Le taux d’emprunt français à dix ans a atteint 4,87 %, tandis que l’écart avec l’Allemagne a dépassé 140 points de base, son plus haut niveau depuis 2012. Les investisseurs s’inquiètent de la situation financière du pays et de l’instabilité politique, à quelques mois de la présidentielle. La dette est estimée à 121,7 % du PIB en 2027 et la croissance prévue à 1 %, une prévision jugée optimiste par le Haut Conseil des finances publiques. Le risque est celui d’un « effet boule de neige » : des taux élevés alourdissent la charge de la dette, qui accroît à son tour les déficits.
Un budget difficile à faire adopter
Le gouvernement prévoit 43 milliards d’euros d’efforts. Les socialistes demandent une révision rapide du projet, dénonçant une répartition injuste des efforts entre ménages modestes, retraités, hauts revenus, malades et grandes entreprises. Ils brandissent la menace d’une censure et refusent que le budget soit adopté avec l’appui, même passif, du Rassemblement national.
À droite, Laurent Wauquiez promet de ne pas censurer le budget, tout en réclamant davantage d’économies et moins de hausses d’impôts. Il propose notamment 20 milliards d’économies supplémentaires, passant par des suppressions de postes publics, une réduction des dépenses d’agences et un durcissement de certaines aides sociales. Le gouvernement pourrait, en dernier recours, recourir aux ordonnances si aucun budget n’est adopté dans le délai constitutionnel du 17 décembre.
Le patronat dénonce un effort plus lourd qu’annoncé
Les organisations patronales se disent déçues par le projet, après les assurances données par le Premier ministre en septembre. Le Medef estime à près de 20 milliards d’euros la contribution demandée aux entreprises et dénonce des mesures fiscales apparues au fil de la préparation budgétaire. Le ministre de l’Économie conteste ce chiffre et évalue l’effort à environ 10 milliards.
Les entreprises s’inquiètent surtout de la réduction des allègements de cotisations patronales, estimée à 6,6 milliards d’euros, qui pourrait renchérir le coût du travail et affaiblir leur compétitivité. Le recentrage du dispositif d’apport-cession suscite aussi des critiques, notamment sur ses effets possibles pour la transmission des entreprises familiales.
Un texte encore susceptible d’évoluer
Les débats budgétaires doivent commencer en commission à l’Assemblée le 7 octobre, puis en séance publique le 13 octobre. Les agences Moody’s et S&P doivent également réexaminer la note de la France. Le budget est donc pris entre la pression des marchés, les exigences opposées des partis et les inquiétudes du patronat. Sa trajectoire dépendra autant des économies retenues que de la capacité du gouvernement à faire adopter le texte sans aggraver l’incertitude.





