À l’occasion d’une conférence organisée le 18 septembre par la Collectivité territoriale de Martinique, l’économiste Bruno Marques a présenté les principaux chiffres de l’octroi de mer. Ressource essentielle des communes, instrument de protection de la production locale et prélèvement débattu pour son effet sur les prix, le dispositif a représenté 380 millions d’euros en 2025. Antilla reprend ici l’ensemble des données communiquées.
Plus d’informations et les différents avis sur ce sujet seront à retrouver dans le magazine spécial qu’Antilla prépare sur l’octroi de mer.
Les quatre chiffres à retenir
| 380 M€le produit de l’octroi de mer en 2025 | 43,1 %des dépenses de fonctionnement des communes | 8,6 %du prix final des produits importés | 384 M€le rendement de la solution de rechange simulée |
L’octroi de mer se trouve au croisement de trois enjeux : les prix, la protection de la production locale et la redistribution des ressources publiques. Durant sa présentation, Bruno Marques a détaillé son poids dans l’économie martiniquaise, son importance pour les budgets communaux, sa place dans les prix et les mécanismes par lesquels il soutient l’activité locale.
La première ressource fiscale de la Martinique
Selon les chiffres présentés, l’octroi de mer constitue la première ressource fiscale de la Martinique. Il représente 28,5 % des impôts collectés sur le territoire. Il est aussi présenté comme la première ressource des politiques publiques communales.
En moyenne, il correspond à 34,1 % du budget des communes, avec une part comprise entre 13 % et 58 % selon les collectivités. Il équivaut à 39,4 % de leurs recettes de fonctionnement et à 43,1 % de leurs dépenses de fonctionnement. Pour l’ensemble des collectivités, sa part dans les recettes est passée de 12,1 % en 2015 à 15,1 % en 2022.

De 250 à 380 millions d’euros en onze ans
La série communiquée fait apparaître une progression du produit total de l’octroi de mer. Il passe de 250 millions d’euros en 2014 à 380 millions en 2025. Le taux de croissance annuel moyen du total est annoncé à 4,1 %, contre 3 % pour le PIB.

Dans le détail, le total s’établit à 250 millions d’euros en 2014, 261 millions en 2015, 259 millions en 2016, 268 millions en 2017, 278 millions en 2018, 277 millions en 2019, 273 millions en 2020, 305 millions en 2021, 346 millions en 2022, 365 millions en 2023, 379 millions en 2024 et 380 millions en 2025.
Une ressource également importante pour la CTM
L’octroi de mer régional représente 10,5 % des recettes de fonctionnement de la CTM en 2025, contre 6,1 % en 2016. Cette progression illustre l’importance croissante du dispositif dans le financement des politiques publiques territoriales.

Le poids du prélèvement dans l’économie
Les prélèvements liés à l’octroi de mer sont évalués à 3,4 % du PIB en 2025, contre 2,9 % en 2016. Rapportés au PIB marchand, ils représentent 5,2 % en 2022, contre 4,8 % en 2016.
Pour les secteurs concernés, agriculture, industrie et commerce, l’octroi de mer représente 14,1 % de la valeur ajoutée en 2019, contre 14,6 % en 2016. Il correspond aussi à 11 % des importations hors hydrocarbures en 2022 et à 9,9 % des importations totales en 2025.
Rapporté à la consommation finale totale des ménages, son poids est estimé à 5,4 %, contre 4,8 % en 2016. Sur le seul champ de la consommation finale dite « OM », la part atteint 13,5 % en 2019.
Quel effet sur les prix ?
Le taux d’octroi de mer rapporté aux importations de biens est évalué à 12,2 %, avec une fourchette allant de 6 % à 22,3 %. Cette donnée ne doit pas être confondue avec la part de l’octroi de mer dans le prix payé par le consommateur.
Sur l’ensemble des produits et des services, la contribution estimée de l’octroi de mer au prix final est de 1,8 %. Elle atteint 4,7 % pour les biens soumis à la taxe, avec un maximum de 6 %, et 8,6 % pour les produits importés, avec un maximum de 13 %.

« Il n’existe pas de relation mécanique entre le taux d’octroi de mer et le prix final. »
Bruno Marques a expliqué que l’intégralité de l’octroi de mer n’est pas nécessairement répercutée sur les clients. Selon le modèle présenté, 2,6 points peuvent être absorbés par la marge et réduire la rémunération des facteurs de production, notamment le capital et le travail.
Dans cette logique, une hausse du taux peut n’entraîner qu’une progression limitée du prix si la productivité du travail est supérieure au taux de marge brute. Inversement, une baisse du taux peut ne produire qu’une diminution limitée du prix. La disparition de l’octroi de mer ne se traduirait donc pas automatiquement par une baisse équivalente des prix : l’effet dépendrait du partage entre consommateurs, marges et rémunération des facteurs.
Un instrument de protection de la production locale
La présentation décrit aussi l’octroi de mer comme un instrument de politique économique et d’allocation des ressources. Le différentiel de taux entre les produits locaux et les produits importés vise à réduire l’écart de prix et à améliorer la compétitivité de l’industrie locale.
Le mécanisme attendu repose sur plusieurs étapes : une consommation accrue de produits locaux, une mobilisation plus importante des facteurs de production, puis une hausse de la production locale. Bruno Marques a évoqué des effets directs, indirects et induits, ainsi que des effets d’échelle liés à l’élargissement du marché. La présentation mentionne également la substitution entre produits, l’effet de rente, le manque d’internalisation des coûts de production et le risque de perte de production.

Une simulation de financement à 384 millions d’euros
Le dernier volet de la présentation porte sur une autre architecture de financement. Une taxe à la production et à la consommation appliquée aux services, au taux de 1,5 % de la production globale, procurerait selon la simulation 384 millions d’euros.

Ce montant est très proche des 380 millions d’euros d’octroi de mer annoncés pour 2025. La présentation indique que des modèles de simulation fiscale et de fonctionnement de l’économie martiniquaise peuvent servir à étudier les effets d’une telle évolution sur les ménages, les entreprises et les collectivités.
Entre coût économique et avantage collectif
La synthèse proposée oppose le coût supporté par le consommateur, le travail et le capital aux avantages procurés au citoyen par le financement public, la redistribution, le soutien à la production et l’effet de levier pour les communes.

Un débat qui reste ouvert
Les chiffres présentés montrent que l’octroi de mer ne peut être réduit à son seul effet sur les prix. Le dispositif finance une part majeure de l’action publique locale, tout en jouant un rôle de protection économique et de redistribution. Toute réforme doit donc examiner simultanément ses conséquences pour les consommateurs, les entreprises, l’emploi local et les budgets communaux.
À paraître
Antilla reviendra sur ces questions dans un magazine spécial consacré à l’octroi de mer. Ce dossier réunira les différents avis et analyses afin d’éclairer les choix possibles pour la Martinique.
Philippe Pied





