Martinique, le 3 juillet 2026
Le 1er juillet 2026, à la Maison Aimé Césaire, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, et le président du Conseil exécutif de la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM), Serge Letchimy, ont signé un accord-cadre ouvrant une réflexion sur l’évolution institutionnelle de notre territoire. Quelques heures plus tard, les réactions d’acteurs économiques étaient déjà vives. Leurs interrogations sont légitimes et doivent être entendues.
Elles ne doivent pourtant pas occulter une question plus essentielle : quel avenir voulons-nous construire pour la Martinique ?
Le débat semble opposer évolution institutionnelle et sécurité économique. Cette opposition est une erreur. Les institutions ne créent pas la richesse. Elles permettent, ou elles empêchent, de la créer. Le véritable débat est donc à la fois institutionnel et économique.
Revenons au texte. Cet accord s’inscrit dans un long cheminement, de la Déclaration de Basse-Terre à l’Appel de Fort-de-France, et prolonge les votes du Congrès des élus et de l’Assemblée de Martinique d’octobre 2025. Dans l’immédiat, il ne modifie ni le statut de la Martinique, ni la fiscalité, ni le droit applicable aux entreprises. Il ouvre un cadre de dialogue entre l’État et les élus et prévoit qu’aucune évolution n’interviendra sans que les Martiniquaises et les Martiniquais soient consultés. Le débat qui s’ouvre est donc, avant tout, démocratique.
Quel est aujourd’hui le moteur économique de la Martinique ?
Un chiffre devrait tous nous alerter : près de 30 % des Martiniquais vivent sous le seuil de pauvreté. Ce déséquilibre n’accuse en rien la solidarité, qui demeure indispensable. Il révèle une économie qui ne crée pas suffisamment de richesse. Ajoutons-y une population qui vieillit, des décès qui dépassent désormais les naissances et une jeunesse qui continue de partir. Or un territoire construit durablement son avenir sur ce qu’il produit.
C’est pourquoi la Martinique doit se doter d’un nouveau moteur économique : un modèle capable de créer durablement, sur place, davantage de valeur ajoutée, et d’emplois qualifiés. Il s’appuiera sur nos forces différenciantes : notre position au cœur de la Grande Caraïbe et notre ancrage européen, qui font de nous une interface unique ; notre recherche-innovation ; notre potentiel maritime, agricole, industriel, culturel et créatif. La maîtrise des chaînes logistiques doit devenir un levier de compétitivité au service de cette ambition.
Ma question n’est donc pas institutionnelle par principe. Elle est de méthode : les outils dont dispose aujourd’hui la Martinique sont-ils adaptés au développement que nous voulons ? S’ils le sont, gardons-les. Sinon, ayons le courage d’en débattre.
À l’heure où l’intelligence artificielle et les transitions numérique, énergétique et écologique redessinent la compétition mondiale, nous ne pouvons nous satisfaire du statu quo. Notre territoire mérite mieux qu’un affrontement entre partisans et opposants. Il mérite un débat où chacun apporte sa contribution au projet collectif.
L’institution sans projet économique est une coquille vide. Le projet économique privé des outils adaptés restera une ambition inachevée. Pensons donc les deux ensemble.
Au terme de ce cheminement, ce ne seront ni les élus, ni l’État, ni les organisations économiques qui auront le dernier mot. Ce seront les Martiniquaises et les Martiniquais. C’est là, l’essence même de la démocratie.
Sandra Casanova
Conseillère territoriale de Martinique
Présidente de la Commission Stratégies logistiques du territoire, Politique de la recherche et de l’innovation.





