinique devient aussi le symbole d’une volonté : traiter les Antilles non comme une périphérie, mais comme un espace stratégique au cœur de la sécurité régionale.

    « On ne peut pas s’arrêter à une simple coopération de voisinage avec la Dominique et Sainte-Lucie. »

    Étienne Desplanques insiste sur ce point central : la Martinique doit évidemment travailler avec ses voisins immédiats, mais cela ne suffit plus. Le trafic de stupéfiants, comme le trafic d’armes, impose de remonter « plus en amont ». Les routes criminelles s’organisent sur plusieurs niveaux : pays de production, pays de transit, ports de rebond, zones de stockage, circuits maritimes, réseaux de distribution, puis marchés de destination. Pour le préfet, il faut donc renforcer les liens avec Trinidad-et-Tobago, la Jamaïque, Haïti, la République dominicaine, mais aussi avec des pays d’Amérique latine et d’Amérique centrale comme la Colombie, le Pérou, le Honduras ou le Panama. L’enjeu est de mieux connaître l’adversaire, ses routes et ses mutations. Les autorités observent notamment des réorganisations de certains flux. Lorsque la pression s’intensifie sur un axe, les narcotrafics peuvent se déplacer vers d’autres routes, d’autres ports, d’autres points d’entrée. Cette plasticité impose une coopération beaucoup plus large et beaucoup plus réactive. Pour les Antilles françaises, la question est très concrète : comment empêcher que les flux internationaux ne viennent nourrir les réseaux locaux, l’économie criminelle, la circulation des armes et la violence du quotidien ? La réponse passe par le renseignement partagé, la coopération judiciaire, la sécurisation des infrastructures sensibles, la surveillance maritime, mais aussi par des liens humains entre responsables de la zone. Dans ce type de lutte, savoir qui appeler, connaître ses interlocuteurs, comprendre leurs procédures et leurs contraintes peut faire gagner un temps précieux. La conférence de Fort-de-France sert aussi à cela : créer des habitudes de travail entre États confrontés à des menaces communes.

    « Quand on est confronté au même sujet, la meilleure manière de répondre aux enjeux qui sont les nôtres, c’est de répondre ensemble. »

    Cette phrase du Major Général Richou résume l’esprit de la semaine.

    La conférence régionale de sécurité des Antilles s’inscrit dans le cadre de la présidence française du G7, mais elle répond d’abord à une urgence territoriale. Elle accompagne aussi la présentation du Plan ANTI, le plan d’urgence de lutte contre le narcotrafic aux Antilles et en Guyane, lancé en janvier 2026. Ce plan repose sur cinq axes : renforcer la coopération régionale, établir un cordon sanitaire autour des territoires antillais et guyanais, accroître la présence sur le terrain, mieux cibler les profils sensibles et protéger les agents engagés dans cette lutte. Sur les 140 mesures initialement envisagées, 80 mesures concrètes ont déjà été retenues. Mais le cœur de l’enjeu reste la capacité à transformer les rencontres diplomatiques en résultats opérationnels. Il faudra, dans les mois à venir, mesurer ce que cette conférence aura permis : davantage d’échanges de renseignement, des enquêtes mieux coordonnées, des ports et aéroports mieux protégés, des interventions maritimes plus efficaces, une coopération judiciaire plus fluide, et une meilleure compréhension des routes criminelles. Pour la Martinique et les Antilles françaises, l’enjeu est majeur. La sécurité régionale n’est plus une question abstraite : elle concerne la protection des populations, la stabilité des institutions, l’économie locale, la jeunesse et la confiance dans l’action publique. En réunissant cette semaine autant de partenaires à Fort-de-France, la France affirme que la réponse aux trafics illicites ne peut être ni isolée, ni ponctuelle. Elle doit être régionale, coordonnée, durable et construite avec ceux qui font face aux mêmes menaces.

    Les pays et organisations associés à la conférence

    États membres de la CARICOM : Antigua-et-Barbuda, Bahamas, Barbade, Belize, Dominique, Grenade, Guyana, Haïti, Jamaïque, Saint-Christophe-et-Niévès, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Suriname, Trinité-et-Tobago.

    Principaux pays de production : Colombie, Pérou, Bolivie.

    Partenaires européens dans la Caraïbe : Pays-Bas, Royaume-Uni, Espagne, à travers le secrétariat général du programme EL PAcCTO.

    Partenaires régionaux : Brésil, République dominicaine, Costa Rica, Panama, Honduras, Guatemala.

    États du G7 mentionnés : États-Unis, Canada, Allemagne, Italie, Japon.

    Organisations internationales : ONUDC, OEA, AEC, CARICOM, Agence IMPACS, OECO, RSS.

    Union européenne 

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