Martinique : 20 et 21 novembre 2026
Guadeloupe : 24 novembre 2026
Justice et mémoire coloniale
PROGRAMME
Présentation
Aux Antilles françaises, la question de la mémoire ne peut être dissociée de celle de la Justice. L’histoire de l’esclavage, de la colonisation et de leurs prolongements contemporains constitue un socle structurant des revendications sociales, politiques et culturelles face à des réalités marquées du sceau de l’injustice pour de nombreux antillais et guyanais. Dès lors, interroger les liens entre justice et mémoire revient à examiner les modalités par lesquelles une société affronte son passé, le reconnaît et tente, ou non, de le réparer, voire de le dépasser. Entre justice symbolique et demandes de réparations matérielles, entre reconnaissance étatique et conflits mémoriels, les Antilles françaises offrent un terrain particulièrement riche pour analyser ces dynamiques sous l’angle historique et juridique, mais également politique et économique.
La relation entre mémoires et justice se complexifie aussi lorsque, pour répondre au besoin d’histoire des citoyens, la puissance publique fait appel à l’historien.ne en lui donnant accès à des archives encore classifiées par la mise en place de commissions d’information et de recherche historique, à l’exemple de la « commission Stora ». Cette mise à l’agenda de la mémoire par l’institution publique peut alors amener l’historien.ne dans le prétoire lorsque les entrepreneurs de mémoire veulent judiciariser les crimes du passé.
La relation entre justice et mémoire constitue ainsi véritablement un champ d’analyse privilégié pour comprendre les héritages (judiciaires et juridiques, politiques, économiques, psychologiques, culturels) de l’esclavage et de la colonisation aux Antilles françaises. En effet, ces sociétés post-esclavagistes se caractérisent par une tension persistante entre la reconnaissance des violences historiques et les limites des dispositifs juridiques contemporains à y répondre. Dans le sillage des travaux de Maurice Halbwachs sur la mémoire collective et de Paul Ricœur sur les rapports entre mémoire, histoire et oubli, il apparaît que la mémoire n’est pas seulement un rapport au passé, mais une construction sociale orientée par des enjeux présents. Aux Antilles, cette construction est indissociable d’une exigence de justice, entendue à la fois comme reconnaissance, réparation et transformation des structures héritées.
Dès lors, comment articuler mémoire et justice dans un contexte où le droit semble structurellement inadapté à la réparation des injustices historiques ? L’analyse de cette articulation suppose d’examiner les formes de reconnaissance mémorielle, les limites du droit, ainsi que les alternatives politiques et culturelles qui émergent dans l’espace antillais.
L’enjeu de ces Journées régionales d’histoire de la justice n’est pas seulement de reconnaître le passé, mais de transformer les structures héritées afin de répondre aux exigences d’égalité et de dignité dans le présent.
Vendredi 20 novembre 2026 / 8h-12h et 14h-17h30
« Procès et mémoire coloniale »
Université des Antilles, Pôle Martinique
Campus de Schoelcher – Amphithéâtre Michel Louis
Ouverture par le Pr. Michel Geoffroy, Président de l’Université des Antilles, par le Doyen de la faculté de droit, par Denis Salas le Président de l’AFHJ, par Alain Maurin, Directeur du CREDDI
8h30 Président de séance :
Nicolas Kermabon, Professeur d’histoire du droit (Université des Antilles)
Introduction
« Justice et mémoire coloniale : les enjeux épistémologiques pour l’histoire du droit »
Didier Destouches, Maître de conférences HDR en Histoire du droit (Université des Antilles)
« Les traces de l’esclavage sur l’économie des DROM-COM »,
Alain Maurin, Professeur d’économie (Université des Antilles)
9h « De quelques procès symboliques »
« De l’affaire Bissette à l’affaire de la Grande Anse en Martinique (1823-1834) : une justice coloniale expéditive »
Abel Alexis Louis, Président de la Société d’Histoire de la Martinique, chercheur associé du CRHIA (Universités de Nantes et de La Rochelle) et au laboratoire AIHP/GEODE (Université des Antilles), enseignant en histoire et géographie à l’Ensemble Scolaire Saint Jean-Paul II
« Procès de l’insurrection du Sud 1871 »
Gilbert Pago, Agrégé d’histoire, Professeur honoraire (Université des Antilles)
10h30 Président de séance :
Mathieu Carniama, Maître de conférences en droit public (Université des Antilles)
« La scandaleuse affaire Spoutourne 1831-1834 »
Caroline Oudin-Bastide, docteure en histoire (visio)
« Sur une série d’arrêts notables de cassation sur les matières coloniales »
Claire Bouglé-Le Roux, Professeure d’histoire du droit (Université Versailles Saint-Quentin) / visio
12h Déjeuner libre
14h« Pratiques judiciaires et mémoire coloniale »
Président de séance :
Jean-Paul Jean, Président de chambre honoraire à la Cour de cassation, vice-président de l’AFHJ
« Xavier Tanc et Adolphe Juston, magistrats coloniaux qui ont lutté contre l’injustice »
Me Raymond Auteville, Président Fondateur de l’IDHM, avocat à la cour de Fort de France
« Corps déplacés et absence de mémoire : les processus d’ensilencement sous le Consulat et l’Empire »
Marcandria Peraut, Docteur en histoire, postdoctorant à la Florida State University / visio
« Le maintien du statut exorbitant du droit commun des populations des « Quatre vieilles »
Alexis Robin, docteur en histoire du droit, avocat à la cour (visio)
« Des seize de Basse-Pointe aux procès de l’OJAM et du GONG : regards historiques et mémoriels sur des procédures judiciaires pour gouverner les populations antillaises »
Karine Sitcharn, Docteure en Science politique (Université des Antilles) / visio
15h30Présidente de séance :
Sylvie Humbert, Professeure émérite d’histoire du droit, membre du C3RD (Faculté de droit de l’Université catholique de Lille), secrétaire générale de l’AFHJ
« Entre mémoire coloniale et insécurité foncière : la justice administrative et les ‘cinquante pas géométriques’ »
Monica Cardillo, Professeure d’histoire du droit (Université de Nantes), Membre Junior de l’IUF / visio
« La citoyenneté comme réparation ? À propos des droits politiques des nouveaux libres lors des abolitions françaises de l’esclavage »
Yerri Urban, Maître de conférences en droit public (Université des Antilles)
« Les statues coloniales : de l’hommage à la controverse. Évolutions des usages publics du passé dans les sociétés postcoloniales »
Elisabeth Landi, Agrégée d’histoire, professeure de chaire supérieure en CPGE (Lycée de Bellevue Fort-de-France)
17h00 Conclusion par Denis Salas, magistrat enseignant à l’ENM, président de l’AFHJ
En soirée (19h30-22h) : cinéma-débat à l’Atrium Fort-de-France (salle Franz Fanon) :
« L’affaire Aliker, un scandale colonial », réalisateur : Martin Béraud
Samedi 21 novembre 2026 / 8h -13h
« Une institution judiciaire au service de la colonie : Quelles conséquences ? »
Cour d’appel de Fort de France (Salle Badinter)
Ouverture par Laurent Sabatier (Premier président de la cour d’appel), Patrice Camberou, Procureur général près la cour d’appel, et Denis Salas, Magistrat enseignant à l’ENM, président de l’AFHJ
Introduction (8h30-9h)
« Métamorphose et discordance de la mémoire coloniale dans l’espace public antillo-guyanais »
Jean Moomou. Professeur en histoire et anthropologie (Université de la Guyane)
Table ronde 1 (9h00-10h30) : L’apport de la Cour de cassation
Modératrice : Maître Priscilla Melezan-Bolnet, avocate, présidente de l’UJA de Martinique
« Les juridictions coloniales et le rôle réformateur de la Cour de cassation »
Margaret Tanger, Avocate au barreau de Fort-de-France
« La Cour de cassation et l’esclavage (Bénin et Sénégal) »
Jean-Paul Jean, Président de chambre honoraire à la Cour de cassation, vice-président de l’AFHJ
« La reconnaissance judiciaire belge du crime contre l’humanité à l’égard des métisses »
Laurence Massart, Première présidente de la cour d’appel de Bruxelles
Table ronde 2 (11h-12h00) ; Héritage psychologique
Modératrice : Fatou Faye, juge d’instruction au Tribunal judiciaire de Fort-de-France
« Vivre et surmonter les événements traumatiques en Martinique »
Claire-Emmanuelle Laguerre, Docteure en neurosciences, psychologie et experte judiciaire
« L’esclavage, quel impact sur la psychologie des populations »
Aimé Charles Nicolas, Professeur de médecine, psychologie médicale et psychiatrie à la Faculté de médecine des Antilles-Guyane, expert judiciaire
Conférence conclusive (12h00-12h30)
Patrick Chamoiseau, Ecrivain, lauréat du prix Goncourt 1992 pour son roman Texaco
Mardi 24 novembre 2026
« La mémoire en héritage »
Université des Antilles, Pôle Guadeloupe (8h – 12h30) et Mémorial ACTe (14h30 – 18h)
Faculté des Sciences Juridiques et Économiques (Campus de Fouillole, Amphi Lepointe)
Ouverture par le Pr. Michel Geoffroy, Président de l’Université des Antilles, Pr. Alain Maurin, Doyen de la Faculté, Dr. Raphael Lapin, Président du Mémorial ACTe, Sylvie Humbert, Professeure émérite, AFHJ
Allocution du président région Guadeloupe et président du département
Président de séance :
Sébastien Mathouraparsad, Professeur en économie (CREDDI, Université des Antilles)
« Justice et mémoire : une approche de philosophie du droit »
Pierre-Yves Chicot, Professeur de droit public (Université des Antilles)
« Enseigner la mémoire de l’esclavage et de la traite négrière à l’école en Guadeloupe : enjeux, limites et perspectives »
Josyane Martens, ancienne directrice de cabinet au rectorat de Guadeloupe
« Mémoire coloniale et justice environnementale : les territoires ultra-marins comme laboratoire d’une justice post-coloniale »
Assetou Diallo, Docteure en droit public (Université Paris I Panthéon-Sorbonne)
« L’épuration de l’administration à la chute du régime de Vichy aux Antilles (1943-1947). Enjeux et mémoire »
Clara Palmiste, Maîtresse de conférences en histoire (Université des Antilles)
Pause
Président de séance :
Didier Destouches, Maître de conférences HDR en histoire du droit (CREDDI, Université des Antilles)
« La création du lycée Carnot de pointe à pitre comme enjeu de pouvoir et de mémoire »
Christian Saad, Maitre de conférences en économie (Université des Antilles)
« Les colons face à la justice coloniale : privilèges, litiges et limites de l’ordre colonial. Sylvie Dunkan. Professeur d’histoire et géographie »
Sylvie Dunkan, Chargée d’enseignement en histoire (Université des Antilles)
« La grève de 1910 et la justice, lieu de mémoire de la société guadeloupéenne »
Jacob Labeth, Professeur agrégé d’histoire et principal de collège, chargé d’enseignement à l’Université des Antilles
« Les mobilités carcérales forcées dans l’empire colonial français. L’exemple des bagnards coloniaux de Guyane (1851-1938) »
Gaëlle Compper, Criminologue, docteure en histoire du droit
Au Mémorial ACTe (Amphithéâtre)
Présidence : R Lapin, modérateur didier D
Sylvie Humbert : présentation de l’ouvrage de l’AFHJ intitulé « Justice(s) et coutumes autochtones, Regards sur les outre-mer et au-delà » (paru en 2026)
Marc Hedrich, Président de la cour d’assises de Martinique : présentation de son ouvrage intitulé « De l’affaire Aubéry à l’affaire Aliker : chronique de justice coloniale » (paru en 2026)
Intermède musical : Carole Vénutolo (chanteuse lyrique
Table ronde (15h30-17h30)
Code noir, justice coloniale, d’hier à aujourd’hui, pour quel demain ?
Présidence : Jean-Paul Jean, président de chambre (h) à la Cour de cassation),
vice-président de l’AFHJ
Intervenants (pressentis) :
* Magistrat : Éric Maurel, Procureur général près la cour d’appel de Basse-Terre
*Juge : Laurence Massart, Première présidente de la cour d’appel de Bruxelles
* Avocats : Me Kelly Phaéton et Me Hubert Jabot, ancien Bâtonnier
* Institutionnel : Raphael Lapin, Président du Mémorial ACTe, Isabelle Vestris, Directrice générale
Conclusions du colloque « Justice et mémoire coloniale »
par Denis Salas, magistrat enseignant à l’ENM, président de l’AFHJ
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Pilotage scientifique et comité d’organisation des différents événements : Didier Destouches, Sylvie Humbert, Nicolas Kermabon, Marc Hedrich.
Comité scientifique : Pierre-Yves Chicot, Professeur de droit public à l’Université des Antilles ; Didier Destouches, Maître de conférences HDR d’histoire du droit à l’Université des Antilles ; Assetou Diallo, Docteure en droit public à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; Sylvie Humbert, Professeure émérite d’histoire du droit à l’Université catholique de Lille, AFHJ ; Nicolas Kermabon, Professeur d’histoire du droit à l’Université des Antilles, Alain Maurin, Professeur d’économie à l’Université des Antilles ; Jean Moomou, Professeur d’histoire à l’Université de Guyane ; Christian Saad, Maître de conférences d’économie à l’Université des Antilles ; Denis Salas, Magistrat enseignant à l’ENM, Président de l’AFHJ ; Karine Sitcharn, Docteure en science politique à la faculté SJE de Guadeloupe ; Yerri Urban, Maître de conférences en droit public à l’Université des Antilles
Organisé par
JUSTICE ET MEMOIRE COLONIALE
Ouvert au public dans la limite des places disponibles
Manifestation gratuite (sauf à l’Atrium)
INSCRIPTION souhaitée
Bulletin à compléter et retourner à :
nicolas.kermabon@univ-antilles.fr
didier.destouches@univ-antilles.fr
NOM :
PRENOM :
E-MAIL :
SOUHAITE PARTICIPER AUX ÉVÉNEMENTS SUIVANTS :
– Vendredi 20 novembre 2026 : colloque
¤ à l’Université des Antilles (Pôle Martinique, Campus de Schoelcher)
¤ Projection-débat à l’Atrium (Fort-de-France, salle Franz Fanon)
– Samedi 21 novembre 2026 : colloque
¤ à la Cour d’appel de Fort de France, (Salle Badinter)
– Mardi 24 novembre 2026 : colloque
¤ à l’Université des Antilles (Pôle Guadeloupe, Campus de Fouillole)
¤ au Mémorial ACTe (Amphithéâtre)
Université des Antilles
Pôle Guadeloupe
Campus de Fouillole
Amphi Lepointe




