Mercredi, sous l’impulsion du président du Conseil exécutif, Serge Letchimy, s’est déroulée une rencontre des acteurs martiniquais pour une mobilisation collective pour prévenir et lutter contre les violences et le narcotrafic, à l’hôtel de la CTM. Social, judiciaire, éducation, des intervenants de divers domaines ont partagé leur point de vue sur l’augmentation de la violence dans le territoire.
Chiffres à l’appui, le territoire a passé un cap face à la violence. En 2024, on comptait 29 homicides, soit 7,3 homicides pour 100 000 habitants. Déjà un taux plus de six fois supérieur à la moyenne hexagonale. L’année 2025 avait vu 40 homicides dont 34 commis par armes à feu. Au 1er juin 2026, dénombre 14 homicides depuis le début de l’année. Devant cet engrenage, Serge Letchimy, président du conseil exécutif de la CTM a convoqué une rencontre avec les acteurs du territoire. Outre la répression, il a été question de prévention notamment auprès de la jeunesse martiniquaise.
Le sport comme outil d’insertion
Face à la montée des violences en Martinique, Audrey Thaly Bardol, élue à la Collectivité territoriale de Martinique (CTM), a plaidé pour une réponse globale dépassant le seul cadre répressif. S’appuyant sur un contexte marqué par la pauvreté, le chômage et la fragilité de nombreuses familles, elle a souligné l’urgence d’agir sur les causes profondes du phénomène. L’élue défend une stratégie reposant sur trois piliers : prévention, accompagnement et réparation. Elle propose notamment de renforcer les actions de sensibilisation auprès des jeunes, de développer la prévention spécialisée dans les quartiers les plus exposés et de mobiliser davantage la culture et le sport comme outils d’insertion. Audrey Thaly Bardol a également insisté sur le soutien à la parentalité, avec la création de réseaux territoriaux d’écoute et de futures maisons de la parentalité. Enfin, elle a appelé au développement de programmes de mentorat et d’accompagnement pour les jeunes en rupture ou sortant de prison. Selon elle, lutter contre la violence implique de reconstruire les solidarités et d’offrir de nouvelles perspectives à la jeunesse martiniquaise.

La rectrice de l’académie de Martinique, Nathalie Mons, a mis en avant le rôle central de l’Éducation nationale dans la prévention des violences touchant la jeunesse martiniquaise. Lors d’une intervention consacrée à la sécurité, elle a rappelé le lancement, en décembre 2024, du plan « Confiance et sécurité dans les établissements scolaires », élaboré avec les collectivités, les services de l’État, la justice et les forces de sécurité. Dix-huit mois après sa mise en œuvre, les premiers résultats sont jugés encourageants, avec une stabilisation des faits de violence scolaire et une diminution de la circulation des armes blanches dans les établissements. La rectrice a souligné l’importance de trois axes d’action : la collaboration entre partenaires, la prévention et la sécurisation des écoles. Elle a notamment mis en avant les programmes de lutte contre les addictions, le narcotrafic et le décrochage scolaire, ainsi que l’accompagnement des élèves les plus vulnérables. Nathalie Mons a enfin plaidé pour un renforcement du travail avec les communes et les familles, estimant que la sécurité des jeunes relève d’une responsabilité collective et durable.

Lors de son intervention consacrée à la prévention de la violence et du narcotrafic en Martinique, Jean-Michel Loutoby, directeur de la Mission locale du Nord (Milnor), a plaidé pour une approche centrée sur l’insertion et l’espoir plutôt que sur la seule répression. Selon lui, les jeunes attirés par les réseaux criminels recherchent avant tout une place dans la société, un emploi et des perspectives d’avenir. Il a présenté trois propositions concrètes pour prévenir les basculements vers la délinquance. La première vise à occuper les temps de vulnérabilité des jeunes en ouvrant davantage les équipements sportifs, culturels et associatifs en soirée, le week-end et pendant les vacances. La deuxième consiste à créer une « Académie des métiers de la mer et de la terre », associant formation et engagement d’embauche dans des secteurs porteurs comme l’agriculture, le nautisme ou la transition écologique. Enfin, il appelle à déconstruire l’image séduisante du trafic en valorisant des parcours de réussite légaux et en donnant la parole à ceux qui ont connu ses dérives.
« Redonner confiance à la jeunesse »
En clôture de cette mobilisation consacrée à la prévention des violences et à la lutte contre le narcotrafic, Serge Letchimy a appelé à transformer les échanges en actions concrètes. Le président du Conseil exécutif de la CTM a annoncé la préparation, avec les services de l’État, d’un plan triennal qui devrait être soumis au vote de l’Assemblée de Martinique dès la rentrée. Ce programme, élaboré conjointement avec la préfecture, vise à coordonner les moyens financiers, administratifs et opérationnels nécessaires pour répondre durablement aux défis sécuritaires et sociaux du territoire. Tout en réaffirmant la responsabilité de la Collectivité, Serge Letchimy a salué les premiers signes d’engagement de l’État et plaidé pour une mobilisation partagée. Au-delà des dispositifs à mettre en œuvre, il a insisté sur l’enjeu essentiel de la jeunesse martiniquaise, qu’il décrit comme une richesse et une force pour l’avenir. Selon lui, offrir des perspectives, de l’emploi, de l’activité et de l’espoir demeure la meilleure réponse aux dérives de la violence et des trafics. « Redonner confiance à la jeunesse », a-t-il conclu, constitue aujourd’hui l’une des clés de la résilience de la Martinique.
Le mot du préfet, Étienne Desplanques

« Nous avons eu un débat qui a permis d’avoir autour de la table la totalité des acteurs de la Martinique sur un sujet grave : la montée de la violence, pour laquelle je suis en première ligne avec l’ensemble des policiers, des gendarmes, des douaniers, avec une action résolue pour lutter contre l’arrivée de la drogue, des armes, pour démanteler les réseaux, pour durcir le port et l’aéroport. J’ai eu l’occasion très lucidement de présenter des premiers résultats positifs. Mais malheureusement, l’enchaînement des homicides continue. On ne peut pas se contenter d’une pure réponse sécuritaire. Je note qu’il y a eu pour la première fois un consensus. J’entends l’ensemble des acteurs dire c’est aussi l’affaire des Martiniquais parce qu’ils en sont les victimes et parce qu’une part de cette violence, elle est liée aussi à des comportements à une jeunesse qui peut être en perdition et qu’il va falloir aussi lui tendre la main pour qu’elle évite de tomber dans la délinquance ou qu’une fois qu’elle est tombée et une fois qu’elle est sortie du système de sanction qu’on puisse aussi lui offrir une deuxième chance. Ca touche à plein de domaines, ça touche à l’éducation, ça touche à la restauration de l’autorité parentale, ça touche à la parole qu’on doit aussi donner aux jeunes pour qu’ils puissent eux-mêmes parler aux autres jeunes. Ça touche évidemment la formation, l’insertion professionnelle, ça concerne aussi le monde des entreprises. C’est tous ensemble, si on fait tous un geste et on fait de cette main tendue vers une jeunesse qui connaît des difficultés, c’est peut-être ce qui permettra aussi pour nous d’être plus efficaces sur le terrain pour lutter contre le narcotrafic et le trafic. »
Propos recueillis par Laurianne Nomel





