Ce jeudi 1er octobre, la préfecture de Martinique a changé, le temps d’un après-midi, de visage. Dans la salle Félix Éboué, des cadres et demandeurs d’emploi sont venus rencontrer directement des entreprises du territoire. Quinze entreprises étaient annoncées, près d’une centaine d’offres proposées et plus de 200 demandeurs d’emploi attendus. Organisé dans le cadre du déploiement en Martinique de la stratégie « Choose Outre-mer », ce job dating voulait rapprocher les compétences des besoins des entreprises. Sur place, les échanges ont surtout montré combien le contact humain reste déterminant dans un recrutement.

Quelques minutes. Parfois cinq seulement. C’est le temps dont disposent les candidats pour se présenter, raconter un parcours, défendre une expérience, expliquer ce qu’ils recherchent et convaincre qu’un second entretien mérite d’être organisé.
Dans la salle, pas de longues procédures ni de candidatures envoyées sans savoir qui les lira. Les candidats passent d’une entreprise à l’autre, CV en main. Face à eux, responsables des ressources humaines et recruteurs cherchent des profils pour des fonctions d’encadrement.
Responsable HSE, contrôle de gestion, communication et événementiel, direction administrative et financière, ressources humaines, management de rayon, qualité, automobile, restauration, direction de centre ou encore encadrement d’atelier : les besoins évoqués au cours de l’après-midi sont nombreux et concernent plusieurs secteurs de l’économie martiniquaise.

« Le CV est très impersonnel. Ici, on peut mettre un visage sur les personnes que l’on rencontre. »
Cette remarque d’une candidate résume assez bien l’atmosphère de la journée. Pour plusieurs postulants, l’intérêt du rendez-vous se trouve d’abord là : pouvoir enfin parler directement avec ceux qui recrutent.
Une candidate, venue rencontrer trois groupes, souligne qu’il n’est pas toujours facile d’accéder aux principaux employeurs du territoire. Elle apprécie de pouvoir échanger directement avec les responsables RH et de percevoir, dès les premières minutes, si quelque chose peut se construire.

Une autre a rencontré six entreprises. Ce qu’elle attend désormais est très simple : une réponse.
Positive ou négative, peu importe, à condition qu’elle existe. Elle évoque cette frustration bien connue de nombreux demandeurs d’emploi : envoyer un CV, passer parfois un entretien, puis ne plus avoir de nouvelles.
Mais elle retient surtout la possibilité qui lui a été offerte de rencontrer directement de grands groupes et de candidater à des postes de cadres.

Des recrutements qui ne sont pas virtuels
Du côté des entreprises, les besoins exprimés sont concrets.
Une responsable RH explique par exemple chercher depuis plusieurs mois un responsable HSE. Le job dating représente pour elle une nouvelle possibilité de rencontrer des profils qu’une procédure classique n’aurait peut-être pas permis d’identifier.
Une autre entreprise est venue avec une offre précise dans la communication et l’événementiel, mais assume également de recevoir des candidatures spontanées. L’objectif est aussi de détecter des compétences pouvant correspondre à de futurs recrutements.


Ailleurs, les besoins concernent plusieurs métiers et plusieurs niveaux de responsabilité. Des postes sont recherchés dans la grande distribution, l’automobile, l’hôtellerie, la restauration, l’immobilier ou encore dans des activités industrielles.
Certains recruteurs le disent clairement : même lorsqu’un candidat ne correspond pas exactement au poste proposé ce jour-là, son profil peut intéresser l’entreprise.


« Il y a du travail sur le territoire. »
La phrase revient comme l’un des messages forts de cet après-midi.
Un recruteur explique ainsi avoir rencontré des candidats qu’il n’avait jamais vus lors des précédentes opérations auxquelles son entreprise avait participé. Le constat est intéressant : des entreprises cherchent, des compétences existent, mais elles ne se rencontrent pas toujours.
C’est précisément ce que ce type de rendez-vous tente de corriger.

Partir pour réussir, une évidence de moins en moins automatique ?
Derrière le recrutement immédiat apparaît également une autre question, celle des compétences martiniquaises parties travailler ailleurs et de leur éventuel retour.
La stratégie Choose Outre-mer entend notamment faciliter les relations entre les talents et les entreprises ultramarines et favoriser de nouvelles opportunités professionnelles.
Sur le terrain, plusieurs recruteurs insistent donc sur les possibilités de carrière qui existent en Martinique.
L’un d’eux évoque notamment les conséquences du vieillissement de la population et les nombreux départs à la retraite auxquels les entreprises vont être confrontées. Derrière ces départs, ce sont aussi des postes de responsables, de cadres et d’agents de maîtrise qui devront être renouvelés.
Le message adressé aux jeunes Martiniquais comme aux cadres expérimentés est clair : une carrière professionnelle ne passe pas nécessairement par un départ durable du territoire.
Pour les entreprises, l’enjeu est double. Il faut réussir à attirer ceux qui sont partis, mais aussi mieux identifier ceux qui sont déjà présents.

Quelques minutes pour faire tomber une barrière
Une participante évoque également un sujet rarement formulé aussi directement dans les opérations de recrutement : celui du réseau.
Selon elle, certains emplois restent plus facilement accessibles à ceux qui connaissent déjà les bons interlocuteurs ou disposent des bons contacts. Le job dating offre alors une possibilité différente : franchir la première porte sans nécessairement appartenir à un réseau professionnel constitué.

Pendant quelques minutes, chacun part donc avec la même chose : son parcours, son expérience et sa capacité à convaincre.
Le format est exigeant. Il faut rapidement dire qui l’on est, ce que l’on sait faire et ce que l’on recherche. Mais cette contrainte est aussi ce qui donne de l’intérêt à l’exercice.
« Il faut oser, y aller et ne pas se mettre soi-même des freins. »
Ce conseil d’une candidate pourrait finalement résumer la journée.
Le job dating ne résoudra évidemment pas, à lui seul, les difficultés de recrutement ou d’accès à l’emploi en Martinique. Mais il révèle quelque chose de plus simple : entre une entreprise qui affirme ne pas trouver certains profils et un candidat convaincu que les portes sont difficiles à ouvrir, il manque parfois seulement une occasion de se rencontrer.
Ce jeudi, à la préfecture, cette occasion leur était donnée.
Reportage Roland Dorival pour Antilla à la préfecture de la Martinique, jeudi 1er octobre 2026.




