Près de 3,4 milliards de personnes ne disposent pas d’un logement convenable. À l’occasion de la Journée mondiale de l’habitat, les Nations unies appellent à faire du logement une priorité publique : au-delà des murs, il faut garantir l’eau, la sécurité, un coût supportable et l’accès aux services essentiels.
À Mumbai, des tours modernes surplombent les habitations précaires des familles modestes. Cette proximité résume une contradiction majeure de notre époque : les villes peuvent se développer tout en laissant une partie de leurs habitants à l’écart du progrès. Construire davantage ne garantit pas, à lui seul, que chacun puisse se loger dignement.
Réunis le 5 octobre 2026 à Mascate, en Oman, pour la Journée mondiale de l’habitat, des représentants des gouvernements, de la société civile et du monde universitaire ont appelé à répondre à une crise qui touche près de 3,4 milliards de personnes. Plus d’un milliard vivent dans des bidonvilles ou des quartiers informels. D’autres sont sans abri ou ont été déplacées par les conflits, les catastrophes et les changements climatiques.
Avoir un toit, mais à quel prix ?
Un logement convenable ne se définit pas seulement par une construction solide. Il suppose aussi l’accès à l’eau potable, à l’assainissement et aux services essentiels, ainsi qu’une protection contre les expulsions arbitraires. Son coût doit permettre aux occupants de satisfaire leurs autres besoins.
Une famille peut ainsi disposer d’un appartement et consacrer une part si importante de ses revenus au loyer qu’elle doit réduire ses dépenses d’alimentation, de santé ou d’éducation. Un logement moins cher peut, à l’inverse, se trouver loin des emplois, des écoles et des transports. L’économie réalisée sur le loyer se paie alors en déplacements coûteux et en heures perdues.
Le paradoxe est là : avoir un toit peut protéger de la rue sans permettre de sortir de la précarité.
Quand le logement enferme dans la pauvreté
L’absence de services et de garanties juridiques aggrave cette fragilité. Sans eau potable ni installations sanitaires, les habitants sont davantage exposés aux maladies évitables. Sans sécurité d’occupation, ils vivent sous la menace de perdre leur habitation. Sans accès aux transports, leurs possibilités de travailler ou d’étudier se réduisent.
Pour ONU-Habitat, ces difficultés exigent une transformation des politiques publiques. Les réponses d’urgence sont nécessaires, mais elles doivent s’inscrire dans une action durable sur le foncier, les infrastructures, les quartiers et leur intégration à la ville.
Améliorer les quartiers informels signifie donc agir sur l’ensemble des conditions de vie de leurs habitants, en associant les communautés aux décisions qui les concernent.
Une responsabilité publique à assumer
Les Nations unies demandent aux gouvernements et aux collectivités locales de mieux coordonner leurs interventions. Le logement doit être pensé avec les transports, l’emploi, l’éducation et la santé. Les partenariats avec le secteur privé et la société civile peuvent contribuer à cette action, à condition de servir des objectifs d’accessibilité et de dignité.
Le financement constitue un obstacle majeur, particulièrement dans les pays en développement. António Guterres appelle à réformer l’architecture financière internationale pour leur permettre de mobiliser des ressources suffisantes, prévisibles et abordables.
Investir dans le logement convenable permet de réduire la pauvreté, de combattre les inégalités et de mieux protéger les populations face aux risques climatiques. La question dépasse donc largement le secteur de la construction : elle engage la manière dont une société organise l’accès aux conditions essentielles d’existence.
La Journée mondiale de l’habitat ouvre cette année une campagne de mobilisation qui se poursuivra jusqu’au 31 octobre, Journée mondiale des villes. Son enjeu tient dans une exigence simple : faire en sorte que le droit au logement se traduise, pour chacun, par un lieu où vivre en sécurité, se soigner, apprendre et préparer l’avenir.
Source : article d’ONU Info fourni, publié le 5 octobre 2026.