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En Bolivie, le lac Uru Uru est entièrement recouvert de déchets plastique et urbains.

juillet 30
04:57 2021
Temps de lecture : 6 minutes
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Déchets sur le lac Uru Uru (Bolivie)
© Wilson Yucra Pio XII-CEPA –
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En Bolivie, dans le département d’Oruro, le lac Uru Uru, relié au fameux lac Titicaca, s’est vu complètement recouvert par des centaines de tonnes de plastique et de déchets urbains. Déjà contaminé par les exploitations minières, ce site riche en biodiversité est actuellement en danger et pourrait finir par disparaître.

La pollution plastique est une des principales problématiques environnementales à l’échelle mondiale. On entend souvent parler des océans, mais les lacs aussi subissent les conséquences des activités humaines et du manque d’éducation à la protection de l’environnement.

Le lac Uru Uru, situé dans le département d’Oruro, au centre des deux grandes villes boliviennes – La Paz et Sucre -, est relié au célèbre Lac Titicaca par l’intermédiaire du fleuve Desaguadero, lui-même connecté au lac Poopó. En 2002, ces deux lacs ont été déclaré en tant que site Ramsar sur une superficie totale de 967 667 hectares.

La Convention de Ramsar ou la Convention sur les zones humides est un traité intergouvernemental qui sert de cadre à l’action nationale et à la coopération internationale pour la conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides et de leurs ressources.

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« Ce titre a été attribué au rôle des lacs Uru Uru et Poopó dans la création d’un microclimat plus favorable pour notre ville et pour l’ensemble de notre département. Ils remplissent également des fonctions en faveur du stockage de l’eau ; de la recharge des aquifères souterrains ; de la protection et de l’atténuation des tempêtes ; de la rétention des nutriments, des sédiments et des polluants ; de la purification de l’eau ; du contrôle de l’érosion ; de l’approvisionnement en eau ; de la pêche, de l’agriculture et de l’élevage ; des ressources naturelles ; du tourisme ; de la biodiversité ; du patrimoine culturel, entre autres », a confirmé Limbert Sanchez, militant écologiste du Centre d’Ecologie et des Peuples Andins (CEPA).

A l’heure actuelle, cette zone riche en biodiversité et essentielle pour les écosystèmes de la région est dans une situation extrêmement critique. « Ces zones humides sont aujourd’hui en danger à cause de la contamination minière, du tourisme incontrôlé, de la pollution par des déchets solides, de l’extraction des ressources naturelles de manière irrationnelle, de l’évacuation des eaux usées, de l’ouverture de routes, du surpâturage et des projets liés à la géothermie », a-t-il expliqué en détails.

Le lac Uru Uru, un désastre écologique

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Déchets sur le lac Uru Uru (Bolivie)
© Wilson Yucra Pio XII-CEPA – Licence : Tous droits réservés

L’industrie minière est un problème majeur dans certains pays d’Amérique Latine, comme au Pérou par exemple, car celle-ci agit souvent en toute illégalité et extrait les ressources naturelles de la région sans prendre en compte le volet environnemental. « Les exploitations minières de San José évacuent quotidiennement des eaux acides et par conséquent des métaux lourds, tels que l’arsenic, le plomb, le zinc, le cadmium et le mercure. Plusieurs études de l’Université Technique d’Oruro et d’autres instituts de recherche le prouvent », a-t-il assuré.

En plus de cette pollution liée à l’extraction des ressources minières, il existe une forme de contamination beaucoup plus visible à l’oeil nu et le lac Uru Uru en fait les frais quotidiennement; celle des déchets solides urbains, notamment du plastique, provenant à 90% de la ville d’Oruro, à environ 3 kilomètres du lac. « La mauvaise gestion des déchets est la principale cause de ce problème. La ville d’Oruro génère plus de 180 tonnes de déchets solides par jour », a indiqué l’activiste Limbert Sanchez.

Ce sont plus de 17 canaux qui finissent par rejoindre le lac Uru Uru emportant avec eux des tonnes de déchets solides qui finissent leur voyage dans le lac. Malgré la présence d’une station d’épuration, le traitement des eaux usées de la ville d’Oruro n’est pas réalisé à 100% et une partie est directement évacuée dans le lac.

Sans grande surprise, le lac Uru Uru doit également lutter contre le changement climatique actuel et faire face à une pénurie d’eau, à la réduction des pluies et à l’augmentation de la température. « Notre lac Uru Uru a une superficie de 214 kilomètres carrés et, à ce jour, il a été réduit à moins de 30 kilomètres carrés. »

350 tonnes de plastique et de déchets nettoyés

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Ramassage de déchets sur le lac Uru Uru (Bolivie)
© Wilson Yucra Pio XII-CEPA – Licence : Tous droits réservés

Au cours du mois d’avril et de mai, plusieurs journées de nettoyage du lac ont été organisées mais il y a encore du travail. Volontaires, agents municipaux, habitants… tout le monde a mis la main à la pâte pour essayer de redonner au lac son image d’antan. « Nous avons réussi à récupérer plus de 350 tonnes de plastique et de déchets. Nous avons nettoyé plus de 60% de la zone recouverte par les déchets », a confirmé Limbert.

La densité de déchets est telle que l’ensemble des journées dédiées au nettoyage du lac Uru Uru n’ont pas été suffisantes pour le rendre entièrement propre. Dans les zones les plus inondées, difficiles d’accès, il va falloir attendre encore un peu avant de pouvoir y retirer les déchets restants. « La problématique liée au plastique remonte à l’année 2008 lorsque, peu à peu, les rives du lac ont commencé à rassembler une grande quantité de plastique et de sacs en nylon. »

Par conséquent, la situation désastreuse du lac Uru Uru ne date pas d’aujourd’hui. Au contraire, cela fait une dizaine d’années que les membres du Centre d’Écologie et des Peuples Andins (CEPA) dénoncent ces différentes formes de contamination et de dégradation du lac. « Face à tant de plaintes et d’images que nous avons prises de cette catastrophe environnementale, à travers les réseaux sociaux et un travail de communication, nous avons réussi à nous positionner et à vraiment exposer la situation du lac », a-t-il indiqué.

Des espèces en voie de disparition

La pollution, liée à l’industrie minière et au mauvais traitement des déchets et des eaux usées dans les zones urbaines, ainsi que le changement climatique sont les principaux responsables de la disparition de la faune et de la flore sur le site du lac Uru Uru. « Des espèces de poissons, telles que le pejerrey ou encore le karachi sont en train de disparaître. Les oiseaux et la flore également… »

Or, rappelons-le, le lac a été déclaré site Ramsar en raison de ses importantes zones humides mais aussi parce qu’il abrite une grande quantité d’oiseaux. N’est-ce pas paradoxal ?

« Si des actions concrètes ne sont pas mises en oeuvre dans les prochaines mois, notre lac Uru Uru va disparaître peu à peu », a assuré Limbert Sanchez. C’est pourquoi, des mesures concernant la gestion intégrale et durable du lac Uru Uru doivent être prises rapidement. Évidemment, il y a toujours une question financière derrière ce type de problématiques qui freine le processus et rend le passage de la théorie à la pratique plus compliqué. « Les autorités municipales sont en train de demander le soutien de la coopération financière et du gouvernement central. »

L’Etat a commencé à agir en contribuant, dans un premier temps, à la campagne de nettoyage et en gérant l’exploitation d’une station d’épuration pour les eaux acides rejetées par les mines. Dans la ville d’Oruro, des programmes de nettoyage des rues et des fleuves ont été mis en place et plus d’importance est accordée à l’éducation environnementale, essentielle pour espérer un changement. Cependant, ces actions ne sont pas encore suffisantes et les déchets continuent d’être jetés dans la nature.

« L’eau du lac est toujours contaminée par les activités minières alors que les exploitants indiquent traiter les eaux. Sur le terrain, la réalité n’est donc pas la même et les eaux acides des mines sont toujours évacuées directement au sein du lac Uru Uru », a-t-il confirmé.

La prise de conscience doit se faire urgemment pour espérer que les prochaines générations puissent avoir l’opportunité de connaître et de préserver ce site naturel.



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