Du 12 mai au 12 juin 2026, les Conservatoires botaniques nationaux déploient partout en France et en Outre-mer une initiative singulière, sensible et profondément contemporaine. Baptisée Ex(s)istere, cette performance artistique collective mêle dessin botanique, poésie, intervention urbaine et médiation scientifique pour attirer l’attention sur un patrimoine vivant souvent invisible : les plantes et les champignons sauvages. En Martinique, l’événement prendra place au Tropiques Atrium à Fort-de-France, inscrivant l’île dans cette mobilisation nationale en faveur du vivant.

À l’heure où la biodiversité est généralement évoquée à travers les grands animaux emblématiques ou les paysages menacés, Ex(s)istere choisit un autre chemin. Celui du végétal discret, de la fleur ignorée, de l’espèce rare que l’on foule sans la voir, du champignon silencieux qui participe pourtant à l’équilibre des milieux naturels. Le projet repose sur une conviction simple : on protège mieux ce que l’on regarde vraiment.
Imaginée dans le cadre de la Belle Saison des Conservatoires botaniques nationaux, cette œuvre prend la forme d’une exposition nationale de quatorze plantes représentatives des territoires couverts par le réseau. Chaque Conservatoire a sélectionné une espèce emblématique, patrimoniale ou menacée. Ces plantes sont mises en scène à travers des illustrations originales et des textes poétiques créés par l’artiste Amandine Polet, dont le travail explore depuis plusieurs années les liens entre art, écologie et engagement citoyen.
Mais Ex(s)istere ne s’arrête pas aux murs des lieux d’exposition. Le cœur du projet réside aussi dans l’espace public. À partir du 12 mai, des silhouettes végétales réalisées au pochoir et à la craie ou à la peinture éphémère apparaîtront sur les sols, les cheminements, les accès et certaines zones autorisées des villes et des sites partenaires. Ces formes végétales sembleront s’échapper des lieux d’exposition pour reconquérir symboliquement leur territoire. Puis elles s’effaceront peu à peu sous l’effet de la pluie, du vent et des pas des passants. Une disparition progressive pensée comme la métaphore de l’érosion silencieuse du vivant.

Le nom même du projet résume cette intention. Ex(s)istere renvoie au verbe latin archaïque signifiant « sortir de », « se montrer », « se manifester ». En d’autres termes, rendre visible ce qui ne l’est plus. Faire réapparaître les plantes dans notre champ de conscience. Inviter chacun à ralentir, observer, s’interroger.
L’artiste Amandine Polet, qui se définit comme une « artiviste », développe une démarche à la croisée de la création et du militantisme écologique. Ses œuvres mêlent illustration, poésie, installation et participation citoyenne. À travers ce projet, elle cherche à renouer avec le sensible, à recréer une relation d’attention avec le vivant, et à rappeler que la nature n’est pas un décor mais une communauté d’êtres avec lesquels nous partageons le monde.
Quatorze espèces ont été retenues pour cette édition nationale : gentiane jaune, narcisse des poètes, lis des sables, panicaut vivipare, anémone pulsatille, bleuet des moissons, pissenlit, salicorne d’Europe, chardon bleu, courbaril, fougère aigle, benjoin, siméthide à feuilles planes et balizyé. Certaines sont gravement menacées. D’autres, plus communes, souffrent de l’indifférence ou de pratiques destructrices. D’autres encore racontent les spécificités écologiques des territoires ultramarins.
Pour la Martinique, la présence du balizyé et du courbaril parmi les plantes mises à l’honneur résonne particulièrement. Ces espèces rappellent la richesse botanique caribéenne, la singularité des milieux insulaires et la nécessité de mieux faire connaître la flore locale. L’accueil de l’exposition au Tropiques Atrium donne à cette démarche une portée culturelle forte : ici, l’art devient vecteur de sensibilisation environnementale.
Au-delà de la performance visuelle, la Belle Saison des CBN proposera durant un mois balades botaniques, conférences, ateliers, rencontres, expositions et animations pédagogiques. Le grand public, les scolaires, les familles, les curieux comme les passionnés pourront découvrir le travail scientifique mené depuis près de quarante ans par les Conservatoires botaniques nationaux : inventorier, étudier, protéger, transmettre et accompagner les politiques publiques en faveur de la biodiversité.
Dans un monde saturé d’images et d’informations, Ex(s)istere choisit la fragilité plutôt que le spectaculaire, la trace éphémère plutôt que le monument, la poésie plutôt que l’injonction. Une manière élégante de rappeler que le vivant disparaît souvent sans bruit, et qu’il suffit parfois d’un dessin au sol pour rouvrir les yeux.






