« Un port ne se développe pas seul, il avance grâce aux femmes et aux hommes qui y travaillent, avec une vision, de la rigueur et l’envie d’aller toujours un peu plus loin. »
B. Mencé
Les membres du Conseil de surveillance, les équipes du Grand Port Maritime de la Martinique, des élus, des représentants de l’État et plusieurs acteurs économiques étaient réunis ce lundi 28 septembre pour saluer le départ de Bruno Mencé, président du Directoire. Un moment volontairement convivial, après plusieurs années passées à la tête de l’établissement, mais aussi l’occasion de revenir sur le chemin parcouru, les projets engagés et la place que le Grand Port entend continuer à occuper dans le développement de la Martinique.

Il y avait de l’émotion, ce lundi soir, mais la volonté était clairement de laisser une large place aux échanges et à la convivialité. Autour de Bruno Mencé, celles et ceux qui ont travaillé avec lui ces dernières années sont revenus sur son parcours, sa méthode et les transformations engagées au Grand Port Maritime de la Martinique.
Frantz Thodiard, vice-président du Conseil de surveillance, a notamment rappelé que Bruno Mencé avait participé, bien avant d’en prendre la présidence du Directoire, à la réflexion sur le port de demain.
Transition énergétique, biodiversité, croisière, développement économique et commercial, projets structurants : il a souligné sa contribution à l’élaboration et à la poursuite du projet stratégique du port.
« Tu as contribué à penser ce port de demain. »

Frantz Thodiard a également insisté sur la relation entretenue avec les salariés, l’écoute accordée aux équipes et la prise en compte des conditions de travail. Au-delà du bilan professionnel, il a aussi appelé Bruno Mencé à continuer à intervenir dans la vie martiniquaise, à partager son expérience et ses convictions.
Une expérience à transmettre

Alexandre Ventadour a, lui aussi, choisi de regarder au-delà du seul bilan du Grand Port. Dans une Martinique souvent décrite à travers ses difficultés, il a souligné la nécessité de pouvoir s’appuyer sur des parcours et des expériences capables de montrer que l’excellence est également possible sur le territoire. Le port, a-t-il rappelé, constitue l’une des principales interfaces entre la Martinique et le monde. Par ses activités de logistique, de croisière ou encore par son rôle économique, il participe directement à l’attractivité et aux perspectives de développement du territoire.
Il a surtout insisté sur la méthode de Bruno Mencé, sa capacité, selon lui, à faire travailler ensemble des personnes aux profils et aux intérêts différents autour d’objectifs communs.
Il a souhaité que cette expérience puisse désormais être transmise à celles et ceux qui auront à leur tour à prendre des responsabilités : comprendre « comment on fait », ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas et comment parvenir à fédérer autour d’un projet.
Étienne Desplanques : « Vous avez été un bâtisseur »

Le préfet de la Martinique, Étienne Desplanques, a pour sa part insisté sur le professionnalisme et les compétences de Bruno Mencé. Il a évoqué une personnalité faisant, selon lui, largement consensus, aussi bien auprès des élus que des services de l’État, des milieux économiques et des salariés.
Le préfet est revenu sur le parcours de Bruno Mencé, aussi bien à l’aéroport qu’au Grand Port, et sur sa capacité à faire avancer les projets tout en s’adaptant aux crises et aux nouvelles problématiques. Il a notamment cité le développement du port dans un environnement international, le projet de hub Martinique, mais également le travail engagé ces derniers mois autour des questions de sécurité.
Étienne Desplanques a enfin salué ce qu’il a qualifié de « grand serviteur de l’État », tout en invitant Bruno Mencé à poursuivre, sous une autre forme, sa contribution à la réflexion sur l’avenir de la Martinique.
« Faire ce qu’on a à faire le mieux possible »

Bruno Mencé a ensuite pris la parole dans un registre plus personnel. Son intervention a beaucoup porté sur sa conception de la responsabilité et du management. Pour lui, exercer une fonction suppose aussi de savoir, à un moment donné, s’en retirer. « Il faut savoir simplement faire ce qu’on a à faire le mieux possible », a-t-il expliqué, en rappelant qu’il avait toujours cherché à ce que chacun puisse trouver un intérêt dans son travail et que les projets soient collectivement partagés.
Il a résumé une partie de cette philosophie par une expression retenue de son expérience professionnelle aux États-Unis : « Make it simple. » Faire simple, écouter, expliquer, mais aussi dire clairement ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. C’est dans cet esprit qu’il est revenu sur la situation financière de l’établissement.
« Le port n’est pas riche, le port est bien géré. »
Une nuance importante à ses yeux. Cette gestion repose, a-t-il insisté, sur les hommes et les femmes de l’établissement, sur le travail réalisé quotidiennement et sur une culture portuaire forte.
Bruno Mencé a également évoqué l’importance d’un dialogue social reposant sur la franchise, notamment lorsqu’il s’agit d’expliquer les limites auxquelles l’établissement peut être confronté.
Un projet stratégique pour les années à venir
Bruno Mencé a indiqué qu’il aurait pu rester encore à la tête de l’établissement, son contrat courant jusqu’en 2028, mais que différents éléments le conduisaient à quitter ses fonctions avant le 31 décembre 2026.
Il estime cependant laisser un Grand Port « sur de bons rails ». Les grands secteurs structurants pour les prochaines années sont, selon lui, identifiés et le port dispose désormais d’un projet stratégique solide et financièrement porté. Mais son message aux équipes est clair : ce socle ne doit surtout pas conduire à l’immobilisme. « Il ne faut pas s’endormir », a-t-il prévenu, invitant au contraire les salariés à continuer à prendre des initiatives et à « oser aller plus loin ».
Il a cité la croisière comme exemple de ce travail de longue haleine. La Martinique, estime-t-il, est aujourd’hui davantage reconnue comme destination par les grandes compagnies internationales, même si beaucoup reste encore à faire pour que le territoire tire pleinement parti des retombées économiques de cette activité.
Un port au service du territoire
Bruno Mencé est également revenu sur une conviction qui aura accompagné son passage au Grand Port : l’établissement doit à la fois assumer son statut d’établissement public de l’État et être pleinement au service du développement de la Martinique.
Ces deux dimensions, selon lui, ne sont pas contradictoires. « Le port doit être au service du territoire », a-t-il rappelé, estimant que c’est précisément en parvenant à concilier ces différentes responsabilités que le Grand Port peut contribuer au développement du pays. Avant de quitter le micro, Bruno Mencé a longuement remercié les salariés, les services de l’État et tous ceux avec lesquels il a travaillé. Et s’il quitte aujourd’hui ses fonctions, il ne semble pas pour autant vouloir se tenir très éloigné de la vie martiniquaise.
Il s’est dit disponible pour continuer à « donner un coup de main à qui voudra », rappelant combien il demeure attaché à la Martinique et à son développement.
Une page se tourne donc au Grand Port Maritime de la Martinique. Pour Bruno Mencé comme pour l’établissement, une autre reste désormais à écrire.
Philippe Pied et Roland Dorival





