Pour ses avocats, la partie civile est devenue un prévenu. Interpellé en juillet 2020 lors d’une manifestation contre le chlordécone, Kéziah Nuissier sera jugé les 9 et 10 novembre pour rébellion et violence sur personne dépositaire de l’autorité publique. Sa défense a décidé de poursuivre l’État pour déni de justice.
Kéziah Nuissier se retrouvera face à la justice les 9 et 10 novembre. De plaignant à prévenu, le jeune martiniquais doit se faire juger par le tribunal correctionnel de Fort-de-France pour des faits de rébellion et violence sur personne dépositaire de l’autorité publique. Pour ses avocats, Maîtres Arneton et Constant, il s’agit d’une affaire dans laquelle la partie civile est transformée en prévenu. En effet, le 16 juillet 2020, Kéziah Nuissier est interpellé par les forces de l’ordre lors d’une manifestation contre le chlordécone.
La scène filmée fait le tour des réseaux sociaux et des médias nationaux. On y voit le manifestant menotté, blessé à la tête et transporté par les forces de l’ordre derrière un fourgon. « Il n’y aurait pas eu d’affaire Kéziah s’il n’y avait pas eu de vidéo », soutient Maître Constant. Maître Arneton ajoute que le jeune homme aurait subi des violences inqualifiables.
Six ans après son interpellation, Kéziah Nuissier devant le tribunal correctionnel
Une plainte pour violences, actes de torture et de barbarie est d’ailleurs déposée dès le 31 juillet 2020 contre des militaires de la gendarmerie et un fonctionnaire de police. « On lui a enfoncé un doigt dans l’œil, écrasé les parties intimes et proféré des insultes racistes », explique Maître Arneton. « Kéziah est un tambouyé. Sa présence dans les manifestations consistait à jouer du tambour. » Les avocats du jeune martiniquais expliquent qu’il souffre aujourd’hui d’une infirmité permanente à l’œil.
« Il n’y aurait pas eu d’affaire Kéziah s’il n’y avait pas eu de vidéo »
Ses conseils s’alarment de la lenteur du cheminement de la plainte déposée par Kéziah Nuissier. « Nous sommes en 2026, sa plainte n’a jamais fait l’objet d’un quelconque acte d’instruction. Son dossier a été perdu », s’inquiète Maître Arneton. Maître Constant poursuit :
« Nous avons décidé de poursuivre l’État pour ce déni de justice et l’absence d’un délai raisonnable d’avoir pu juger. »
Tous deux soulignent que plus de six ans après les faits, il n’y a pas d’information ni d’instruction « pour juger les faits dont Kéziah a été victime. Vous avez dans ce dossier un caractère extraordinaire d’une succession de lâcheté, d’incompétences de trahison des principes qui est absolument épouvantable », peste Maître Constant.

Kéziah Nuissier, aujourd’hui étudiant dans l’Hexagone, sera bien présent à son procès assurent ses conseils. Madly Etilé, la mère du jeune martiniquais affirme que son fils est serein.
« Ça fait déjà six ans. À l’approche du procès, il a envie de se défendre. Il pourra enfin s’exprimer. Pour lui, c’est quand même une avancée bien que nous attendions un procès des forces de l’ordre. »
Pour l’avocat, Maître Arneton, la procédure lancée à l’encontre de son client est une façon de nier la liberté de manifester. Il interroge : « Est-ce que les fondements de la démocratie ne sont pas sapés par toute cette procédure judiciaire ? »
Laurianne Nomel





