Après réflexion, la rédaction d’Antilla a décidé de publier ce courrier d’un lecteur ayant souhaité conserver l’anonymat. Cette publication ne signifie pas que nous reprenions à notre compte chacune de ses affirmations. Mais, sur un sujet aussi sensible que les finances de la CTM, nous estimons que des lectures contradictoires doivent pouvoir s’exprimer dès lors qu’elles sont argumentées. Ce texte conteste l’interprétation médiatique qui s’est imposée ces dernières heures et invite à replacer les chiffres dans leur contexte historique, budgétaire et institutionnel. Nous le soumettons donc au débat et au jugement de nos lecteurs. Toute autre opinion mesurée tant dans la forme que dans le fond sera publiée.
Depuis 24 heures, les Martiniquais voient circuler les mêmes titres : « un milliard d’euros de dette », « CTM dans le rouge », « situation critique »… à la suite notamment d’un article de Martinique La 1ère dont plusieurs formulations et omissions donnent une lecture particulièrement déséquilibrée de la situation.
Quelle est la réalité ?
Le problème n’est pas de révéler la situation financière de la CTM. Elle est sérieuse et personne ne doit la minimiser. Le problème, c’est de sélectionner les éléments les plus accablants tout en écartant ceux qui permettent de comprendre comment cette situation s’est construite. À ce niveau, l’information devient tronquée et peut induire le public en erreur.
La dette n’est pas apparue avec Serge Letchimy. À la fin de 2021, elle atteignait déjà 744,4 millions d’euros. Elle s’établissait à 977,1 millions fin 2025. Autrement dit, l’actuelle mandature a récupéré une collectivité déjà lourdement endettée.
Et l’endettement bancaire ne raconte pas à lui seul la situation laissée en 2021. L’actuel exécutif a fait état d’importants engagements antérieurs insuffisamment financés. Dès son arrivée, près de 50 millions d’euros de dépenses obligatoires de 2021 ont notamment dû être réinscrits au budget supplémentaire, l’exécutif parlant alors de sous-budgétisation.
Nous ne pouvons pas non plus occulter qu’entre 2021 et 2024, les dotations et participations reçues par la CTM ont diminué de 7,4 %, passant de 296 à 274 millions d’euros. Dans le même temps, les recettes liées notamment au marché immobilier se sont contractées.
Et pendant que les recettes se réduisent, les obligations demeurent. Les dépenses sociales représentent 44 % des charges de gestion, soit environ 405 millions d’euros chaque année : RSA, autonomie, handicap et aides à la personne notamment.
Même constat concernant le personnel : les effectifs totaux ont diminué de 2,83 %, alors que les charges de personnel sont passées de 229 à 263 millions d’euros. La CRC rappelle qu’une partie importante de cette hausse résulte de mesures nationales : revalorisation du point d’indice, minimum de traitement, GIPA ou encore hausse des cotisations sociales.
La présentation faite par Martinique La 1ère pose d’ailleurs un autre problème : expliquer que la dette représente 94 % des recettes puis traduire cela en affirmant que, pour un particulier, « 94 % de vos revenus iraient à payer des crédits » est une comparaison trompeuse.
La CRC dit autre chose : l’encours total de la dette représente l’équivalent de 94 % d’une année de recettes. Elle ne dit absolument pas que 94 % des recettes annuelles de la CTM servent à rembourser les emprunts. Confondre le stock total de dette avec la part des revenus consacrée chaque année aux remboursements change profondément le sens de l’indicateur.
Depuis 24 heures, une partie du traitement médiatique donne ainsi l’impression d’une CTM partie d’une situation financière normale en 2021 et ayant créé seule près d’un milliard d’euros de dette. C’est précisément ce que les données disponibles ne permettent pas d’affirmer.
Critiquer la gestion actuelle est légitime. Mais effacer l’endettement déjà existant, les engagements antérieurs, la baisse de certaines ressources, le poids des dépenses sociales obligatoires ou encore l’impact des décisions nationales sur la masse salariale ne permet pas aux Martiniquais de comprendre réellement comment la situation s’est construite.
Et lorsqu’un média de service public comme Martinique La 1ère laisse de côté des éléments aussi déterminants, ce n’est plus seulement une question de titre accrocheur : c’est la compréhension même du dossier par la population qui s’en trouve faussée.
Note de la rédaction –
Cela ne signifie pas que la gestion conduite depuis 2021 serait exonérée de toute responsabilité. Entre fin 2021 et fin 2025, l’encours de dette a en effet augmenté de 232,7 millions d’euros, cette évolution qui doit elle aussi être expliquée. Les débats à l’assemblée plénière du 24 septembre devraient éclairer le sujet





